jeudi, novembre 29, 2012

Tumulte dans le ciel qui se déverse, et Traviata qui meurt


vouloir tancer banquière (comme si c'était possible), ne plus avoir patate ni cigare, écouter l'air se ruer, le ciel se déverser sur la ville, pendant que hurlent les chiens au dessus de moi et que des voisins tambourinent et crient pour les faire taire – poser oeil vitreux sur parapluies, choisir celui qui semble le plus solide

s'en aller pleine de gaie résolution malgré le visage lugubre que se donnait la place, résister au vent qui tenait à retourner le parapluie ou à m'emmener, accrochée à lui,

d'un côté à l'autre des petites rues, d'une rivière dorée à l'autre – ne pas avoir accès bien entendu à responsable – vider à coeur contrit le peu qui restait (oh honte) sur un livret A, menacer d'on ne sait quoi si un rendez-vous ne m'est pas donné rapidement et m'en aller en rusant avec sire vent,

sourire en passant devant vitrine, en faisant mauvaise plaisanterie, «ben c'est pas le...»

et puis céder, un peu avant l'antre, à une pulsion forte de futilité, ronger la petite aisance retrouvée, se maudire et se réjouir avec honte de pouvoir être stupide sans trop graves conséquences (juste faire fêtes avec hareng et bintjes, et se passer de...)
aimer bien la coupe de cette seconde petite robe noire, le grand pli qui enrobe le dos trop bossu... 

et décider de la mettre avec collants de laine, gros manteau, pour monter résolument dans la nuit vers le théâtre, la Traviata, au risque du vent tonitruant.

Dans une salle presque pleine, une Traviata mise en scène par Nathalie Duffaut, dirigée par Luciano Acoccela, avec Patrizia Cioffi en Violetta, Laetitia Singleton en Flora, Ludivine Gombert pour Annina toujours charmante mais dans un rôle quasi muet, Loreline Mione dans le rôle de la soeur d'Alfredo et Ismaël Jordi, Afredo, Marc Barrard, le père, Raphaël Bemard, Gastone de Letorières, Jean-Marie Delpas, le baron, Cristophe Gay, le marquis et Luc Bertin-Hugault, le Docteur Grenvil.

Un premier entracte pour regarder – plutôt aimé – en rongeant mon frein et baillant un tantinet les aquarelles de Danielle Doucet

un second entracte pour cigare dans un vent presque apaisé et légèrement transie par petite froideur de saison

Trouvé, pendant que cuisaient pâtes du déjeuner, des remarques sur un forum (que je découvrais http://www.odb-opera.com/modules.php?name=Forums&file=viewtopic&t=11843) en reprends quelques unes suivies de mes réactions
24 novembre 17h05
Le soir de la générale, Patrizia Ciofi n'a pas chanté pour économiser sa voix. C'est ce que Nadine Duffaut a dit au public très mécontent. L'orchestre a même cessé de jouer avant la fin.
Mais à 23h38
La première de la Traviata s'est bien passée contrairement à la générale.
Nous avons eu droit à une très belle Violetta (dans tous les sens du terme) avec ne Patrizia Ciofi excellente comme toujours tout au long du spectacle qui nous a même régalés d'un mi bémol – pour le mi bémol je ne sais pas, pour la beauté du chant, surtout dans les scènes finales (où il était purifié des prouesses vocales) oui, et fort grande (et moi j'ai superbement raté son salut)

Jean-Marie Delpas a très bien assuré aussi dans le rôle du Baron...
Toutefois on a pu être déçu par Marc Barrard (malgré sa belle voix)dont on attendait beaucoup dans ce rôle-là et qui est passé carrément à côté. Un peu excessif (pour la voix belle sans plus, pour la mauvaise performance d'acteur qui n'était pas flagrante)
Rien d'extraordinaire à signaler chez Ismaël Jordi dans le rôle d'Alfredo plutôt fade avec des aigus tirés. Alors là, non, je sais que le publc près de moi l'a aimé, c'est un bon ténor glorieux, tout ce que je n'aime pas - mais ça n'engage que moi – avec une voix souvent trop forte (tout émotion tombe quand il arrive à la fin et la mort de Violetta tourne au concours vocal) pleine de métal vibrant
Au niveau de la mise en scène, j'ai entendu que certains spectateurs n'ont pas apprécié la présence de personnages représentant la gestapo arborant une croix gammée sur leur brassard. Pas forcément gênant à partir du moment où Nathalie Duffaut a pris le parti de transporter l'action au Lutetia pendant la guerre, mais j'avoue que me suis interrogée sur la pertinence de l'idée (agréable visuellement par ailleurs), éclairée un peu simplement par la projection, dans la chambre de Violetta d'une vidéo de femmes tondues à la libération, à condition de considérer que tous les bourgeois consommateurs de courtisanes sont des nazis ce qui me semble un tantinet excessif.

Retour en pensant le vent tombé, en me heurtant en chemin à de belles bourrasques qui me bousculaient et massaient agréablement et énergiquement mes rides.

8 commentaires:

Pierre Chantelois a dit…

Intéressant ce débat sur les choix de mises en scène, notamment cette Croix gammée sur le brassard des personnages. Une tendance veut que les opéras soient revampés à une sauce résolument moderne. Des choix, dis-je. Et cette pluie qui tombe.

Dominique Hasselmann a dit…

Par ce temps, la Traviata en fait des gammes.

arlettart a dit…

Ta vitalité est réjouissante ...
avais lu l'article du Monde (Taviata ) et pensé que tu y serais avec tes commentaires que j'aime

Adeline a dit…

Probablement interprétation globalement réussie à ce que l’on m’a dit (comme vous le soulignez) car je n’y vais que samedi (en fait je me demande si je vais bien y aller). Quelle idée de Nadine Duffaut de mettre en scène nazis et femmes tondues ? C’est ramener l’horreur nazie à la dimension d’une tragédie romantique, à la débauche des bourgeois. De quoi faire le miel de certains qui à l’extrême droite s’évertuent à dévoyer l’histoire. Duffaut a été sifflée pour cela paraît-il dimanche et je doute qu’elle soit revenue sur scène saluer hier soir.

jeandler a dit…

Il y avait de tout dans cette Traviata ! Le cigare retrouvé, la pluie apaisée, le vent essoufflé.

Ce que j'aime, c'est le tableau (touchant) des trois parapluies se serrant l'un contre l'autre. Chacun ayant nécessité d'un câlin.

Perrine a dit…

Mais il fallait oser, on ne peut pas lui ôter ça...

brigitte celerier a dit…

un bémol : le recours aux années 40 ou au stanilisme est devenu depuis trente ans à eu près un poncif des mises en scène

Danielle Carlès a dit…

oui, mais pas toujours pertinent