samedi, août 18, 2012

Rencontre et recyclage


Oui, excusez moi, maître, j'avais cru un peu vite à votre disparition que j'évoquais hier.
Oui, en chemin vers teinturier et courgettes trop mures, ce vendredi matin, après avoir maintenu, de tout mon corps jeté dans mes mains, le vieux robinet de l'évier dont la dépose a demandé un gros quart d'heure (et carcasse a trouvé cela très long) au plombier, après avoir, en ma faiblesse, payé en liquide le joli prix d'un mitigeur neuf et de deux déplacements, et ruminé ma désapprobation de cette sottise, après avoir lancé mon reste d'énergie dans les rues à la chaleur délicieusement douce (contrairement à ce que disait la radio), vous ai vu, vous, revenu avec deux de vos compagnons peupler la moitié des vitres de l'appartement nostalgique (avec une lanterne rouge et or aperçue dans l'entrebâillement de la fenêtre centrale), et vous ai salué.
Ensuite, paresseuse pour une journée entière, au moins, et vide d'idées, me suis bornée à lire, jouir de la douceur des robinets après six ans de bagarre, boire un peu de soleil tant qu'il voulait bien pénétrer ma cour, et je reprends ma participation aux vases communicants d'août (suis en panne devant le trop long, trop plat texte pour septembre), en vis à vis de Samuel Dixneuf-Mocozet http://brigetoun.blogspot.fr/2012/08/on-part-pour-ne-pas-sappeler-medor-vase.html


Plantée sans racine

Nous avons, parce que tel était notre plaisir, décidé d'échanger en ce premier vendredi d'août.
Vous avez écrit :
Je pars dans quelques jours faire la traversée des Alpes par les cols en vélo, de Thonon-Les-Bains à Nice, où je devrais arriver, si tout va bien, le 31 juillet.
J'ai pensé : je ne bouge pas.
Me suis souvenue des vacances adolescentes à Publier, au dessus de Thonon, de l'ennui d'être loin de ma mer et de mes contemporains, avec cette évidence : mon envie d'évasion n'était que tapis volant sur désir, rêve.
Je vous ai admiré.

Vous avez écrit :
Je pars dans quelques jours faire la traversée des Alpes...
Ai regardé mes pieds, ai regardé ma cour, ai regardé ma ville
J'ai pensé : je ne pars pas.
Suis jamais beaucoup partie, sauf en délicieux projets, n'était guère possible.
Pourtant
Il y avait la merveille des cartes, des grandes que rêvais, de celles de mon petit atlas.
Il y avait les bouffées amenées par des images, avec quelques mots au dos, que recevais de ceux qui partaient.
Je ne bougeais pas, ou peu, je déteste la voiture, je n'aimais plus les trains où on encage, je n'aimais pas l'ennui immense des aéroports avant le plaisir de l'envol.
Mes voyages devaient être plus rapide que ne le permettent les corps.
Pourtant
J'aime ceux qui voyagent, les admire, en profite.

Nous avons, parce que tel était notre plaisir, décidé d'échanger en ce premier vendredi d'août.
Vous rouliez dans la grandeur des cols – y avait-il d'accueillants aubergistes, des gentianes encore, et déjà des mures ?
Vous alliez vers la mer notre.
Allez vous nous dire la beauté, allez vous nous dire l'effort et l'ivresse, allez vous nous dire vos pensées ou rêveries ou juste votre immersion dans cela, les jambes et les yeux, ou autre chose, je ne sais..
Suis venue me poser, définitivement, à la surface de cette ville dont les murs me sont amis.
Et pendant ce mois j'ai marché dans le monde venu à nous.
Je pourrais dire le plaisir de la marche, la difficulté de la marche, la fatigue, le plaisir des yeux, l'excitation légère d'un peu d'intelligence volée au passage, le charme des échanges légers et sans lendemain, la pesante idiotie aussi, parfois savante, l'attente, les voix, les langues inconnues, le frémissement instinctif quand chante l'italien, la reconnaissance un peu vague de l'espagnol, de l'anglais quand n'est pas imposé, la gratitude devant les efforts, le voyage de musiques en musaks, les corps avachis et la beauté joyeuse, les visages, les sourires venus d'Asie, ce qu'ils ont de sincères sous la politesse, et le jeu, la danse, unis dans la modernité, les parfums que prend cette modernité, la mode, et la mode transcendée, la tradition, et la tradition dégradée, la saoulerie du corps et de l'esprit, la lassitude et la panique, la petite aventure à mon échelle, le bonheur de passer outre et l'angoisse,
Mais j'ai perdu les mots et leur vie...

Me restent maintenant les voyages fictifs, au fil d'internet, la lâcheté sans remord de vivre par procuration, et le rêve tendu pour créer le réel qui s'étend autour de ce qui m'est donné.
Vous m'avez fait l'honneur de cet échange... mais n'étais sans doute pas capable d'y tenir ma part – vous rend grâce d'accepter cela.

7 commentaires:

brigitte celerier a dit…

Paumée, veut pas te laisser seul - salut à toi
(mais tu es moins seul que tu le crois, tu sais)

arlettart a dit…

Le voyage se poursuit ...comme un jour donné et merveilles acceptées

jeandler a dit…

Oh ! un beau mandarin.

Il fait si chaud (enfin) sur les bords de Loire que je joue volontiers au mandarin aux pieds nus sur ma chaise-longue et ne saurait en bouger.

Anonyme a dit…


Un bien beau billet...

Quand je veux voir le bout du monde, je regarde le bout de mes souliers. Christian BOBIN

Bon dimanche Brigetoun :-)
Flore

Gérard Méry a dit…

traversée des Alpes par les cols (en) à vélo,

Pierre R. Chantelois a dit…

L'absence parfois se fait sentir sans qu'on ne le veuille et nous sépare de l'affection que nous portons aux êtres appréciés. Mais au bout du chemin se trouve soudain une présence bienheureuse.

danielle C. a dit…

non vous n'avez pas perdu les mots : tapis volant sur désir, rêve.