dimanche, août 19, 2012

liens


il y a les rubans qui s'entremêlent aux tresses et les joignent en couronne
il y a les liens qui ferment mollement le kimono du matin
il y a les bouts qui amarrent la barque au ponton de bois jeté dans un lac
il y a les entraves des prisonniers
il y a la ficelle que tiennent les enfants d'une classe maternelle en promenade
il y a le ruban de rebut qui maintient le bambou le long de la grille quand le vent danse avec lui
il y a les liens qui transportent les mots, les chiffres, les images et les idées ou riens
il y a les liens invisibles qui raccourcissent nos isolements
il y a les pipelines, les canaux, les fines canalisations qui font voyager le pétrole, l'eau, la lumière, la force et les voix
il y a les liens du sang qui nous soutiennent ou contre lesquels nous luttons, plus forts de n'être pas toujours affichés, plus secrètement solides d'être dédaignés
il y a les liens entre nos coeurs
il y a les liens entre nos esprits tissés par les mots que nous lisons
il y a tous les liens qui tiennent à nous faire groupe et sont si difficiles à trancher, sournois qu'ils sont
il y a tous les liens désirés ou refusés, conscients ou ancrés dans nos inconsciences
il y a le vertige de manquer de liens, parfois, soudain
Si manquez de liens, ma ville en a à foison (et là c'est rattaché un peu minablement, mais j'assume puisque c'est eux qui m'ont lancée, eux qui sont là, pour une infime part, en haut, avant ma litanie d'évidences née d'un désoeuvrement délicieusement volontaire)
Liens en boucles anarchiques, en festons larges, en leurs infinies variations d'âges et de calibres. Liens bien luisants ou éraflés, parfois même liens effilochés, presque moussus
Liens par lesquels plus rien ne passe, parfois, liens morts, souvenirs de liens, qui me font croire, en ma naïveté magique, à sa solidité quand le vent s'acharne sur les pierres, s'engouffre dans les rues, butte sur un angle, gronde, tente depuis tant de siècles de l'emporter par morceaux, en commençant par moi, ou glorieusement, impétueusement, majestueusement, en bloc, avec clochers, nobles hôtels, hangars, immeubles bourgeois et maisons chenues et trapues de lourdes pierres comme la mienne, et se ruer avec elle le long du fleuve.
N'importe quoi... pendant que mes cheveux séchaient et caressaient ma migraine jusqu'à l'effacer presque.

10 commentaires:

Chri a dit…

Les liens nous lient!

Dominique Hasselmann a dit…

Les liens et leurs noeuds marins ou pas... vous en avez fait toute une pelote !

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Et puis il y a la rue Mazan.

JEA a dit…

il y a des fausses sagesses populaires du style : un lien vaut mieux que deux tu dépendras...

jeandler a dit…

Des liens et des cheveux. Les mots tressés.

arlettart a dit…

Liens qui lient et se délient
liens n'est pas chaîne

Pierre R. Chantelois a dit…

Il y a, la vie est ainsi faite, les liens passionnels, les liens fictionnels et les liens réels. Et dans la vie il est vrai que parfois le vertige de manquer de liens nous atteint et risque de nous mener dans une spirale du désespoir.

Anonyme a dit…

il y a les liens invisibles qui raccourcissent nos isolements

A méditer :-) Merci Brigetoun pour le lien qu'est devenu votre blog

Flore

Gérard Méry a dit…

Il y a des liens qui me tiennent à cœur

danielle C. a dit…

très sensible à ce texte, et très d'accord avec Flore sur le lien que représente votre blog