mercredi, juin 26, 2013

Jour de soleil et de vent


Ce mardi matin, sortie de la pénombre de l'antre, ai pris dans les yeux la lumière qui baignait la ville, qui nourrissait, teintait, les ombres qu'elle faisait naître

qui traçait des chemins lumineux là où elle se frayait passage entre les îlots de maisons

Ce mardi matin, de jeunes et vives rafales de vent se saisissaient brusquement des rives des bannes, des plis mal fixés des parasols, retroussaient les chemises, faisaient battre les pantalons contre les jambes, voleter les cheveux, et, entre zones de douce tiédeur et petits frissons frais, Brigetoun ponctuait sa marche d'éternuements

Ce mardi matin, ai rencontré encore petits embouteillages, attendu que les camions négocient virage entre la rue Rouge et le Vieux Sextier, me suis faufilée.. pour avancer plus librement, avec eux, vers la place

Ce mardi matin, sur mon chemin, étaient des jardiniers dans le ciel, disciplinant le mur

étaient des courbes

étaient des lignes, des droites, tracées arbitrairement, 

bornant, avec une rigueur cachée, les terrasses...


Mardi, dans la cour, ai ramassé petites brindilles, feuilles déchiquetées des platanes, une grande plume et du duvet, me suis installée un moment, un peu saoule de soleil et de vent, avec le château des destins croisés de Calvino, trouvé par hasard il y a un peu plus d'une semaine chez un soldeur, ranimant un mélange de nostalgie et de perplexité au souvenir d'une très ancienne lecture, déclenchant petite recherche des livres perdus (me manque les leçons américaines ou quel que soit le titre exact.
L'avais ouvert dans la nuit, en attente de plaisir renoué, avec une légère déception au premier abord – impression de schématisme, de contrainte trop apparente.
Et puis je retrouve le goût pour ces jeux, pour le ton, ou plutôt les puisque la taverne et les tarots de Marseille correspondent à un autre univers, en contrepoint
comme dans ce qu'incarne le Cavalier de coupe
Se présentant à nous sous (ses traits)... un jeune seigneur rose et blond qui déployait un manteau rayonnant de soleils brodés et, comme les Rois Mages, offrait dans sa main tendue un cadeau -, notre compagnon voulait probablement nous informer de sa riche condition, de son penchant au luxe et à la prodigalité, mais aussi – se montrant à cheval – de son esprit d'aventure ; encore qu'il fût – jugeai-je quand à moi, à observer toutes ces broderies jusque sur le caparaçon du destrier – poussé par le désir de paraître plutôt que par une vocation véritable (quand, dessiné par Bonifacio Bembo pour les ducs de Milan, il est le premier intervenant du château des destins croisés)

ou
quand pour ouvrir les récits de la taverne des destins croisés, dans la version la plus commune des tarots de Marseille, il ressemble à celui qu'il incarne un temps et que ce n'est pas seulement dans le visage, anxieux, les yeux exorbités, et les cheveux longs qui tombent sur les épaules, tout blanchis, qu'on note la ressemblance mais aussi dans ces mains qu'il remue sur la table comme s'il ne savait où les mettre, et qui là dans l'image tiennent, la droite une coupe trop grosse en équilibre sur la paume, la gauche à peine du bout des doigts les rênes. Une allure incertaine qui se communique même au cheval : il semble qu'il ait du mal à bien poser ses sabots sur une terre toute remuée...
et, délaissant un temps la lecture des grilles dressées par Calvino et des récits qu'il en tire, me suis amusée à suivre les sens que prenaient d'une colonne ou d'un récit à l'autre, certaines des arcanes... et le repassage a attendu.

6 commentaires:

jeandler a dit…

À vos souhaits. Pour votre serviteur, c'est le soleil qui le fait éternuer. Mais soleil et éternuements bien rares en ce début d'été.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Belle richesse photographique...

brigitte celerier a dit…

jours qui se suivent et diffèrent ... perplexité parfois (surtout devant succès d'hier !)

arlettart a dit…

Un chemin de lumière... à suivre

Gérard Méry a dit…

Je m'arrête à ta deuxième photo, graphique, insolite et surtout créative.

brigitte celerier a dit…

grand merci à vous maître (et quel !)