dimanche, septembre 09, 2012

le monde


Prendre la beauté très fatiguée d'une façade parce que besoin d'un appui, d'un prétexte, d'une base pour ma faiblesse, prendre sa surface comme un écran, y jeter ce qui me venait à l'entrée dans ce jour.
Ô monde notre, monde où les États, appuyés sur, et entraînant silencieusement leurs habitants, contribuables ou non, viennent secourir la finance pour lui permettre, triomphante, de prendre pouvoir, grâce à la dette ainsi accrue et devenue publique, et, entrant dans les gouvernements pour plus d'efficacité, s'il le faut, de  dicter, ordonner ce qu'elle juge «bonne gouvernance», privatisations, choix économiques, globalisation et flexibilité des habitants, travailleurs ou en peine de – ô monde où la gauche sait, veut savoir, que c'est inéluctable et se consacre à des causes honorables, ô combien, mais sans enjeu économique, et affronte ainsi les blocages passionnés de la profondeur du peuple cramponné, faute chevance et d'espoir, à ce qu'il nomme valeurs, venues d'un passé recréé, et qu'importe qu'elles soient puantes, et d'autant plus qu'elles sont puantes – ô monde qui sait faire argent de tout, qui nomme écologie ce qui est une nouvelle forme d'exploitation, de privatisation de la nature.... comment peut-on espérer qu'un jour tu feras le renversement nécessaire pour être sauvé, pour que nous le soyons, comment croire que ce renversement même ne sera pas exploité, guidé.
Et l'inutilité dérisoire de nos cris, de nos silences.
Mais ô monde il y a la lumière et les ombres joueuses, il y a la musique, il y a l'intelligence qui jouit de s'exercer, il y a les mots, il y a les mains des hommes et leurs oeuvres quand ils y ajoutent leur désir et leur plaisir, il y a la tendresse, il y a les liens, les regards, l'amour donné.
Il y a le don, la gratuité, sans calcul, sauf ce qui est nécessaire pour ne pas être à charge, il y a y trouver bonheur, sans attente.
Il y a céder à la tentation de n'être que dans ce monde là, sans remords.
Et juste réagir, sans illusion, à toutes occasions offertes de tendre vers le renversement indispensable, mais sans espoir passionné, et en sachant d'avance la gueule de bois, presque mais pas tout à fait certaine... juste parce que c'est devoir d'humain.
Brigetoun en version presque sentencieuse (presque, ne serai jamais certaine d'avoir raison) ou ordres donnés à elle-même.

8 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Façade qui fait écran. Écran qui renvoie le reflet de la lumière sur les zones d'ombre. Zone d'ombre dans laquelle s'engouffrent nos petites et nos grandes souffrances. Et malgré cela. Et malgré cela, il y a le geste citoyen qui ne peut rester indifférent au leurre d'une «bonne gouvernance»

Dominique Hasselmann a dit…

Regarder de l'autre côté de la façade comme du mur : révélation un jour.

JEA a dit…

Brel :
- "Le monde sommeille par manque d'imprudence..."

Françoise Dumon a dit…

Oui cette façade est bien à l'image de notre monde, usée, s’effritant, mais belle néanmoins. Il résiste à notre folie mercantile, enfin jusqu'à présent, mais peut-être finira-t-il par nous jeter dehors.

DUSZKA a dit…

Devenir belges ? Peut-être...

brigitte celerier a dit…

suis trop attachée à l'impôt (et au soleil) mais j'aime beaucoup de belges, oui

arlettart a dit…

Oh!! comme tu sais si bien dire les choses
Bravo des deux mains MERCI

jeandler a dit…

Une façade fait toujours illusion. Attendre l'épreuve des ans pour qu'elle vive.