samedi, février 02, 2013

Premier vendredi du mois, c'est vases communicants


Une fois de plus, des textes ont coulé de vase-blog en vase-blog, harmonieusement, et, une nouvelle fois, s'est jointe à ces équilibres une ronde.

Une fois de plus, Brigetoun a tenté de saisir (comprendre et prélever), comme pouvait, un peu de ce flux et de le déverser ici pour en orner Paumée (sans honte ou sans trop de)

Une fois encore, s'il en a le temps, Pierre Ménard reprend tous ces textes ou images sur http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants


et ce fut donc la ronde, autour de l'idée de départ, entre
Adieu, ils me quittent !
Lamento gentiment comique sur les appareils qui ne fonctionnent plus
Sonner le glas, c’est la mise au tombeau de l’appareil reproducteur, de la machine aspirante, du grille-pain, du lave petit, les fidèles compagnons me quittent
et
liste des départs indispensables
une liste des «motivations» ou des endroits que l'on aimerait connaître, certaines très évidentes, d'autres un tantinet plus hors des chemins courus, comme
Anchorage, pour Jack London et croc blanc, into the wild, les ours bruns puis les blancs, la mousse et les moustiques, les amoncellements de troncs flottés — forêts entières échouées qui rendent les plages inabordables — les kayaks de mer dont n’importe quel monstre marin local ne fait qu’une bouchée, le reflet des pics enneigés dans le noir d’un océan sans fin dont les bords cachent des forêts d’algues sous-marines où les orques chassent les phoques qui chassent les saumons qui pullulent

et
la bouée en caoutchouc
partir pour un motif solide, partir avec peu pour éviter les objets-nostalgie, partir pour région un peu rude, oui respiration acceptable, et même plaisir, autorisé
mais, une photo, une fille dans sa bouée qui dit liberté – et on rêve ou cherche
Des ongles de pied vernis, à Chup, dans la jungle ? Improbable, on doit être à Kampong Cham, ou alors au Cap Saint-Jacques ? En butte à tant de conjectures, inutile de se perdre, l’interrogation est troublante, d’ailleurs, et l’insolite n’est pas tant dans la question que dans son motif. Il serait plus judicieux de simplement se laisser aller, se perdre dans ces yeux ; de noyer son imagination au chaud, par procuration, ailleurs. Proust préconisait de laisser les jolies femmes aux hommes sans imagination ; aux militaires, par exemple ?

et
loin de la ronde infernale des départs infinis
pas la route comme Nicolas Bouvier, préférer pérégrination mentale.. et se dire que ce n'est peut-être pas le bon choix – tenter plusieurs mots, plusieurs faux départs
Emporté dans la giration des derviches tourneurs je tombe d’épuisement des sens. Réveillé je crois au repos dans une architecture propice au recueillement et en tout cas conçue en ce sens, m’y rends. Mais ce n'est pas encore le bon mot – ni le concret ni l'abstrait...

et
empaysements
les détails des régions qui ont été ses cadres de vie, où elle est passée – gouteux et intelligent
Quadriller le paysage des chemins connus, arpenter la France dans un sens et dans l'autre pour reconnaître chaque brin d'herbe, et surtout l'odeur de la terre faite d'acidité douce sur l'argile, de sang sur le granite, de pollen de fougère sur la silice, et celle du schiste chaud. Faire corps, faire souche.

et
migrations
un texte à lire à haute-voix est-il indiqué (bon j'ai un peu bafouillé mais vous devriez pouvoir)
Quelqu’un vous guettait. Survivre. Sur le cahier du petit, il notait. 21/11, 1 tombé à Afrique, 10/11, 1 tombé à Garat, 21/11, 1 tombé au Nord, 2/12, 1 tombé au Nord, 1 tombé à Afrique, 9/12, 1 tombé au Nord
ce qui tuait les rêves

et, pour boucler la ronde
rainbows
le 7 juin 1912 – trajet vers la gare de Waverley, train vers le nord, pensées, lecture
Paul est assis sur un siège de droite et voit le rocher d’Inchgarvie sur le fleuve impassible, les deux maisons de pêcheurs, l’homme qui fait un signe. Des hirondelles semblent jouer entre les délicates structures du pont, une danse, un éclat de rire, des escarbilles de lumière noire, ou alors comment dire ?
Et un aveu d'une inculte : je ne sais pas qui est ce Paul qui marche vers Dundee et dessine ce qu'il voit.

et ce furent donc les échanges comme 

à propos des racines, des rhizomes,
le mystère des fourches rhizomatiques
un texte jubilatoire, charpenté, comprenant : dispositif, assez simple ma foi - et au dessus une photo l'illustre -, définition, un travail des hypothèses qui se teinte de fantaisie dans l'exposé, une hypothèse retenue dont je n'oserais dire que c'est un long et joyeux délire, mais il y a nettement de ça
Mais dites donc, un truc m’échappe. Qu’un géant défie les lois de la physique, pourquoi pas. Qu’un haricot magique permette d’accéder à un autre monde, perché quelque part dans un ciel magique, peut-être même dans une autre dimension, soit. Mais comment se fait-il que cinq graines ne donnent naissance qu’à une seule plante ? Etc.. et une conclusion – le tout très fermement conseillé 

et
presque
nous sommes presque uniquement constitués de ténèbres (Jon Kalman Stefansson) l'instinct, ce qu'il faut écouter, ce qui est en nous, racine – et que de cette racine naisse l'adulte, la raison
Choses en nous, du temps, un peu, il faut… pour qu’elles surgissent comme du rhizome émerge un nouvel horizon. Un arbre, par exemple, qui découpera l’espace de la prairie en deux. Et pourtant, le votre, d’horizon, n’était plus visible. Du sol, une radicelle a point. B virgule, je me «tubérise». Devient pomme de terre..
Lisez donc plutôt – et vous aurez droit à une phrase de l'Anti-OEdipe de Deleuze et Gattari en plus.

Deux photos, deux jeunes femmes, un bel échange
elle ne sait pas encore
elle ne veut pas le savoir, ce qui se passe en elle, ce qui en résultera – et c'est en phrase simples, égrenées, émouvant
pour ça qu’elle préfère ne pas savoir qu’elle attend
(peut-être)
elle ne sait pas encore qu’elle va pleurer
elle ne sait pas encore qu’elle va passer des jours et des nuits les yeux dans le vague
et
la photo d'une fille et d'un gars contre une voiture et tout en découle – en regardant dans le crâne de la fille, dans ses sentiments, toute une histoire fraîche
Elle lisse une dernière fois sa mèche de cheveux savamment coiffée, se demande
vaguement si elle est bien habillée, ôte à la hâte ses lunettes, cherche où elle pourrait les cacher. Il l'étreint moqueur, joyeux, emprisonne sa main entre les siennes et souffle délicatement dans son cou.

Deux nouveaux venus pour les vases communicants
l'ovocyte 9
continue, à cette nouvelle et provisoire adresse, l'histoire de l'ovocyte, qui choisit de s'appeler Albert Chiendeau, de son étude du français, de ses rêves, de ses rencontres, de ses lectures, de ses théories.. et vous êtes invités à rencontrer noms et allusions littéraires comme :
Cet événément serait trop peu important à mentionner, s’il ne l’avait pas fait passer, avec ses amis en rentrant vers Leyde, par le quartier des prostituées dans le vieux Amsterdam. Sans doute pour y pratiquer leur Français. Car ils allaient là pour prendre le dîner dans un restaurant au nom français Le Chat qui pélote.
et
sa maison redevient centre (1976)
reprend, et c'est pour mon, ou votre, plaisir, un poème qu'il traduit, un dessin ancien :
courir vers elle, sa porte, (j'aime beaucoup ses vers brefs qui viennent se dire en français, peu à peu, sur son blog)
jusqu’à sa porte a couru mon enthousiasme

à sa porte fermée, aux glycines fanés

écroulés sur le gravier de l’allée de pluie.

Concert rock
un batteur – une fin de concert, l'orchestre.. vous laisse suivre plutôt que d'essayer de résumer très mal
Le chanteur retourne aux coulisses chercher une serviette blanche pour s'éponger, revient. Les autres musiciens lui jettent des regards inquiets. Il fixe le micro comme s'il s'agissait d'une serpillère répugnante, balance une grande claque dans le pied métallique qui tombe et rebondit deux fois dans de grands grincements crachés par les amplis. Il crache et part. Le bassiste suit le chanteur, d'abord du regard puis après avoir débranché sa basse, des pieds. Expression hagarde et yeux en feu, le guitariste entonne la chanson avec conviction . Le batteur baisse son visage, froisse son front, tente de se concentrer sur sa caisse claire.
et
belle prose poétique à propos d'un concert
Les giclures de la guitare solo distordent les ventres, imbibent les cœurs, explosent les veines, nourrissent ce besoin de communion acoustique, lubrifient les pupilles et l’on se prend à léviter sans s’éviter en frères unis au-dessus des noirceurs, on s’accroche à un fil distendu, infini, tourbillonnant, on embarque dans le grand balancé, l’âme s’affole, on touche l’impossible. Musique du diable qui rend les armes!

Chemins de fer
Christine Leininger http://christopherselac.com/671/
instants du rail
un joli billet - devant la gare désaffectée elle se souvient
L’Alizé qui danse alors au bout des quais est doux et court en d’air. Il en a fallut faire des kilomètres pour une demoiselle de trois pommes pour rencontrer des grands qui ne parlent pas comme nous. Les comprendre à travers les rires et les effluves de vin, c’est… tout.
et
quai n°4
un train, un couple jeune, un au-revoir, des promesses, elle part – un court texte ferme et ces questions
Déjà, alors que la ville n’est pas encore évanouie, le passager côté couloir lui adresse la parole, elle lui trouve une belle voix. Déjà, alors que le train n’est à peine plus qu’un point au bout d’une ligne de fuite, son regard s’invite vers d’autres jeunes filles.
Résisteront-ils ? Combien de temps ?


deux brefs, condensés, billets régals
Dahu
une apostrophe, un défi lancé à celui qui court, qui ne trouvera pas
Cours donc si ça t’amuse, divertis-nous ; je suis rarement seul.
J’ai l’aérodynamisme montagnard, le rire en bandoulière, tu es aveugle et sourd ; je dois être cornu, sans fiancée aucune. Peut-être tacheté.
et
une solution pour trouver place dans nos villes... avec le ton docte, délicieusement neutre qu'il sait trouver – exposer le problème, et la solution (lui ai trouvé du charme le temps d'une seconde)
se voir assurer un horizon sans cesse changeant à mesure qu'en fonction des besoins de tel ou tel abonné du parking la roue était mise en branle par l'agent chargé du bon fonctionnement des choses jusqu'à faire descendre au sol le véhicule dont le propriétaire réclamait la sortie, d'aucuns allaient plus loin et vivaient maintenant définitivement dans leur véhicule ainsi flottant dans un azur sans fin.

Ah ces Christophe !
à partir de deux chansons et d'une sélection de photos prises à Palavas par l'autre
Christophe
Je me casse à Palavas titre du texte, titre d'une chanson que le Christophe qui écrit entend … et le crâne qui embraye dessus, et dérive doucement, avec la logique approximative habituelle - régal
Des fois je me demande si les filles de Palavas-les-Flots ressemblent à celles qu'on voit dans ce vieux film avec Alain Delon tourné à Palavas-les-Flots, celles qui sont dans les bras d'Alain Delon, d'ailleurs dans tous les vieux films avec Alain Delon les filles sont dans les bras d'Alain Delon, pas seulement celles de Palavas-les-Flots : tu crois qu'elles seraient dans les miens de bras si je leur disais Je m'appelle Alain Delon ? - ce Christophe qui se dit des tas de choses, et qui se dit qu'il se nomme Sanchez, sauf que non .. etc..
et
Je suis plusieurs
prend une photo de Christophe Grossi, le mot qui y figure, et le voilà binome, double, et nous ne devons plus savoir quel il est (et c'est délice)
Chris’, lui, moi, passe sans voir, fait des stats sur l’improbable. Chris’ est dehors, « corporate » et sans corps. Christophe, moi, lui, réfléchit à des rêves anxiogènes. Christophe est dans sa chair, trop et pousse l’exégèse à se pourrir le dedans de turpitudes malignes.

autour d'une porte de garage (photo)
Nathanaël Gobenceaux (ou Loran Bart comme je m'entête à l'appeler) http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3350
où le charme discret d'une porte en province
la route, la bande son (belle liste) qui évoque d'autres trajets, se garer et marcher dans Chinon, rencontrer la porte, mais ne pas être là pour elle - bon j'arrête, ce que je dis est idiot, préférez Nathanaël qui est là ...
.Parce que sur la route printanière de Richelieu
Parce que le pote d’intérêt médiéval veut bien voir le château (celui avec qui déjà fait Brie-comte-Robert)
Parce que voir l’expo de la copine qui fait des poteries
parce que mille et une autres raisons aussi ... à trouver, à inventer… toujours bonnes, les raisons.

et
Cacolac
ai dégusté les souvenirs éveillés ce nom, avant de lire et de déguster plus encore ces notes sur les images archétypes des villages ou villes de province, comme nous en avons tous, comme ne saurais pas les faire ainsi revivre, une rue principale, une vue, une chambre..
Et bien sûr ces grands portails, aménagés pour les machines agricoles, mais cette taille de portail n'est pas forcément agricol. Dans les murs de pierre mal jointive il y a des crochets fichés dans les murs où on peut accrocher ce qui complète le décor du rêve, et sent le cuir ou la graisse mécanique, ou le caoutchouc. Parfois des restes de l’âge du cheval. Ce n’est pas que des signes anciens se soient accrochés pour survivre, plutôt que le monde a refait ailleurs, plus loin, ses forces vives...
et ce qui se réveille en nous devant ces images (celles que nous fixons, ou plutôt celles que nous rencontrons chez les autres)

lignes de creusement : Repousser son objet / Cheminer en aveugle / D'un lieu à l'autre / Ce paysages qui nous façonnent / L'immense / La forêt / Forces telluriques – et chacune a illustré le texte de l'autre
Bois
un très beau texte – roule dans l'Argoat – vers les îles du Ponant (et la très ancienne petite fille qui allait en classe au Conquet a frémi, un peu, de plaisir)
elle ramenait à sa bouche des prières comme on rentre les voiles, hurlant à la brume qu'elle serait sa lampe, qu’elle avait un souffle immense à rembobiner autour de ses hanches, un incendie à calmer dans son ventre, le livre de la terre diminuant comme peau de chagrin autour de quelques noms sauvés, elle s'enfonçait de toute sa chair dans la lande où grille la bruyère, désaltérait les pierres, redorait les arbres morts, se souvenait d'anciens chants qui lui remontaient depuis la plante des pieds jusque dans la gorge, elle brillait, récitait des complaintes par cœur dans les pubs le samedi soir

et
belle introduction-présentation de Laure Morali, et
gris loup
le paysage décrit, mis en mots, en paragraphes, de couleur en couleur.. une réussite
Jaune bronze, osier, olive. Les lichens sont les fleurs écloses des rochers. Il est tôt, le vent inépuisable. Il est tard. Sans âge sur l'à-pic je me tiens bizarrement penchée. Des sons glissent seuls hors de ma bouche, et cette joie sauvage, cette chose imprévue qui m'arrête — m'élargit, me resserre. Cette chose arrêtée dans le temps, mais ouverte

sur trois photos trouvées aux Puces de Tel-Aviv
part de l'abattement dans les yeux d'une jeune femme (belle) dans un groupe assis, de la date qui figure au verso, 1943, pense à la jeunesse de ses parents.. et suivez la, c'est beau... en passant par le souvenir du nom de son grand-père trouvé en note dans un livre (et je me souviens d'avoir trouvé, et du coup cherché, le nom du mien, et de son passage au Vietnam, un peu après la mort du sien à Paris, dans des traductions d'historiens américains, ou vietnamiens, à la BPI – l'histoire est si proche de nos vies), en revenant à la jeune femme de la photo
La jeune femme porte un chemisier blanc à manches courtes et un bracelet-montre au poignet gauche. Je me dis qu’elle était peut-être droitière, et que son cœur battait au rythme des guerres. Lorsqu’on est prisonnier d’un temps de guerre, le temps passe-t-il lentement ou trop vite ? Ses mollets sont longs et musclés, sa coiffure soignée, les cheveux mi-longs et bouclés. Des cernes foncés encadrent l’océan de fatigue dans lequel elle se débat, ses eaux gelées, immobiles d’un silence pinçant ses lèvres.
puis s'attache aux autres personnages, incorpore à son texte la photo d'un orchestre, d'une affiche – et nous ne pouvons qu'interpréter ces traces anonymes qui remontent du passé.

et
on ne sait pas
scrute les photos, trouve les rapports entre les deux groupes, s'interroge
part de la date, pense à l'époque, à la suite de l'histoire orageuse du monde,
une humanité survivante – une belle méditation
Et regarder encore, parce que ce qui me plaît, ce sont les olives (sans doute) au premier plan de la photo domestique des assis et le geste, peut-être tendre, de la saxophoniste qui retient près d’elle, à elle, le bras de cet homme qui a fermé sa veste.
A près de soixante dix ans de distance, des apparitions, des sourires, des regards qui ne comprennent sans doute aujourd’hui plus rien à la beauté du monde…

les états du texte
sur des images de Jean-Yves Fick (comme ce dernier sur ses images à lui) un texte qui s'écrit, qui laisse voir les étapes de sa venue, de son élaboration – un long et beau poème
des boites de mots et quoi
coupé comme on est - là et maintenant
les yeux trop près de la vitre
on ne prendra... (sais pas faire les mots barrés)

et
d'un carnet
introduit pas un exposé de l'enjeu de l'échange par Jean-Marc Undriener,
un long poème, qui se met en scène, en page, une avancée dans la nature, une avancée dans les mots ou plutôt dans l'absence, l'impossibilité d'un texte
nous à condenser ici de nos souffles
nous à entendre ici l'heure plus froide
nous sans autre forme que celle qui
peut-être en vain
brûle
ce rien
cela de nos mots qui déracine l'espace

autre

sur photos échangées
Danielle Masson http://www.xn—chatperch-p1a2i.net/spip/spip.article467 (sais toujours pas faire, désolée, il faudrait passer par le lien sur le suivant)
en toute saveur, s'adresse à «Arthur» et proteste :
un retour anticipé, découverte plutôt désagréable,
Exactement au même endroit qu’il y a 365 jours, quand tu as pris ton engagement…
Rien!!! tu n’as rien fait!!!
Arthur!!! Qu’’as-tu fait de ton temps!
et
un escalier – urgence de le descendre, et ce qui a amené à cela – en bribes de phrases entrecoupées, haletantes, avançant
ce vide sous le pied - descendre l’escalier plutôt – lumière des lampadaires dans l’entrée – froid de la vitre dépolie – un verre d’eau – ne pas y retourner – pas tout de suite

voix
Boca negra (c'est par la bouche que meurent les poissons)
beau (mais j'ai, je le crains, plus cru sentir le texte que ne l'ai compris – aveu)
face à un écran – pas de voix ou des fantômes de voix – partir de là
bruit devient voix, voix devient parole, mouvement... chemin et de ce chemin naît le texte,
une solitude, un homme qui marche
le monde commence quelque part – le monde peut commencer là –
dans sa solitude son souffle – c’est le soir
vous vous arrêtez – vous levez la tête – la fenêtre a six sources de lumière – six rectangles de vie intérieure – plus bas dans le sombre – la terre ne cache pas le plus important – du plus loin au plus proche – la baraque en U disparaît dans le ciel – le ciel déporte image – toutes ces images....
et continuez ce beau chemin
et
c'est la voix d'autre chose
un beau texte, comme une avancée lente, soigneuse : les deux voix de la nuit – la voix du jour, forte
à l'approche de la nuit | la voix du jour | se fait plus lente | plus douce | la voix se fait écoute | la peau frémit | les os sont un tambour aux sons étouffés | la voix disparaît | non elle s'étiole | c'est le silence qui vibre | le silence est plein de sons inaudibles | les animaux les entendent | la chouette nous les traduit | la terre aussi parfois gronde | le vent lui s'est tu | la pensée même s'éteint...

tableau noir
le devoir d'être toujours joignable, le téléphone, le répondeur, laisser sonner – et remâcher sa journée de travail, le patron.. une belle diatribe que vous laisse lire
Je me sentais malheureux d'avoir ces pensées seulement parce que je veux pratiquer ma profession avec compétence et en tout honnêteté. D'avoir en moi cette gangrène de sentiments qui finirait par me détruire alors que je n'oserais jamais toucher à un seul de ses cheveux... et le téléphone sonne toujours, ce n'est peut-être pas lui etc.. et une chute terrible
et
juste une image
«il» regarde une image, tombée d'un album (et la description tente d'être assez précise pour que l'imaginions, assez imprécise pour que y réussissions), il essaie de se souvenir
Il se dit qu'il aurait cru être ému, en revoyant si longtemps après une image d'elle, sauvée du désastre, mais il ne ressent rien, tout juste un léger agacement devant ce vide, une vague curiosité..

la neige – beau et souriant
écoute
une photo d'une voiture sous la neige, et la fée s'ébranle, au plaisir des mots et précipitez vous (et vous trouverez plus que du chatoiement, mais lui aussi)
il a des lettres phosphorescentes qui s’allument – et parfois les photos clignotent – on cligne des yeux et ça s’anime – mais il faut être concentré – ou au contraire décontracté – laisser-aller et attentif – c’est compliqué
et
tableau d'outre neige
comme des draps jetés partout, où on aimerait se coucher mais on manque de bouillotte, où marcher à petits pas... j'arrête mes mots sont une trahison – juste dire : c'est un souvenir d'avant les temps du grand réchauffement
J’ai conservé une photo de cette période : avec le réchauffement climatique, elle n’existe plus du tout et je rends grâce à Niepce, Kodak, Yashica, Minolta, Nikon, Canon… d’avoir permis à tant de spectateurs impliqués voire indifférents de conserver tel ou tel souvenir de ces jours drapés
et cela continue, parce qu'en regardant bien la photo...

contraintes
acrostiche météorologique
un petit régal en vers justifiés, que vous laisse déguster, qui commence par
sol bêtes cachées sous le
tapis fourmis abeilles de
rien écrasées il se tisse...
et
belle absence
un texte dédiée à la maîtresse des lieux, en belle absente (nom d'une contrainte que vous laisse le soin de découvrir, c'est trop lon) – en hommage
Plaise à fonsbandusiae que j’envoie cet hommage
Chambre qui se fait jeu d’un Virgile en partage...

détroit de Messine – (ne manquez pas cela)
sullo scill’e cariddi.
Avec ses remarquables captures sur google street, une très très belle (mon opinion, que je pense partageable) belle évocation de la mythologie, avec invocation à Circé et sa réponse, en traversant le détroit de Messine
Malheureux, tu songes donc encore aux fatigues et aux périls de la guerre ! Quoi ! tu ne veux point le céder aux dieux mêmes ! Sache donc alors que Scylla ne peut être privée de la vie : elle est immortelle. Scylla est un monstre terrible, sauvage, cruel, qu’on ne peut combattre ; il est impossible de se défendre contre elle, et le plus sûr est de fuir.
d'après le chant XII de l'Odyssée

et
Amb'i lat'
avec cette note Ce texte est écrit en marge de la première partie d’Horcynus Orca, l’incroyable roman de Stefano d’Arrigo, dont la corrections des épreuves à pris quinze années. C’est grâce au travail d’Olivier Hodasava qu’il fut initié, mais aussi par l’entremise de Benoît Virot, qui aiguillonne plus vite que son ombre.
J'aime beaucoup – j'espère que vous aussi
en blocs Charybde ou Scylla – un texte entre précision et rêve, entre les société actuelles et les individus, avec l'antiquité qui rode toujours - parce que c'est la mer, parce que ce sont les mêmes gens, ou presque -, avec les duretés de notre Méditerranée vraie, pas des plages de Cannes, avec ses parfums, sa beauté, avec pour tenir tout ses femmes (ben oui), avec ses voyageurs vagabonds
Ses larges poches portent tout ce qui traîne aussi, chiffes, bâtons, plastiques, objets ou parts d'objets brisés rouillés fissurés cassés. Il collecte la mémoire de ce qui n'a pas pris forme, ou a perdu vie. Il a un petit oiseau, séché par le soleil. Il a un os de seiche. Il a une boucle d'or. Il a un couteau dont la lame est émoussée. Il archive à son tour, remédie à l'occupation mort-née, il classe les papiers par taille et/ou par couleur - il en arrive tellement par le vent.



L'échange venu en fin de journée, et découvert en grand plaisir entre

une belle découverte, un poème
avancer, blessés, hors raison, vivant, en poésie (très sommaire ça, et peut-être bien faux, que soient pardonnés les manques de la petite vieille émergeant de la contemplation du débat à l'assemblée – lisez plutôt)
errant à notre suite de quoi ;
nous confondions nos allers et nos retours
déhanchés par les ombres les empreintes et
les contresens
et
poème adressé à une renarde à sa fenêtre, dans la nuit, un dimanche soir (même réflexion que ci-dessus, sais seulement que je l'ai goutté)
mais ta voix de plus en plus faible
je ne t'entends pas, je dis, je ne sais pas te mentir
un dimanche c'est le soir
les quatre tours du quartier sont tombées avec le tout
ça veut dire les deux mortes et
(ce qui reste sans nom)


et le dernier, à propos de l'écriture
avec le beau poème d'Éric Dubois, simple, dense, ci-dessous
On a tous un masque insaisissable
que l'écriture tente de cicatriser



Tous ces mots enfermés que la langue libère
oeil mobile rai de lumière oblique
éveillée
dans la nuit
mots qui caressent
les pensées
les rêves
phrases en rubans.

10 commentaires:

joye a dit…

tu m'é-p-o-u-s-t-o-u-f-l-e-s

Pierre R. Chantelois a dit…

Une fois de plus l'artiste reporter s'est remise à la tâche pour rendre compte, inlassablement, patiemment, avec intelligence et raffinement. Merci. Et si tous les artistes cités venaient laisser un mot, un simple mot.

Sab a dit…

Merci infiniment pour cette lecture attentive, curieuse, passionnée, pour ce partage, généreuse Brigitte que j'embrasse.
Sabine

Dominique Hasselmann a dit…

@ brigetoun : travail de Romaine, une fois encore, pour rassembler tous ces échanges, leur donner figures et inciter à lire =>>>>>>>> bravo et merci renouvelés !

Elise a dit…

merci pour ce beau travail, "éditorialiser" c'est bien cela, n'est-ce-pas ?

arlettart a dit…

Beau travail , à lire en plusieurs fois et grappiller par ci par là de superbes idées et phrases exprimées
Merci Brigitte

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Ce doit être le gros tuyau jaune télescopique qui fait communiquer les vases. Vases dont l'opulence inépuisable m'est un tantinet décourageante... (un gros tantinet.)
:D

JEA a dit…

secrétaire perpétuelle de l'académie des remue-méninges

jeandler a dit…

et le nombre augmentait à toute heure...
il va falloir embaucher, ma chère.
E.X.T.R.A.O.R.D.I.N.A.I.R.E. !

Gérard Méry a dit…

Suis impressionné par le contenu des vases