dimanche, juin 23, 2013

Samedi dans la douceur, souvenirs de la fête des gens, de l'été.. et de la musique aussi


Suis partie, dans un Avignon qui chantait la douceur de l'été sur nos peaux et la caresse légère d'une brise, en quête des villes invisibles d'Italo Calvino, enfin rééditées en poche..

Oublié mon petit blocage lecture en ces jours (relatif), oublié un peu la soudure à assurer, oublié toutes les lectures entamées ou en attente... ai flâné entre livres et rue, et suis rentrée

avec petite moisson (il semble que le festival commence à me travailler...)
jouir de la cour, même quand, dans l'après-midi, de grosses masses blanches, boursouflées comme sur des tableaux d'autel, percées de fusées de lumière, sont venues, passées, re-venues, feuilleter un peu, dormir lourdement, trier la masse de photos ramenées de mes cinq heures (un peu plus) de dérive dans la ville vendredi soir, en jeter presque la moitié, en garder trop, me demander comment les poser sur Paumée (et si toutes), céder à la facilité.. en souvenir de la gaieté des enfants et des grands, des crispations de carcasse, des chevilles tordues et de l'entêtement joyeux à tenir, sans raison..
mais garder des images de la ville-décor-de-nos-pérégrinations, des murs et cieux pour un autre jour....

le programme trouvé sur le site de la ville, qui n'y est plus, que j'aurais dû télécharger, annonçait à Saint Pierre quelque chose (pas un concert, tout de même... je ne pense pas) en rapport avec le grégorien... y suis allée, un peu après dix-sept heures parce que j'aime le grégorien (maintenant, pas quand fallait s'y essayer pour la schola de l'école) et que j'aime cette église malgré l'envahissement des couleurs papales.. entendu quelques mots, entendu le petit groupe debout à coté du choeur commencer à chanter... suis partie (nous chantions mal et assez faux pour que notre père parle de biniou, mais cela s'apparentait à ce qu'on appelle grégorien, alors que là ?)

suis repartie, rencontrant des attentes de musique,
suis montée, dans le soleil qui écrasait la place, vers Notre Dame des Doms, très en avance, assez pour flâner, regarder la ville, ce que la pénombre laissait apercevoir dans la nef, me suis assise près de la lanterne, 

et (photos exécrables et belle musique) ce fut la messa della Madona de Frescobaldi, trois organistes se relayant pour faire chanter le bel orgue doré, la sensualité de cette musique et, pour le kyrie, pour un recercar, les voix de trois soeurs, le grégorien en pureté, le rythme ternaire jouant, équilibre fragile qui ne rompait pas, sur la musique de l'instrument.
Entendu le début de la seconde partie qui était de compositeurs espagnols de même époque, mais j'ai été chassée par carcasse qui demandait retour à l'antre, ou du moins marche...

et, comme trop de photos (très, très inégales, tant pis... autant de détruites), comme pas envie de chercher mots en ce samedi dans le soir qui descend, comme je pense guère envie vous non plus, j'en reste à des images et petites légendes
m'appuie sur cela chez André Rougier,
"Entre las muchas maneras de combatir la nada, una de las mejores es sacar fotografías"
(Julio Cortazar: Las babas del diablo)
nous disions donc : en descendant, un moment pour écouter, plaisir, mais trop chaud, un DJ devant le petit palais (photo prise avant, lors de la montée), des musiciens pas mauvais et amateurs de beauté en rive de la place du Palais, la niche de la Peyrolerie occupée, l'attente du rock au Verger

s'asseoir sur muret à côté d'Utopia, éviter de regarder les mâchicoulis tout neufs, savourer ambiance, passer un très bon moment avec un chanteur italo-avignonnais

constater : les musiques du monde prévues chez les belges, au théâtre des Doms, «sont bien au programme mais on ne sait à quelle heure», ne pas avoir envie de piapiater, boire, manger des légumes (et ça, d'ailleurs, ne pas pouvoir, même bios)


un groupe (moyen, très - sympathique, passablement, et le public non moins) au Verger

la belle rondeur, la forte houle, la dureté de la calade.. les petites terrasses tôt occupées, l'été

trouver si sympathique l'entrain, la franchise, l'absence de crainte du ridicule du choeur sur la place de l'horloge, que je n'écoutais pas leur musique (entraînante et plutôt agréable je crois)
hésiter devant l'opéra qui programmait, entre autres, une messe de Schubert, le contourner... musiciens qui attendaient dernier moment pour entrer

s'installer dans Saint Agricol pour un petit concert de l'Orchestre de chambre d'Avignon, aimer un concerto pour deux violons de Bach, un peu moins le reste, mais cela restait de bonne qualité (les photos elles, non)

traverser les charismatiques (je crois) sur les marches, et aller au palais du Roure, en pays occitan

pour un concert de musique provençale, en fait musique de partout et d'un peu toutes époques, mais en traduisant les chants et en pliant les musiques au jeu des galoubets, du violon campagnard et du tambourin, ou le contraire – belle qualité, entrain communicatif, une seule phrase dérapant un chouya (me méfie toujours un peu), une ambiance entre soi de la bourgeoisie locale pas désagréable du tout...

retour par la rue Saint Agricol, pas de musique, petite foule dans le plaisir de marcher dans la nuit de fête et de manger des glaces

mais il était encore trop tôt, et ma place était toujours envahie - musique, public, clignotement de lumières - par Nostalgie, peut être la seule chose que supporte vraiment mal... mis casque, écouté la fin du très bon Cosi Fan Tute sur Arte (regardé samedi sir en entier : très beau musicalement, esthétique, légèrement déçue par mise en scène, une bonne idée, mais qui tangue un peu)
À minuit ne restait plus que l'écho lointain du bon (il me semble) rock de la grande scène au bord du Rhône, ai dîné...
Ma considération la plus admirative à qui aura suivi.

13 commentaires:

Pierre R Chantelois a dit…

entre les trois organistes se relayant pour faire chanter le bel orgue doré et l'opéra qui programmait, entre autres, une messe de Schubert, Avignon sait célébrer la fête de la musique. Si l'Orchestre de chambre d'Avignon s'en mêle... ;-) Tout cela en un seul jour. Admiration.

Dominique Hasselmann a dit…

J'ai suivi : de la fête au Festival, il n'y a qu'un pas...

brigitte celerier a dit…

mais un autre public - là il était avignonnais, l'est relativement peu pour le festival même si progrès (mais pauvreté n'aide pas)

jeandler a dit…

Une promenade par les rues en fête, entre soi, et gourmande. Les oreilles chantent encore. Superbe et quelques notes de Cosi par dessus le marché.

Fidèle lectrice a dit…

ON SUIT TRES BIEN!

Surtout surtout n'arrêtez pas...

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Merci pour ce parcours de la journée de la musique que je n'ai pas parcourue.
Enfin, un peu quand même le soir pour constater que des podiums aux basses assourdissantes polluaient les autres musiques et nos tympans...
Le chanteur italo-avignonnais s'appelle Vincenzo Lo Iacono (il est sur Twitter).
La bise.

brigitte celerier a dit…

voudrais souvent arrêter mais en suis incapable, même si j'en pense du mal

brigitte celerier a dit…

Michel l'ai rencontré parfois dans rues ou petites réunions, ne le savais pas chanteur, sympathique, très, il m'a semblé
N'empêche que j'aimerais bien ne pas hériter de Nostalgie chaque année (ce qui me pousse hors de l'antre et de sa proximité immédiate)

Anonyme a dit…


Fidèle lectrice ....aussi ...

On vous suit et on arrive le 7

....Avec fièvre et bonheur.

brigitte celerier a dit…

Il va falloir que la ville et moi nous nous réveillions, nous nous employons lentement... Faudrait que je m'épure, me concentre et muscle...

arlettart a dit…

Quel périple !!! Bravo et le vrac de tes photos un régal
la joie des gens me semble rafraichissante

Chri a dit…

Merci de m'avoir permis d'y être avec les yeux (ce qui est bien) et sans les oreilles (Ce qui ne me semble pas si grave...)

Philippe Girault-Daussan a dit…

De belle façon cette errance est dite. J'y sent les douceurs des sons et la légèreté du souffle tiède. J'étais à Lyon avec ma fille, me voici comme un témoin d'ici en ayant été ailleurs. Bonne journée.