samedi, septembre 08, 2012

une lecture, un rien bousculée, des vases communicants de septembre


une photo - hommage-souvenir - de l'endroit qui m'a permis de faire venir le vase de Christine Zottele sur Paumée, prise avec un plaisir soulagé.
À genoux – enfin un moment, parce que mes vieux genoux peu charnus ne le tolèrent pas longtemps, juste un moment, comme un signe – je demande indulgence parce que ce mois-ci la connexion revenue plus que tardivement vendredi ne m'a guère laissé de temps, et vraiment c'est un billet bâclé

Vous conseille de suivre plutôt la recension de Pierre Ménard sur http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants

Il y avait donc de fort beaux échanges une fois encore, une liste à rectifier, de la poésie, des histoires, des réflexions, des textes importants, qui auraient nécessité lecture plus approfondie de la petite vieille un tantinet stressée, auquel reviendrai, et de belles images.

Il y avait donc


l'enfance s'en va
l'enfant qui est en nous
cet enfant que le je du texte a perdu, comme nous, retrouvé en regardant le vous auquel il parle, qu'il prie de ne pas se laisser changer
 Mais l'autre celui-là, celui que je recherche et que je vois en vous, où a-t-il déguerpi le sourire aux lèvres et les yeux brillants? Je l'aimais lui. Il ne faisait aucun mal. À personne. C'est lui que les autres aiment en nous. En vous.
L'avez-vous perdu aussi? S'est-il lui aussi échappé pour aller voir ailleurs si le monde y est plus doux?
et
course folle
courir assez vite pour rattraper l'enfant, pour lutter contre temps, jusqu'à la fin, sur tout le chemin «qu'il me reste à aimer» - fort texte, rythmé.
Puis je mourrai d’un oeil seulement et de l’autre je regarderai la mer s’échouer inlassablement à mes pieds. Je guetterai je ne sais quel retour impossible , je ne l’ai jamais su mais le guetter m’apaise. Mon attente s’enracine ici, les pieds enfoncés dans ces grains, et sous le sable, les peurs enfouies des enfants et leurs trésors cachés. Qui donc nous abandonne sur le littoral pour que toute une vie ne suffise pas à attendre et l ‘épaisseur d’une angoisse sans fin, qui ?

faits divers en région Centre
sur l'autre rive
une ville séparée par un fleuve, une ville frontière entre nord et sud, et lui du bon côté maintenant, pas de celui de la souffrance, de La Source, lui, qui plein de pitié pour ceux de l'autre bord, veut les soulager, et ma foi n'est sans doute pas de bonne rencontre
Combien il aura le temps d’en affranchir avant qu’on ne l’attrape, il ne le sait pas, il se sentira plus grand, il aura fait le bien, c’est ce qu’il pense, il en est convaincu. Il passera pour un fou, ce sera même facile, les experts n’auront pas de doute, il n’y a personne ici qui pourra le juger, mais pour que ça arrive, d’abord, il faudra qu’on l’attrape, vivant s’entend, parce qu’il suivra peut-être le fleuve jusqu’à l’embouchure, parce qu’il y a d’autres villes comme celle-ci...
et
jusqu'à ce point de convergence
une affaire, avec un bonnet Gucci, une altercation, des lycéens, un déjeuner Kebab... à lire
on pourrait mesurer plus précis mais ça n'apporterait rien. Pas plus que la couleur du bonnet... un ton en avait fait quoi du couteau pendant que dans les couloirs du lycée.

Une rue de Belleville
sens interdit
une rue nous parle – et ma foi c'est parfait, elle dit tout ce qu'il faut (vraiment) donc lisez la
Comment se fait-il que ceux qui cherchent sans cesse à tout bout de champ se retrouvent souvent à errer sur mon macadam ? Toute rue en travaux comme moi ne serait-elle pas une rêveuse cachée ? Qui ne sait marcher droit du côté impair, n'est-il pas qu'un simple empêcheur de tourner en rond ?
et
traverser Belleville
à partir d'un livre de Willie Ronis, après avoir rencontré Belleville dans des livres et tenté de le voir
Alors, Ronis cherche. Compare. Les clichés d’avant, les clichés de son maintenant qui n’est plus notre maintenant à nous, mais déjà vingt ans en arrière, comme disent les vieux. Il ne retrouve rien. Du Belleville d’avant. Avant ce qu’ils appellent la rénovation. Table rase ouais. Rien. Il désespère. Alors il cherche, furète dans Belleville qui devient une image de sa mémoire. Il cherche en Belleville comme il chercherait dans ses souvenirs. Des bribes du quartier, qui seraient comme des bribes de lui-même.
Je me laisse prendre à ça. Ce jeu. Qui n’en est pas un. Limite désespéré, le Ronis. Où est passé Belleville ? Où est passée sa jeunesse, en somme ?
Alors, après un détour par d'autres textes, une description rue par rue d'une promenade dans l'actuel Belleville – revenir prendre temps de s'y perdre

je me souviens, l'enclume et l'écrié
mes moires
un très joli texte sur l'emplumée qui attend, qui attend l'écrié.. comme un conte au plaisir des mots
Lui, l’aigle arc-en-ciel aux plumes exaltées, pointillées de murmures, en feu et à corps et à rire et à rire et… à cri, et les plumes en nervures, soufflées, explosées, balayées, ramassées à l’appel, gong acier, enclume, emplume.
et
je me souviens
en cinq strophes, ou paragraphes souvenirs d'encrier, de plumes, de cahiers à remplir, de
Je me souviens des plumes de Trèfle découvertes au pied du chêne. Trèfle ! Trèfle ! Trèfle avait disparu… je me souviens avoir crié. Je me souviens m’être dit… quelle colère, quelle violence prêtes à sortir pour l’agression d’un coq.

Trous profonds et courants forts
en est à l'épi 18, face à une plage où être innocent, où ne plus rien craindre – et c'est hautement recommandable comme lecture
Le temps peut bien trouer l’élan et le vent qui me porte. Suis plus fort que le courant. J’ai 18 et suis déjà un noyé.
et
ce flou en soi
trop de temps a passé, on n'a rien vu, on est en flou
longtemps il y aura encore ces couloirs entre les pans de la tête – longtemps la nuit. la même nuit. cette nuit qu'on essuiera. & tout ce noir à gratter pour voir mieux. plus loin. à gratter avec les outils pauvres. les outils à soi. un bras au bout duquel une main au bout de laquelle un doigt au bout duquel un ongle. dérisoire.
(j'aime ! Je sais c'est un peu court, mais ai demandé indulgence)

une ville sans la nommer
Quelque chose commence à s'écrire en l'absence du mot amour
quatre photos, corps de chair ou de sable sur la plage, et puis un texte – le rêve d'une ville sauvage, joyeuse, un peu roublarde, ville pour l'amour, pour s'allonger auprès de la Méditerranée notre mer érotique, mer où le père est arrivé après
1946 – 1948
Deux dates pour résumer l'histoire
notre vie dans le tiret
Pour toi une autre langue et tes mains pour remuer la terre faire pousser les fleurs garder les mirages
oublier la peur tout mettre en commun
mais «toi» n'est plus là
un beau texte-poème – et deux photos de crépuscule sur la plage pour conclure
et
elle, la ville sans la nommer
ville de guerre, ville de paix, ville où se perdre
Elle, n'est pas la ville où les vies perdues font comprendre qu'on y tient, la ville où trop de foi nuit à la confiance en l'autre, la ville où l'on se dispute des clefs de portes à la taille inhumaine, la ville dont la lumière aveugle depuis trop longtemps, la ville de pierre, d'or et de bronze où les êtres caméléons disparaissent dans leurs vêtements de deuil.

anamorphose
un très joli et bref texte que vous laisse le soin de découvrir,
Sans qu’aucun poids non plus
ni l’ombre n’ai besoin d’une seule fenêtre — à la nef presque vide
peinte
et
cordes
noues la ville, aplanis les reliefs, creuse les fondements, projette l'attendu... bon une fois encore je ne fais que picorer des mots, est-ce la fatigue ou un moment de lucidité, il me semble inutile de mettre les miens en commentaire – juste dire : c'est bien (sourire, parce que c'est mieux)
Choisis et vocalise l'impossible image, sachant que certains jours, il faudrait pouvoir peindre les nuages, pour avoir le sentiment d'être complet, au moins jusqu'à la prochaine pluie.

«compléments à l'oeuvre» - un échange de thème, comme échange d'hommages, un vrai et bel échange
ajouter, à sa façon, une todo liste, cette suite de quatre propositions, aux 365 que nous a données Christine Jeanney – y mettre les bras tendus vers ceux ou ce qu'on aime
sans pourtant attendre, attraper, garder, replier sous cloche : grand art de qui aime
et
Décor Lafayette #51,
prendre, en restant soi, la suite des 50 premiers billets d'Anne Savelli, à partir des Galeries Lafayette – y installer sa fantaisie
Au revers de la toile, en haut, c’est un plafond bavard, obstrué de lamelles et rampes et fixations qui se dévalent, une brousse inhabitée, un territoire sauvage et illogique, personne ne lève les yeux, ce serait trop cruel, ce que les choses aspirent sous notre tête et les mouvements de fond qu’on ne sait pas lester, chambardements



un collectif pour Claude Favre, réunissant Ana NB, Brigitte Célérier, Sabine Huynh, Jean-Yves Fick, André Rougier, Danielle Masson, G@rp, Arnaud Massetti
réuni à l'initiative d'Ana NB, figurant sur un de ses blogs, et repris sur le autres blogs des participants, sauf la paresseuse Brigetoun, comme sur la suite sous peu de @Garp http://lasuitesouspeu.net/?p=693 (en reste à ce lien qui est le premier que j'avais relevé)
de beaux hommages amicaux – et admiratifs - (enfin presque tous beaux) avec, d'Ana, le très beau play contre play longs vers
elle crache l'air vide – play – elle crache l'air de rien – play elle brise le cercle aux origines brumeuses – play
elle tourne elle tourne elle vacille elle tangue elle tourne avec la solitude de l'araignée

entre blogs-ateliers
objets du rock
une liste des objets emblématiques, ou moins, des stars ou simples musiciens du monde rock, comme une litanie pleine de fantaisie et d'un peu de nostalgie (ils n'ont pas été vendus simplement?) - objets très célèbres et puis : Un peigne à barbe de n'importe lequel des ZZ Tops, ils doivent bien en emporter au moins un dans leurs tournées.
Un foulard que Jack Casady s'enroulait sur le front, au dessus des...
et
Scènes de l’écrirelir numérique une réflexion sur l'écriture web
scènes vécues par une Laurence (combien d'entre nous sont des Laurence ?) aux prises, à l'aide, en l'usage de toutes les possibilités, activités que lui ouvrent ce monde internet où beaucoup écrivent...
réflexion à lire
Les petites communautés à liens denses sont des espaces d’élaboration de nouvelles pratiques créatives, notamment si leur composition est suffisamment diverse. Laurence y trouvera un terrain de maturation de ses projets, avec les enthousiasmes et les frustrations propres à l’écriture. La limite est que cela ne percole que lentement dans l’espace public général. 

le hasard et la necessité
il y a...
un long texte, sur plusieurs niveaux, deux écritures – pour s'interroger sur ce qui l'a poussée à écrire - ne jamais s'ennuyer - une énumération, une réflexion
S’appesantir..? Tous les jours un peu plus… ? Ne plus ressentir que votre échine qui se courbe. Conserver dans votre rétine ce sourire vainqueur, qui lorsque vous avez tourné le dos, se distord comme une grimace qui déchire surface et perce le démon à jour. Vous savez ? Celui qui vous suit depuis la nuit des temps, celui qui vous réveille la nuit, transforme la seconde, en : “c’était hier et c’est déjà demain”, et ce pan de vous qui sombre alors..
et
jardins d'été comme d'hiver
entre une citation de Jacques Monod et un tweet de Flo – la sagesse de Franck
Garder la fraîcheur de l’esprit est mon obsession. Et fuir, autant que possible, les déterminismes que nous nous créons : sans nous en rendre compte, nous inventons de nouvelles « traditions » qui nous rongent, nous freinent ou nous empêchent de vivre parfois

pour départs ou arrivées
la gare
le souvenir de la gare, sa vie, les projets... cette gare où les trains ne s'arrêtent plus, cette gare qui reste
On ne savait pas ce que faisaient les trains, ni où ils étaient, mais à la fin on s’en fichait. Des employés zélés prétendaient que des travaux étaient programmés sur les rails pour que la gare soit conforme aux nouvelles normes internationales. Mais les rails aussi attendaient. L’herbe avait poussé.
et
aéroports
souvenir d'Orly, de l'arrivée aux temps de l'enfance, de l'ouverture sur autre terre
Donc, avec ce pays, en arrivant, il y avait ces lettres ici ce ORL, et plus loin en allant vers l’endroit où on délivre les bagages, ce LY, ces lettres à l’envers, et loin devant vous, si vous regardez bien, au fond de l’image, tout au fond, il y la capitale de ce pays, avec lequel, apparemment, ceux de ma famille avaient conclu une sorte de pacte, un contrat, du temps de mes arrières grands-parents, le décret Crémieux, la fin de l’empire, la section française de l’internationale socialiste et le protectorat…

entre poétesses, belles manieuses de mots,
aimer les roses
pour accompagner Horace, un poème en strophes sapphiques, et le monde d'images de Maryse
puis ce fut puella de onze ans rosa
rosa décliner (sicut umbram vita
fugit) conjuguer amo amas amat
donc aimer les roses
et
pour aurore
pour une fois la lire, autrement que dans ses belles traductions,
l'enfant têtu à vivre tient au
même fil s’ouvrent clair
les yeux sur la peur
le froid hors des
eaux salines

54 lignes de 59 signes - 6 mots désignés par le hasard : entrebâille / aide-mémoire / cassis / palmipède / méandreux / sud-est
ce qu'en font :
ici
que je découvre grâce à Lucien Suel, et l'en remercie – un poème en vers isocèles (allez lire la définition.. et le poème ça va de soi) mais blogger et ma police de caractère ne vont pas me permettre de respecter exactement ce que l'on voit et lit
s.en faut d.ailleurs de peu pour qu.on passe sans rien voir
un mince crochet interdit la vue d.un rectangulaire boudoir
couleur accroche.cœur où s.infiltre hardiment par 0.2731 cm
et le sens, les mots qui suivent sont à savourer et plus fortement aillé que l'attaque
et
nuages
une page et quelques lignes pour suivre «il», un canard siffleur mexicain, Papa Tzara.. et les nuages
Il regarde défiler le régime en nuages. Du blanc gris noir.
Du silencieux mouillé en tonnerre éclair. Il rencontra dans
un rêve des cirrus et trois Anglais, un cumulus et un autre...

à nouveau un échange que j'aime tant entre
revient sur l'écureuil du net à la demande d'un des écureuils, Hannah – et dit le lien
Et aux bords des mondes, “tu” est une entité recomposée de l’amour de vous.
Et voilà que tu as déboulé dans le jeu, dans mes phrases, que tu t’es mise à écrire, à me voler mon ordinateur, à exiger que je t’aide à publier des textes et que je te donne mes photos,
et
la cascade
cette cascade qui est un de leurs lieux de promenade – de superbes photos, et un de ces dialogues comme Hannah sait en écrire, créer
- Ça va je viens de la dire ! C’est un bassin qui est très haut. 
Et il va aller déborder ! Et la cascade va se voir !
Il me dit : merci à toi !
- De rien ! 

- À demain. 

- À demain.

échanger vidéos contre photo, texte contre texte
au filtre des temps ordinaires
à partir d'une photo de Dominique Autrou, un paysage, un lac, parler d'une femme qui est là devant ce paysage désert, un peu inquiétant, qui se souvient, ou qui imagine un retour,
Lorsqu'elle regarde ces miroirs d'eau ridulée, il y a en elle comme une crainte. Elle aime nager : brasse coulée, aspirer, bloquer, souffler, elle pourrait nager des heures mais cette eau noire, ces fonds qu'on imagine abyssaux, frôlements de branchages et de poissons, barques et vaisseaux fantômes, ces craintes irrationnelles, et l'eau glacée, et quelques relents de vase qui viennent se coller sur sa peau blanchie par le froid, malgré le bronzage...
et
à partir de deux vidéos d'Hélène Verdier – une route, des étapes, des femmes rencontrées, un récit, une nouvelle de belle coulée, à découvrir
Je n’ai jamais revu Rosalia, elle a quitté l’île avec ses deux fils quelques mois après mon accident, ses affaires n’allant prétendument pas bien. Elle vit désormais dans le pays d’Ovide, paraît-il. Et c'est peut-être une des raisons pour lesquelles j’écoute John Blow, comme une boucle, à n'en plus finir.

À partir d'une photo
quelques mots précis, choisis, pour décrire une photo – et c'est un poème en prose
Sur le mur, une glace suspendue, cadre de bois clair. Comme une lucarne. Au sol, terre sèche du même rouge, l'herbe sauvageonne.
et
un très court texte
réunion de boites aux lettres
devant la porte du temps clos...

sur une merveilleuse photo de Nikos Markou - à partir de Pérec, la contrefaçon
commence par citer Pérec (repris chez François Bonneau) «Au début, on ne peut qu'essayer de nommer les choses, une à une, platement, les énumérer, les dénombrer de la manière la plu banale possible, de la manière la plus précise possible, en essayant de ne rien oublier», continue avec la mer, le peu qu'elle en connaît, et puis le texte coule... et allez le lire
Futur déjà craquelé : vieille coque échouée victime d'osmose.
Trop grande étanchéité entre le quotidien et l'écriture. Où se trouve le temps des mots ? Où trouvent-ils le temps des mots?
et
l'eau verte
un beau texte condensé, en trois strophes – en venant vers toi, se sentir couvert de rouille
Tandis que je venais vers toi, je me suis vu crustacé de rouille, les pattes enfouies dans l’eau verte, attendant la mue dans sa navigation. 

parle, bien, des vases, parle surtout du lancement d'un projet qui pourrait s'appeler enquête en terrain connu, je vous laisse découvrir
Je repense à cette chère Mauricette Beaussart et à son ETOILE POINT ETOILE, «livre qui voulait décrire le monde actuel dans sa totalité, une œuvre composée majoritairement de textes trouvés, découpés dans les journaux de petites annonces, les prospectus de supermarché, les catalogues de vente par correspondance, des listes de course....
et
les marges là où la nature reprend possession des espaces abandonnés par la ville, réflexion et très beau texte nés de la lecture d'un article sur la Nouvelle Orléans,
Cet encerclement, ça vous rappelle quelque chose ? Quelque chose d’enfoui. D’avant, vous l’avez dit déjà, avant que ça entre dans votre maison. Pendant que ça sort de terre. Pendant que ça grimpe, pousse votre porte. Pendant que ça s’approche, intimement, ça vous transforme. Ça touche à tout les jungles.
et en accord avec cela vous, nouvel alligator, vous plongez... 

résidence
une de ses cartes retravaillées pour un pays en travers de l'enfance, frottement de l'intuition au surgissement, un pays immensément grand, une résidence construite (et voilà que paresseusement je cueille ses mots)
J’ai l’enfance en travers d’un pays. Un pays imaginaire scellé à un pays de résidence, frères siamois jusqu’au bout de mon territoire. Il avait fallu vouloir revenir mais revient-on tout à fait ou tout à fait au même endroit. J’ai un ailleurs sous les paupières du voyage qui danse quand la ville ici ne sait plus qui je suis quand tant et tant vous demande de formuler une appartenance, j’ai un ailleurs où que j’aille.
et
invitation à suivre, pour découvrir, longuement, minutieusement et bellement décrit, un lieu, légèrement étrange ou inquiétant (la quasi interdiction d'en sortir et l'isolement), proposé comme un refuge (mais j'aimerais assez le bureau-bibliothèque dans la tour)
Et puis ces Cartes vous intriguent n'est-ce-pas, je dois dire que c'est l'élément le plus remarquable. Leur abondance ici ne passe pas inaperçue, mais souvenez-vous que dans l'Histoire les cartes sont d'abord une nécessité militaire, et une des activités spécialisées de nos anciens, j'aime parcourir les lignes de niveau, lire l'ombre portée des reliefs, déchiffrer les codes, les légendes, marcher dans la mélancolie des lieux : la Forge, le Haut-Bois, Remiers, la Chênerie, Chamisy, les Comblanches, Besannes etc.

retour à Melun
à partir des planches contact de Liminaire (Pierre Ménard) souvenir de Sarah élève d'un lycée de Mélun, qu'elle a quitté six ans après son bac, où elle ne voudrait revenir, et ce qui a pu faire naître en elle, dans l'entourage où elle se trouvait, le désir d'écrire, de produire toute ce qui emplit ces cahiers
Il faudrait savoir ce qu’est devenu le Prof de français, normalien paraît-il donc drôle forcément, le revoir peut-être, et lui dire qu’on se sent soudain un peu désolée d’avoir 40 ans devant lui. Lui confier les pages qu’on lui dédiait, jamais, elles lui étaient dédiées comme elles seraient dédiées à d’autres, comme des ritournelles de Pénélope que la sagesse finirait bien par emporter. Comme l’exergue d’un cahier de 1990 le raconte, encore : «Car si l’être aimé est absent, toujours son visage est près de nous et la douceur de son nom assiège nos oreilles.»
et
une série sur travail en cours, images de San Francisco – certaine de leur beauté, mais suis maladroite, ou sotte, ai mis du temps à ouvrir et en ai été récompensée (cliquer sur date et suivre les flèches à droite, remontant dans le temps)
Je suis persuadé que mes efforts divers pour garder mon air détaché se lisent sur mon front, mais à côté de moi la femme paraît vouloir atteindre son but sans tarder. Je constate qu’elle ne prête attention ni à ma présence, ni à ce qui nous entoure. Mon circuit urbain est un circuit sans obstacles.

mémoires de l'oubli
après une belle introduction de Christophe Grossi – une réflexion, méditation poétique à deux voix, ou deux nivaux, sur l'oubli, que vous devez lire impérativement
De cette mémoire sans égards ni butées ne reste que la voix qui s’entête à dire, à forger, bien avant l’oracle, les réponses qui te prennent en charge : ni pourvois, ni mesures, mais les traces “vierges même répétées”, le sang prodigue, pèlerin inclément qui fouaille, puis s’éloigne, ébruitant ton berceau sans tutelle, l’échéance qu’on ne fait reculer que pour la vaillance de l’écoute, la lassitude de l’affût et la culbute de l’heure…
et en prime, ou accompagnement, Philip Glass
et
qui me remonte comme un signe
tomber sans en prendre conscience, courir à la catastrophe, avoir oublié les échecs, châteaux de sable écroulés, la solitude, le dédain des autres... (platement : j'aime)
Cette fois, nous nous voyons en train de chuter et tout nous paraît clair. Alors seulement nous commençons à regretter. Alors seulement nous entendons les phrases que nous avions écartées. Alors vient le temps des regrets puis celui du doigt levé : est-ce que je pourrais recommencer ? Autrement ? Mais personne ne répond. Car nous sommes en train de mourir

écrire sur photo de son vis à vis
les aiguillages
voir, tenter d'imaginer, une description du cheminement de la pensée
Vraiment, croyez-moi, les aiguillages de la pensée tels que suggérés ici par Internet sont autrement plus risqués que la grande ville, surtout si on prend soin de suivre la voie tracée par ses parents, protégé par des stabilisateurs fixés de chaque côté de son petit vélo !
et
comme une carte postale mais il lui manquait juste le timbre
recevoir une photo, comme une carte postale, sans timbre, photo de la rue de la gaieté, de passants devant la Comédie italienne (théâtre conseillé, je crois, quoique n'y suis jamais allée, non plus, sottement, même si je sais grâce à Strehler et d'autres que Goldoni n'est pas à dédaigner) et sa façade à assiettes – allez voir ce qu'il en fait
La Comédie italienne, je n’y suis jamais entré, dans ce petit théâtre, je me méfiais toujours de Goldoni, qui tenait ici l’affiche depuis des années (un peu l’équivalent de Ionesco avec sa Cantatrice chauve au Quartier latin). A chaque fois, je pensais à la Comedia de l’Arte mais immédiatement je voyais la chaîne de télé franco-allemande et un autre genre de culture.

Deux poètes et photographes
après présentation à ne pas manquer par Jean-Yves Fick, quatre belles photos de Louise, et son texte
sève
au centre du texte, en itallique, une avancée, légère, imprégnée de ce qui l'entoure, de la forêt, la sève – et, abandonnant les italiques, la rue, le sol, la paroi fêlés, la faille qui s'étend
Une infime résistance et le sol a cédé. Lentement érodé, gêné dans sa structure même, dans l’essentiel de ses fondations. Là, sous ses yeux où les larmes s’amoncellent sans vouloir s’échapper, devant elle, hypnotique, s’étend la faille.
et
d'avant dire
quatre photos non moins belles, et un poème, qui comme chaque fois me semble un beau cadeau à nous fait, et qui dit justement
Voilà c’est ça – rien autre – ça – dire juste  – devant – ça et les yeux qui s’ouvrent – rien – là
vois comme – c’est – ça – qui se – cherche – cela donné – on voit et c’est – de soi – donné – entier et juste – là

les corps
alors, punk ou pas punk ?
Une fin de journée dans une maison-écluse, chaleur, après la canicule du sud, l'amitié
et, au réveil, le lendemain apprendre quelle a été sa dérive de punkette la veille (joli récit, justesse des mots), changer d'environnement et ne plus se reconnaître
Ces souvenirs se sont évaporés trop haut pour que je puisse les saisir… Mais je me souviens l’air frais cette nuit nivernaise, les toilettes buissons derrière la maison, bien plus tendres que ceux de la maison
et
corps en jachère
cette surprise qu'est notre corps, cet outil-compagnon étranger, et l'étonnement de le voir tel qu'il est devenu en vieillissant... et puis demander à être redessinée par l'aimé
Quelques instants plus tard, allongée, les yeux fermés, je sens le premier contact du pinceau, redessinant lentement la courbe de mon coup et de mon épaule droite. Et mon corps enfin se réveille et tressaille. Un frisson agréable, doux, un frisson qui me réchauffe, le creux du ventre qui papillonne… Et de nouveau, enfin, je me sens Une.

les mots se conforment
un poème, comme toujours beau, toujours simple
Les mots se conforment
à l'usage qu'on en fait

Poussières du langage
et
FNAï-kaïsations une liste pour un «hommage à des oeuvres de gare qui recèlent parfois une puissance poétique qui ne demande qu'à émerger.» et de fait les billets d'Archeos sont savoureux
FNAï-kaïsation #120 Dans l'hélicab qui bourdonnait doucement dans la nuit, au-dessus de la cité, l'opération espace était de l'histoire ancienne.

un tout bel échange
un poème pour celui qui avait sauté, ce con – et c'est beau (désolée moi suis plate, allez déguster)
ok. bon. il nous aurait annoncé que ce n'était pas l'moment de l'enquiquiner avec l'apesanteur. qu'il n'avait pas l'temps et que c'était une simple question de timing.
il avait tout planifier l'con.
et
parallèles
on vivait, avec ce monde parallèle et synchronisé, on avait tenté communication.. et le ton de Daniel Bourrion
À force on renonçait, on s’habituait, on regardait sans plus les voir les autres nous à côté passant et l’on s’efforçait de ne pas tomber amoureux au premier coup d’oeil d’un ou d’une dont, de toutes les manières, on ne pourrait jamais s’approcher.

enfin, le principal, bien entendu
«spectatrice» faute d'avoir pu, comme le voulait Christine à l'origine, échanger nos visions d'un spectacle du festival d'Avignon – ouvrir le thème avec
Christine Zottele, ci-dessous
les yeux regardent
vision d'un chemin dans une campagne que le regard voit étrange par un corps en examen, se voir actrice qui joue un personnage de spectatrice.et la vision est superbe
Mes yeux défient le chemin. Les yeux du chemin sont les arbres décharnés qui le flanquent. À moins qu’il ne s’agisse d’armes. Des arbres foudroyants plutôt que foudroyés.
restant platement sur le théâtre ou la musique, et l'illusion que cela ne saurait être sans spectateur, retrace, sans réflexion sur le type de spectacle, sur l'influence politique ou non, les différents moments de ce rôle de spectatrice
Vouloir tant que ce plaisir s'étende dans la salle, monte vers eux, là, croire que c'est un soir unique, ne pas le croire et se moquer, un peu, de soi.

8 commentaires:

François B a dit…

Merci, une fois de plus ! Pour le condensé vivace, la justesse bienveillante, et l'énergie des yeux - des yeux et nécessairement de tout ce qu'il y a derrière, cœur inclus.

Pierre R. Chantelois a dit…

Je n'ai pas tout lu, je m'en confesse. Mais je reste convaincu que ces vases resteront dans la blogosphère longtemps pour nous prouver que cette dernière peut aussi s'élever au-delà de la stratosphère pour nous guider vers une transcendance des mots

Anonyme a dit…

Brigitte, je ne sais pas où tu prends toute cette énergie! Certainement la passion t'anime, mais je te soupçonne de posséder un écarteleur de jour dispenseur de flexotemporalité. C'était là ma première expérience, mais pas la dernière, me suis un peu perdue dans les dédales mais je constate qu'en effet, tu ne « perds » pas de temps!!!

Je suis très impressionnée par cette générosité et cette productivité inouïe. Et te remercie infiniment pour tout cela.

Je ne sais pas si ici je peux te poser cette question, mais sinon, je la poserai sur les rendez-vous. J'ai prévu pour octobre un partage avec un peintre. Lui image, moi texte. Est-ce possible ou est-il nécessaire qu'il y ait deux textes?

Zéo Zigzags ¦-)

JEA a dit…

en rassemblant en un seul billet tout ce qui est épars sur la toile
vous métamorphosez ces grains de sable en une oasis...

Brigetoun a dit…

Zéo Zigzags - merci, mais c'est un peu à la va comme je te pousse mon bidule
Les initiateurs n'ont pas posé de règle, on échange ce que l'on veut en fonction des blogs et il me semble d'ailleurs que cela a déjà été fait

Dominique Hasselmann a dit…

Une fois de plus, bravo, Brigitte, pour l'anthologie dressée et le travail que cela représente.

De l'énergie à revendre (à l'heure du profit) !

Il reste à lire tous les autres ou presque...

DUSZKA a dit…

Quel beau travail ! Je viens de le découvrir, n'ai pas encore eu le temps de tout lire, mais il y a déjà du plaisir à savoir ce trésor à porté de main. Pour moi qui vis ici durement la sécheresse assassine, regardant avec consternation les réserves d'eau de pluie se vider, le bétail menacé de soif sans espoir, les cernes sous les yeux de mes voisins agriculteurs/éleveurs... de pareilles somptueuses parenthèse sont une bénédiction. Un moment de grâce. MERCI !

Acc a dit…

Peur de me répéter, mais je jalouse cette capacité, stratégie, intelligence, pour trouver le "temps des mots".
Merci Brigitte pour cette traversée des vases communicants que je découvre par votre entremise, à peine ce soir.