vendredi, août 16, 2013

jeudi avec retour du j


météo

calme sur la ville, cloches dans le ciel bleu, vie vacillante sur le web, légers bruits dans l'immeuble, vent inaudible remuant gentiment les branches de temps en temps, colère et hypocrisie du monde déversée par la radio, noeuds crispés en petites douleurs dans carcasse

profiter du soleil qui dédaigne chaque jour un peu plus la cour.


alphabet
repris par entêtement dans le désert du net, puisque le j convient à ce jour.


Jardin
Rêver des jardins anglais et croire en avoir vu, rêver un peu davantage aux jardins des villas de Vénétie, aimer l'ennui des jardins à la française, et avoir envie d'un petit jardin, bien clos, avec quelques plate-bandes survivant à un ancien jardinier et qui se troubleraient, s'ensauvageraient un peu malgré mes soins sporadiques et maladroits, un peu de gravier pour l'agacement, une chaise et une table de fer pour lire, suivre du doigt les petites perforations, un micocoulier, un grand tilleul qui déborderait, un mur au soleil pour que s'y accroche une vigne... planter devant des roses trémières, sottes et attachantes, à côté de quelques plans de thym. Ajouter tuyau et arrosoir, une pelle dans un coin qui vieillirait lentement, inutilisée, un fusain pour la délicatesse de l'odeur presque absente et un de mes bas reliefs en plomb en souvenir de ma jeunesse.

java
au début de la longue et lente montée de la rue de la Roquette, de la Bastille vers mon antre parisien – sur la petite place, juste avant l'étrécissement entre les dernières maisons sous le cimetière - le carrefour toujours un peu encombré, le soir, de la rue de Lappe, où l'on ne danse plus depuis longtemps la java, je crois – ne suis allée qu'un soir dans cette rue, et ce n'était pas pour danser, mais pour élucubrer, mais les boites sont là qui se succèdent...
cette nuit, si longtemps il y a, dans le jardin de ce qui n'était pas encore la fondation Cartier mais le Centre Américain (il y avait des ateliers et une piscine en sous-sol), j'avais appris en quelques minutes à la danser la java et n'avais plus cessé pendant des heures - je me souviens que nous étions trois, dans un coin sous les arbres, je ne me souviens plus d'eux, il me semble que l'un était français et l'autre, peut-être, vietnamien – oui, peut-être et c'était un vrai ami, nous partagions nos timidités et une boite de compas.  

je
un peu trop présent, passons, se retrouvera par trop.

jérémiade
suis très douée pour, un peu moins qu'en ma pénible adolescence.


jeu
me méfie des jeux de hasards, ne m'y risque pas, j'aime trop l'excitation de la perte.. j'aime jouer avec des petits paris idiots et silencieux, les bordures de trottoir, à deviner le sexe de celui ou celle qui montera le premier ou la première à la prochaine station, le bonjour ou non d'une personne secrètement (ou je le voudrais) chère, moyen de désamorcer la peine s'il n'est pas - j'aime surprendre les jeux de lumière ou de formes, la lumière de la lune en longue bande dansante sur la mer, le clocher dans l'angle du cloître - je n'ai jamais aimé les jouets, d'ailleurs je suis d'une génération qui en avait peu - je suppose que j'aurais aimé avoir une peluche, puisque j'aime en offrir - j'ai aimé les jeux du petit groupe familial pendant la période où je les dirigeais, et puis j'ai laissé le commandement à A - j'aime jouer à ne pas être moi... jouer avec l'idée de jouer ma vie..

jeune
cette merveille – voudrais croire que ceux qui nous ont suivis, que les actuels, en sont plus conscients que ne l'étions... ils ont en tout cas plus de liberté et s'affirment plus, il me semble (regard de vieille ? ravi, enchanté en ce cas)... sont moins réduits à n'être qu'une tension vers l'avenir, tension entravée par des découvertes, des éclairs de joie, des brouillards.
Ce corps plein de possibles.. mais bien sûr c'est un peu épuisant d'avoir toute sa vie devant soi..

joie
on l'a dit parfois immense, souvent par politesse – certains sont capables d'être joyeux, essentiellement joyeux (sans avoir besoin d'avoir l'air aussi niais que le nain ainsi nommé) ou d'en donner – je crains de ne pas être des leurs.
Pourtant, comme tous, j'en ai besoin, mais au pluriel ce qui nécessite qu'elles soient petites.. ou ainsi dénommées, causées par des riens, des choses de peu, des éclairs mais capables aussi bien d'un fulgurant ensoleillement que d'une caresse aimable – instants légers et tendres, clartés, petits sourires, récompenses et aides, cueillies dès que possible, au détour du chemin, en arrêt, au vent.
Et puis j'aime bien ce salut qui ne se dit plus : que le jour vous tienne en joie. 


joue
les belles joues des déesses grecques... on ne le dit guère des femmes, encore moins des hommes, pourtant c'est joli un visage aux belles courbes lisses et tendues. Il reste possible de s'attendrir sur celles des enfants (c'est peut-être ce qui dissuade d'en parler pour les adultes) et leur seule idée me donne même sourire que de prononcer ou penser petons, menottes (rajouter petites pour éviter confusion navrante).
Et puis il y a les fossettes, délicieuses, forcément délicieuses, quel que soit l'âge.. ou presque – discrètement désolant le moment où un joli visage les perd.
Pauvres joues pour lesquelles je cherche laborieusement des mots pesants - mieux vaut les embrasser, quelles qu'elles soient... et penser au délice d'un rayon de soleil sur les miennes, pauvres d'elles qui n'ont plus formes acceptables, ou au froid qui les raffermit douloureusement.

jour – Il vient avec la lumière que filtrent les volets.
Il vient et, pauvre, il est l'objet de tous les poncifs
On dit qu'il s'éveille, on dit qu'il finit, entre temps on le vit.
Il est de saveur légère, de couleur gaie, ou sombre et orageux, aimable, détestable ou fait d'ombre et de lumière, d'indifférence, de joies, agacements, ennuis.
Il est attendu avec impatience parfois, mais je balance toujours, pied suspendu, et esprit rétif, avant d'y entrer.
Il n'en finit pas de se traîner ou passe comme un vol de martinet ; il est une portion mesurée de temps : il dure, en principe, de 0 à 24 heures, mais ce n'est pas vrai, ne le vivons pas ainsi - les miens commencent, après des sursauts, de brèves incursions de conscience dans la nuit qui, en retour, doucement les gomme et les annule, entre sept et neuf heures, et s'étalent, insensiblement ou rugueusement, interminablement, jusqu'à l'entrée bienheureuse dans le soir, leur meilleure partie que je savoure, j'étire, je refuse de laisser partir, jusqu'à deux et trois heures.
Ils se succèdent avec leurs noms et reviennent, réguliers... ah ! on les brode aussi, mais je ne sais pas le faire et ce ne sont pas les mêmes. (ceux-là je les aime sur les beaux draps où couler la nuit).

jubiler – le penser, l'écrire parce qu'il ne peut se dire sans un sourire. Le goûter. Le vouloir sans méchanceté cachée (ou se la tolérer si bénigne).
Un juron contre la longueur de mes sottises. Fin.

5 commentaires:

Gérard Méry a dit…

Jongleuse de mots tu es

jeandler a dit…

J comme Jeudi comme il se doit.
J'adore ce dictionnaire presque jubilatoire.

brigitte celerier a dit…

mais malgré votre si gentille fidélité suis un peu découragée là et en grande envie d'arrêter ou suspendre au moins

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Jij ! Je J ejj jéjujjijé !

Ej jue jej jjojoj joj jejjej...

:D)

Danielle a dit…

Roses trémières sottes et attachantes : je les vois comme ça moi aussi