mercredi, novembre 28, 2012

Brigetoun en suspens, et des lectures


Jour humide hors de l'antre. 
Brigetoun, en attente d'un rendez-vous avec sa banque pour que soit fait ce qu'elle veut, n'est pas sortie, était en rogne pour cela ou autre chose, était incapable de mettre bout à bout deux idées et trois mots, s'est forcée à risquer de mettre sur Babelio les belles et bonnes lectures de ces derniers soirs, en étant parfaitement incapable de le faire (jamais su, en dehors de j'aime, j'aime pas), reprends, plus ou moins ce qui en est sorti, le matin. (vous préviens...)

Avec, cadeau de la toulonnaise qui avait aimé ça, pensait que cela pourrait me plaire, et ne s'est pas trompée, une légende russe d'Elisabeth Barillé.
Un journal de voyage, un journal d'évolution intérieure - partir, retourner en Russie, la Russie de Poutine, après le voyage enfant avec le grand-père émigré en retour amer et sentimental dans les dernières années du communisme.
Être poussée par la recherche de ce maillon, par les zones de mystères, par l'amour de ces souvenirs de la société russe venus de lui et de sa seconde femme, l'ancien amour qu'il est allé rechercher derrière ce rideau-frontière, mais prendre aussi comme guide, par désir et officiellement, Lou André-Salomé, l'admirée, et son voyage avec Rilke.
Résister contre pour exister. Simone Weil me bouleverse, Simone de Beauvoir m'en impose, Colette Peignot me trouble, Lou Andreas-Salomé m'encourage à lâcher la peur. Que m'apprend "Ma vie" quand j'ouvre la mienne ? Que vivre est une chance offerte à chacun, une fois seulement, une occasion unique qu'il s'agit d'investir, avec audace, jusqu'à l'aveuglement s'il le faut.
Le texte, divisé en étapes, mêle son regard sur la Russie actuelle, le mélange d'une modernité, d'une consommation presque caricaturale et de persistances
Solidarité mécanique et morose. Je me demandais si la survivance de ces us d'un autre âge, d'un autre ordre, n'était pas liée, du moins chez les plus de quarante ans, au besoin de repères, de points d'appui dans le temps, pour ne pas perdre pied.
entre refus, sympathie, critique et lyrisme, avec des portraits de gens rencontrés,
J'embrasse le ciel laiteux, la tendresse des rives, l'aisance de l'oiseau en vol, les oscillations du petit canot jaune lesté d'un pêcheur. Union de l'ample et de l'intime. Japon miniature en terre russe, je te salue dans l'aube.
les souvenirs de l'enfance et de la vie avec le grand père, l'histoire des parents,
Je ne regardais plus la maison, je prenais la mesure du ciel qu'avait respiré Georges, je me déployais dans le temps, je voyais Georges trottant dans la cour à l'endroit même où je me tenais, la nuque raide, les yeux levés, je voyais l'enfant blond qui naîtrait de lui, ma mère, trottant dans le jardin d'un pavillon 1930, en meulière, sur l'allée de gravier où je ferais à mon tour l'épreuve des premiers pas.
et Lou, des passages de son livre de souvenirs, une recherche des lieux qui la plupart du temps ne sont guère reconnaissable, avec un journal de ce que ce voyage construit, reconstruit en elle (Eisabeth Barillé... je suis bien lourde ce jour)  - et ce qu'est pour elle l'écriture.
Une réflexion aussi sur ce que sont la vérité, le mensonge...

Et puis, la parution chez Publie.net du livre issu de billets lus, relus, en leur temps, sur le Carnet d'Arnaud Maïsetti Affrontements (une voix pour l'insubordination) et là, il m'est vraiment impossible d'en parler, trop riches sont ces pages http://www.publie.net/fr/ebook/9782814596986/affrontements et François Bon, sur le site, le fait mieux que ne le saurais.
Enfin, tentative :
livre (un pour plusieurs lectures) fait d'éléments divers et liés, entre lesquels on peut circuler selon deux trajets qui sont à choisir au début, les textes venant alors se ranger en ordre, en suivant un lien : jours pour un ordre chronologique puisque tout s'organise en cinq blocs correspondant à cinq jours
ou par chemins un ordre thématique chaque jour comprenant un texte d'entrée découlant du titre de ce jour, un récit, et puis ce qui est appelé les lieux intérieurs, les visages et les voix..
Formes diverses – unité et creusement profonds. Des images, des citations pour ponctuer et introduire.
Une gravité, une coulée qui suit les mouvements intérieurs, un tableau du monde tel qu'il est, par la grâce d'un pas de côté, d'un ton un peu légendaire, une sensibilité extrême.
Affrontements dans la guerre, affrontements dans nos sociétés, et dans la crise, affrontements intérieurs.
(jour 1)
D’un geste seulement, nous pourrions nous reculer dans le noir, détourner les yeux de la grandeur du lieu, de l’évidence du lieu bâti pour nous et pour cela, et tourner le dos lentement, nous en aller, dans le noir derrière, et devant. Oui, cela est possible. Mais nous ne le faisons pas. Nous demeurons ici, même s’il nous manque un mot pour pouvoir nous dire : c’est ici où nous sommes et ce monde est le nôtre. Nous venons de si loin. Peut-être confondons-nous l’attente du mot et son absence.
(jour deux)
C’est un temps de secousse : la crise remue le corps, de bas en haut, en longs soubresauts de peur qui tétanise – d’avoir annoncé l’effondrement depuis des années semble avoir conjuré tout krach, de sorte qu’on n’entend plus vraiment le bruit de la terre qui se sépare peu à peu, sans se rompre tout à fait, sous nos pieds, et qu’on prend désormais pour le bruit de fond du monde.
(jour trois)
Où passer..... dans les lieux pleins, si pleins de monde que dans les bousculades, on ne sent ni les violences ni les vols, seulement la solitude sous le vacarme, dans les lieux de surface où s’écrivent et se reçoivent les violences et les vols, se reformulent les passages, les profondeurs, les géographies des corps, les cartes sans nord, les lieux d’orgueil où se savoir premier ici, les lieux d’humilité où te savoir première ici, qui m’y conduis pour me perdre...
(jour quatre)
le visage que tu me montres dans la tristesse sans recours, à laquelle ne répondre que oui, je l’accepte : je suis cette tristesse, j’y ai toute ma part, et la joie de partager douleur et visage ainsi d’accord
le visage impossible qui dit je ne peux pas rejoindre : je ne peux pas franchir
(jour cinq)
Mais dans l’éloignement, la beauté infinie de cette nuit obscure, on s’approcha de moi, sans raison, sans que je le sache même, sans rien qui l’avait préparé que ma solitude, sans aucune volonté de s’approcher de moi, hors ma solitude posée là, vaine, dans la tendresse terrible, dans l’évidence.
Et que me soient pardonnés la maladresse sommaire de mes mots et mes choix de citations, alors qu'il était si simple de dire : lisez le.

6 commentaires:

Pierre Chantelois a dit…

Voilà qui me semble deux grandes lectures. Densité et intensité semblent être au rendez-vous, nonobstant ce jour humide hors de l'antre.

joye a dit…

Ça a l'air bon, la Légende russe.

Dominique Hasselmann a dit…

On ne sait plus où donner de la tête.

jeandler a dit…

Voici des passés qui ont du mal à passer....

arlettart a dit…

Je retiens L'histoire Russe et de ce pas !! (enfin boitillant ) le chercher surtout pour : " Vivre est une chance offerte à chacun , une fois seulement,une occasion unique qu'il s'agit d'investir avec audace jusqu'à l'aveuglement "
Un bon début de journée Merci

Anonyme a dit…


Tout comme arlettart, touchée par ce passage qui me donne envie d'aller plus loin en lisant le livre.
Merci Brigetoun pour ce partage :-)

Flore