jeudi, février 28, 2013

Frais oloés


Marcher dans les rues de la ville - me refuser à avoir froid avec les 11 ou 12° qui nous étaient accordés, penser aux gens du nord, penser à ce qui m'attend.
Chercher le ciel, s'emplir de la lumière, avoir une fois de plus, petite envie de cette terrasse, moins encaissée que mon trou entre murs, penser : on dirait que j'y aurai lu les dernières pages de le mal de Montano de Vila-Matas qui a accompagné, en alternance avec Sodome et Gomorrhe mes entrées dans la nuit (bon j'aurais changé d'horaire)
«Adieu, Montano, adieu», lui ai-je répondu. J'ai marché des heures et des heures jusqu'à ce que m'écartant de la route perdue, je m'enfonce dans un silence sylvestre sans oiseaux. Après avoir laissé le bois dans mon sillage, le livre de Montaigne sous le bras et le souvenir de Mzungu à l'esprit, j'ai pris un sentiment infini qui a fini pas se rétrécir et se transformer en quelque chose qui ressemblait à un escalier anguleux. Et j'ai, tout à coup, vu Musil au bord d'un abîme. Chemise blanche à col ouvert, pardessus noir tombant jusqu'aux pieds et large chapeau rouge. Il était songeur, regardait par terre. Il avait l'air de mesurer les vitesses, les angles, les forces magnétiques des masses fugitives de cet abîme qui s'ouvrait devant nous. Il a levé la tête et m'a regardé. Devant nous, il n'y avait que du vide, l'Action Sans Parallèle et les autres ennemis de la littérature nous encerclaient. «C'est l'air du temps, ils menacent l'esprit», lui ai-je dit. Musil a levé les yeux vers l'horizon incertain. Au loin, très loin, au-delà de tout, comme un mirage de salut surgi du vide et de l'abîme, on voyait la mer, ses volées d'oiseaux, ses essaims de voiles blanches, triangulaires. «Prague est intouchable, a-t-il dit, c'est un cercle enchanté, avec Prague ils n'ont jamais pu, avec Prague ils ne pourront jamais.
Et j'ai continué, simplement, dans Avignon.

Mais un peu avant, presque en face de la seule librairie du quartier, librairie d'ancien, tête levée, avais trouvé un autre oloé, sans grand charme, sauf une protection plus grande contre les caprices du vent, le bleu toujours, et la vue sur une succession de tuiles canals.
Y continuer la découverte ravie de Décor Lafayette d'Anne Savelli (aux éditions Inculte), là où je l'avais refermé aux petites heures de mercredi, dans la cabine d'essayage, avec une des Elle, après la liste des trop maigre, trop grosse... en longue et éternelle litanie
juste à Trop mauvaise, nerveuse. Pas assez.
Pas assez moqueuse, soignée, pas assez bardée de leurs sigles, pas assez tatouée au fer, à l'or fin, à la pierre taillée, pas assez placée sur écrin ni addict au rang de perles, au cafard dès le matin, une coupe d'entrée, de champagne, de cheveux, que passe la journée entre des mains expertes, pas assez habituée aux pierres chaudes, aux embruns, aux onctions, aux caresses, à cette intimité entre toute raisonnable – des chambres, des recoins, des hamacs, fontaines, peaux de bêtes, coussins dans une garçonnière ou mieux, une bonbonnière, délicieux pied-à-terre, trois cents mètres carrés.

ou céder à l'envie d'aller à la fin, à l'index nommé entrer dans le décor, s'y promener, en sortir s'arrêter sur par le bruit, par le son, choisir bruits de vaisselle, aller à la page 90
Devant le salon de thé, sixième étage, toujours, chocs de la porcelaine, des soucoupes qu'on empile. Une dame se dispute, répond à son mari qui voudrait se faire servir...
mais pour vous qui passez ici, cela ne peut vous donner idée de ce foisonnement, qui comprend aussi Simone Signoret, des géantes, l'homme du désir, le catalogue etc..
le mieux serait de lire ce qu'en disent Christophe Grossi http://deboitements.net/spip.php?article347 ou Christine Jeanney http://christinejeanney.net/spip.php?article577

Et puis reprendre la rue, mais dans la nuit toute neuve, pour aller (appareil de photo oublié dans l'autre sac) au Studio des Hivernales, et là je trouvais qu'il faisait frio, voir John de et par Ambra Senatore (c'est elle sur la photo, mais dans un autre spectacle) – agréable spectacle, élégant, sensible, simple, fluide, une femme, la quotidienneté, la présence d'un homme.

Les deux photos d'oloés (endroits ou lire ou écrire, mot forgé par Anne Savelli et largement adopté) je les avais prises le matin, en rentrant, après recherche de boutique en boutique, avec la seule et très ridicule (au fond c'est plutôt bien) paire de chaussures fourrées, à peu près à la taille de mes pieds à géométrie variable – ce n'est plus tout à fait ce que proposent les magasins – pour la montagne lozérienne où m'en va via Grignan, laissant Paumée, vendredi, aux très bons soins de Christophe Grossi (et je regretterai bien de ne pas assister à votre plaisir) pendant que je serai chez lui (soyez gentils et généreux allez voir ma tentative de retrouver Barcelone). Vais essayer de trouver tenues chaudes et pas trop moches.

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

"montagne lozérienne", escale, escalade...

arlettart a dit…

Mais tu pars en Alaska ??avec de telles bottes
aime" oloe" un joli mot qui sent les îles désertes
Reviens vite

Françoise Dumon a dit…

Bon séjour, le redoux est annoncé. C'est vrai, oloé est un joli mot.

JEA a dit…

en ce jeudi, les températures s'ébrouent au nord : 1 à 3 degrés vers 11h du matin pèlerin...

Danielle a dit…

bonne montagne lozérienne !

Gérard a dit…

Avec ces bottines tu peux aller plus loin que la Lozère chez les inuits peut-être
Gérard

tanette2 a dit…

Des chaussures fourrées tout à fait indiquées pour là où tu vas. Ne te manquent plus que Chapeau, gants et gros manteau.. Bon voyage et bon séjour là-bas.

Pierre R. Chantelois a dit…

Un petit retard, comme cela est mon habitude. La ponctualité est parfois fonction d'une bonne organisation. Et à vrai dire, je les trouve splendides ces chaussures fourrées. Un petit coucou et je m'en retourne mettre de l'ordre dans mes affaires ;-)