vendredi, juillet 20, 2012

Festival – s'extraire avec The old king – je suis venue au coeur de la nuit


Ciel d'un bleu heureux, avec juste un petit nuage pour l'habiter dans un coin – et réveil, montée, en même temps que du jour, du «torticolis»-migraine qui, je le pense, doit être arthrose de belle ampleur, que j'avais endormi dans mes draps.
Tentatives de projets, qui sollicitaient intelligence, précédée de marche... montée nausées, refus... idiot

Pour sortir de la navrance avant qu'elle entraîne renoncement, ai entrepris de lutter contre la tendance de l'évier à se boucher.. j'ai, en vidant l'aspirateur, ouvert les yeux sur lui, que n'avais pas dû laver depuis long, long temps, et travaillé une heure pour ce faire.. repassage de deux robes, quatre chemises blouses à fronces, et deux tee-shirts avant que la chaleur ne devienne par trop dissuasive,
déjeuner, projets vagues annulés en tendance boa, mais avec sourire revenu, si mouvements de la tête évités..
Déserté seulement internet parce que carcasse tolérait mal. Et me suis enfoncée dans la douceur d'un après-midi d'été, avec espoir pour le soir et les jours à venir...

plongée, avec curiosité et plaisir, dans la découverte de l'un des deux livres offerts l'autre jour par une amie de Paumée, «les braises» de Sàndor Màrai, dont, je l'avoue, je n'avais jamais rien lu, plaisir de la sensibilité des mots, du regard sur les êtres, les choses et les paysages, jusqu'à
«Durant ces dernières heures, le château s'était animé comme une mécanique dont le ressort a été remonté. Non seulement les meubles, les fauteuils et les canapés, libérés de leurs housses blanches d'été, avaient repris un air vivant, mais aussi les tableaux sur les murs, les grands candélabres en fer forgé ainsi que les bibelots dans les vitrines et sur les cheminées. D'imposants tas de bûches dans l'âtre attendaient d'être allumés, car, après minuit, la fraîcheur de l'été finissant faisait pénétrer dans les appartements un souffle d'humidité. On avait l'impression que les objets avaient soudain un sens et voulaient prouver...» m'arrêtant pour arroser, couper les dernières têtes déchues de l'hortensia, préparer le souper et enfiler jean neuf et tunique de fin coton aux douces petites fleurs bleus et roses pour partir, déterminée, enfin

dans la douceur de la lumière, le long de la rue Joseph Vernet,

des tables de la petite place,

des dessous de la ville qui se jettent dedans,

jusqu'aux tables des Corps Saints,

aux Cordeliers, et leur blancheur décourageante

pour une longue attente, puisque j'étais très en avance, avec l'aide d'un piapia avec deux charmantes femmes (souriantes et amusantes)

et de la beauté du ciel qui pensait à la nuit

avant d'entrer, de s'installer au premier rang avec deux trentenaires prêts à discussion détendue, et se préparer tranquillement pour le second spectacle du cloître des Célestins, auquel je ne voulais envisager de renoncer The old king, spectacle de Miguel Moreira, Romeu Runa, avec assistance d'Alain Platel, interprété par Romeu Runa.
«Un homme fume, seul, un livre posé sur les genoux. Cette image du photographe portugais Daniel Blaufucks irrigue la pièce de Romeu Runa et Miguel Moreira, à laquelle elle donne aussi son titre, The Old King. L'intériorité de ce personnage déprimé, errant dans ses pensées, se déploie dans un décor qui évoque un chaos de début ou bien de fin du monde...»

photo de Boris Horvat de l'AFP, vue su le blog de la Mère Castor et retrouvée sur d'autres blogs
une palette de bois au centre de l'espace, comme de nulle part, une plante, un corps en pantalon et débardeur beige courbé, replié sur lui même, tête blottie et cachée, d'autres palettes entassées à la limite des arcades, rien d'autre,
le mouvement naît dans les épaules, se propage, une danse au sol, désarticulée, se tordant comme un serpent, tentant de se dresser - une danse qui n'arrive pas à s'arracher du sol, force entravée, souffrance, beauté
tente de se dresser, homme qui veut rester homme contre tout, ou la solitude, se dresse sur ses genoux, retombe, avec un visage qui quête, avec crainte, à la limite de l'idiotie
un jet d'eau doré dans la lumière, jaillissant d'une lance dardée sur lui, dans lequel il se redresse, qui le secoue, l'imbibe, le fait se tenir debout, lutter un peu, goûter aussi
Le jet s'arrête, et avec des retombées, il danse maintenant debout, avec des rires un peu fou, dresse une estrade, s'y tient pour une harangue en onomatopées
Il se dépouille de ses vêtements trempés comme on dépouille un lapin. Une danse qui s'invente la vie débout, force, sensualité, expression, mais avec toujours cet air un peu égaré.

Un formidable danseur.
Un beau chorégraphe,Miguel Moreira qui dit : «Je commence par imaginer des corps dans un espace. À partir de cette matière, je cherche à explorer des zones plus abstraites et trace les contours d’un univers qu’il incombe au public de pénétrer...

et des spectateurs qui s'attardent pour digérer en parlant...

la place des Corps Saints envahie par les consommateurs, les passants,

Brigetoun se mettant en route, lentement, avec un petit détour (une heure à tuer) le long de Saint Martial,

des tablées des brasseries et le Palace et ses non-spectacles

qui attirent leur public, en files d'attente dont la longueur me sidère toujours

le calme du boulevard Raspail dans la nuit, où se fond la Collection Lambert

et, à côté, la façade éclairée, avec la petite note verte du petit salon de jardin, de l'Ecole d'Art,

la cour où me suis installée, avec un café, et Beckett, pour les quelques pages que la lumière m'ont permis de déchiffrer, 

une rêverie de mer, en regardant le taud dans la nuit, pour tuer la petite heure qui me séparait du spectacle de la vingt-cinquième heure (navrée d'avoir manqué la première pour une raison d'horaire le soir prévu, et d'avoir manqué du désir nécessaire ensuite) : Je suis venue
«Partant d'un pastiche de conférence internationale tournant rapidement aux propositions les plus loufoques, le performeur Gaspard Delanoë, accompagné par le rythme puissant du zapateo de la danseuse libanaise Yalda Younes, orchestre un plan de paix pour le Proche-Orient, «entre utopie et réalisme froid». Et lorsque les mots et leurs traductions verbales ne suffisent plus, il faut alors «jeter son corps dans la bataille». Le tranchant martial du flamenco de Yalda Younes, formée à la grammaire caractéristique du grand maître Israel Galván qui signe ici la chorégraphie, parle, lui, clairement.»
avec en contrepoint le formidable humour, toujours en soutien, de Gaspard Delanoë (son flamenco vaut d'être vu)

retour dans le désert de la rue Joseph Vernet à une heure et demie, avec quelques poches de résistance, et les dernières tables occupées place Crillon.
Grève de Picasa, ce qui évite à Paumée d'autres photos de nuit encore qui auraient eu besoin de petites interventions (comme certaines de celles que j'ai la faiblesse de garder) – et me permet de mettre ceci en ligne (pour les quelques lecteurs survivants), de dîner, de dormir.

7 commentaires:

32 Octobre a dit…

toujours aussi ravie de découvrir le matin l'Avignon de la veille

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Ne fais-tu jamais de films avec ton APN ?

JEA a dit…

sympa de retrouver la Mère Castor chez vous...

la Mère Castor a dit…

magnifique promenade, je suis rentrée chez moi et je savoure mots et images, de loin (pas très loin cependant)

joye a dit…

Ne te dis-tu pas parfois "C'est trop de moooooooooooonde !" ?

Danielle C. a dit…

Je viens bien tard, c'est déjà demain, mais tant pis, je viens un peu moi aussi "au coeur de la nuit", heureuse de trouver de la lumière et du monde.
Saisissante description de la danse de l'homme à l'air toujours un peu égaré.

mirae a dit…

ah j'ai adoré les photos de la nuit et l'intrigue toujours des murs de pierre ancienne et la grande variété ici.
et j'adore surtout tes mots sur The Old King, l'homme qui veut rester homme contre tout- c'est une belle description de l'humanité.

je t'embrasse.
madeleine