dimanche, mai 26, 2013

Petites informations sans importance d'une tousseuse ensuquée


Suis devant Paumée, me réveillant d'une sieste lourde, après la caresse du soleil qui traversait l'air encore frais, venait se briser sur cette sacrée toux profonde qui me semble venue du coeur, petite douleur, légère angoisse qui me fait éteindre immédiatement le cigare allumé mécaniquement, suis donc devant Paumée, quelques photos et un non désir... (photo à six heures du soir, en l'absence du soleil, qui avait poursuivi sa route)

Alors juste pour marquer jours, bribes sans importance, sans signification, juste l'ordinaire d'une vie tranquillement végétative
comme le camion que l'on déchargeait vendredi matin (pourquoi diable l'ai-je photographié?)

comme les enfants qui s'essayaient au handicap, aux handicaps, sur la place

la ville donne, et j'aime ça, beaucoup d'importance au sport pour handicapés

une jolie ambiance, une façon simple de familiariser les enfants, de gommer les différences, et cette constatation comme chaque fois : les aveugles étaient évoqués, mais pas les sourds, et bien entendu était totalement absent le handicap mental, celui qui fait peur.
Grommellement navré devant ce mot «handicapé» qui couvre tout et n'importe quoi, qui permet de préconiser vertueusement la scolarisation de tous (serait presque drôle) et de se croire quitte avec des plans inclinés (bien entendu indispensables – ce n'est pas ce que veux dire)

Pour suivre les petites notations, (qui me semblent, d'un éternuement à l'autre, vouloir se décider à se faire torrent de mots) ai retiré du sac où ils aidaient les piètres tomates de Carrefour à prendre un peu de souplesse, les livres achetés sans trop réfléchir budget, parce que peine un peu sur les contributions à propos de Benjamin, parce que j'ai lu, à moitié, le numéro deux des Cahiers Claude Simon (il faudrait que je parle de ma découverte très très tardive de cette revue) choisi pour le plaisir des contributeurs à ce qui pourrait être un tombeau pour Simon, parce que j'avais envie, l'ayant entendu l'évoquer, de la phrase urbaine de Jean-Christophe Bailly
page 70 :... Que l'on arrive par la porte d'Orléans, par la porte d'Auteuil ou par la porte Dorée, ce qui se déclare aussitôt, c'est un style, et qui tranche parfois abruptement avec la banlieue que l'on vient de quitter. La sensation de franchir une passe et l'effet de muraille invisible de la double ceinture sont tels que c'est comme si quelque chose du statut de la ville médiévale s'était malgré tout maintenu, quelle qu'ait été par ailleurs la force de la poussée centrifuge.
parce qu'en le cherchant (il était à villes) suis tombée sur leçons de solfège et de piano de Pascal Quignard
page 7 (sa beauté s'énonce brièvement) … Les oeuvres de Des Forêts et de Gracq ne sont pas si éloignées qu'il semble. C'est le même monde. C'est la même beauté de la langue, la même perfection du style, le même univers romantique, la même passion de l'opéra.
sur Sylvain Tesson et Dans les forêts de Sibérie
page 71 (pas de 70 et le 71 en est, je le sens en carcasse, très proche) Anniversaire de mon père. J'imagine leur dîner, là-bas, près de Guise. Comme chaque année, la famille s'est retrouvée dans ces écuries du XVIIIe siècle transformées en restaurant. Les cousins belges, la bière, le vin, la viande et la lumière tombée des voûtes en briques...
et puis (vérifier si je retrouve un peu de ce très fort goût que j'ai eu pour lui en des temps anciens, mais ses livres faisaient partie du magma entassé dans la cave dont me suis débarrassée en quittant Paris) Rétif de La Bretonne et La Dernière Aventure d'un homme de quarante-cinq ans (ne connaissais que les passages correspondants dans Monsieur Nicolas lu en très faible partie)
page 71 (même raison, sur la page 70 est une gravure : rencontre entre une belle et un protecteur éventuel) Hélas ! quand on a passé l'âge d'être aimable, l'amour n'est plus un plaisir, c'est un tourment. Temps heureux de ma jeunesse où mon âme ouverte à l'espoir trouvait un charme jusque dans ses peines !

Broutille, encore, de ces jours, la saleté de l'argenterie devenue assez insupportable pour que passe une bonne demie-heure, ou plus, acharnée, à la «ravoir» n'abandonnant, exaspérée qu'après les ciselures du plateau de cuivre imparfaitement débarrassées de leur oxyde noir, comme depuis toujours... depuis que m'y attache.. et puis, pendant deux fois plus de temps, nettoyage maniaque, régulier, répété, des mains pour que ne subsiste plus trace noirâtre, plus aucun souvenir de cette affreuse odeur... (j'aime bien regarder cette photo pour mesurer le travail fait)
Petites lectures, sieste – l'ai dit – nada... un nada démesuré ma foi, pardon..
mais rien pour les deux textes auxquels je songe.
Et la pluie, fine et douce, est arrivée quand suis sortie pour arroser.. lui ai souri.

6 commentaires:

Pierre R Chantelois a dit…

Beau petit train-train d'une tousseuse ensuquée. J'ai grand plaisir à parcourir cette chronique de l'ordinaire traitée extraordinairement, depuis mon petit café Internet sis au nord de Montréal.

Dominique Hasselmann a dit…

Ah oui, "ravoir" de l'argenterie : vous avez "réu" ce verbe...

Jean-Christophe Bailly : j'ai vécu un temps près de la porte Dorée (avenue du général Michel-Bizot), à l'époque du musée des Arts océaniens. Il y avait bien cette barrière invisible.

Quant au camion de livraison de boissons, comment ne pas admirer toujours l'ingéniosité de l'ouverture latérale ?

Francis Royo a dit…

"Ravoir". Ravi de retrouver ce mot "de grand-mère" (pardon) souvent entendu dans mon enfance. Le Littré m'autorise à l'utiliser pronominalement pour penser que je commence très lentement à me ravoir. J'en suis bien aise et envoie mon sourire à votre adresse.

jeandler a dit…

Ravoir. À conjuguer à tous les temps. Un verbe de ma grand-mère, de parfait français. Ravi de l'avoir réu ce matin en lisant cette note.

arlettart a dit…

Tant de chose à "ravoir" sourire sur ce mot-souvenir
Et pour une "ensuquée" quel courage d'astiquer ainsi ( bonne idée , la photo )
Passée au large de ton Pont !! dans un froid de loup à rendre jaloux Tesson dans ses forêts

Gérard Méry a dit…

Pourquoi tu tousses ? comme disait Fernand Raynaud