dimanche, août 04, 2013

Lectures trop effleurées


premier éveil après sept heures, me dire que devrais être neuve comme un bébé, faire un pas dans cour, voir le ciel jeune mais avec ce léger voile qui parle de lourdeur – penser que suis un peu même,

décider de s'offrir la facilité d'un repassage par autrui, mettre dans sac trois chemises, trois robes, y ajouter un pantalon sale, et partir d'un pas quasi conquérant dans la ville, le temps d'un fragment de rue... avant que le coton, le vague, le flou d'une lassitude extrême m'enveloppe toute, 

la sorcière partant à l'abordage qu'étais encore il y a quelques jours s'est évanouie.
continuer d'avancer, tout doux, tout doux, sourire, penser que devrais m'occuper de Babelio, secouer épaules en refus, penser que devrais faire liste de lectures de juillet, savoir que ce serait très bref, mon appétit de lecture étant en ce mois devenu très virtuel, une tendance à accumuler, à effleurer quelques lignes, à se laisser appeler par autre chose, un rayon de soleil, un bobo, une tache, une autre lecture, un spectacle, le sommeil, le divin et toujours décevant sommeil

Ce serait, en très lente avancée pour les soupers d'après spectacles et billets, aux petites heures du jour futur, la dernière aventure d'un homme de quarante-cinq ans, de Rétif de La Bretonne – me demande si l'envie qui m'a prise de renouer avec ses torrents de mots, de sentiments tendres, d'ambiguïtés, ne tient pas à son efficacité comme bonnet de nuit, souriant, un peu agaçant, efficace pour m'accompagner vers l'assoupissement.

Ce serait, par petites fractions dans les files d'attente, en reprenant un peu au hasard, les marque-pages s'évadant, les quelques pages du socle des vestiges de Niangouna
Poufiasse de mortadelle échappée de la poubelle. On ne se cherche pas par l'autre. L'autre on le vit, on le supporte, à l'endroit où il nous échappe, lui et tout ce qui lui passe dedans.
ou les derniers poèmes d'Hölderlin, pour leur beauté, pour la translation dans sa campagne hivernale quand j'attendais dans le cagna, au milieu des pas
C'est le repos de la nature, le silence des champs
Est comme l'être spirituel de l'homme, et plus nettes se montrent
Les nuances....
Ce serait, trop proche, Avignon à vie de Pascal Rambert
Ce serait des incursions dans polar un peu idiots, et trop connus.
Ce serait le voyage bourguignon et la possibilité de lire normalement Limite de François Bon, seule vraie lecture peut-être, avec, rodant dans mon souvenir, les billets parus sur le tiers livre, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503625/limite
Je ne connaissais pas, à l’époque, la phrase de Roland Barthes : « On écrit toujours avec de soi.» Le roman tient sans doute sa magie de cette extrapolation : on rend transmissible une expérience, ou du moins on construit que la lecture témoigne d’une expérience, quand cette expérience n’est pas la vôtre directement. Je n’ai pas joué de guitare électrique solo dans un groupe rock des années 70, et encore moins aurais su participer à un match de football.




Ce fut parvenir à regagner l'antre avec draps propres, pot de confiture raffinée trouvé en chemin et robes et autres affûtiaux nettoyés, se glisser entre les motos qui prennent ma porte pour un garage, juger que sont pas tant, que point n'ai besoin de rouspétance (une fois par semaine environ, pour que soit dégagée pendant quelques jours)
Ce serait caresser des yeux les deux piles en attente, savourer l'idée d'y plonger, ne pas aller au delà.
Voulais me rattraper, mais ne sors pas de mon état un rien végétatif, et pourtant ne connais rien de mieux que lectures belles pour renouer avec monde, réellement, autrement qu'en flottant à la limite de l'abandon sur sa surface. Et ce m'est spécialement difficile ces jours sur l'ordinateur, yeux tirant encore plus et en grand désir de se fermer.
Mais tout de même, chez Benoît Vincent – oublis et essarts dans le http://www.amboilati.org/chantier/journal-de-carlos-futuna-02/ en lente et gourmande lecture, peut-être justement plus proche d'une vraie attention
Ces délaissées. Comme hier à la mer je me faisais réflexion du contenu des laisses de mer, entre morceaux de plastique, ailes de libellules noyées, cris de marins, petites boules de pétrole, pelotes de posidonies, un peu comme si la mer, grand organisme omnivore, déglutissait l’indigestible au rivage (à notre face, en somme).
Eh bien la terre aussi a ses laisses, ses oublis masqués par la forêt, dans les essarts. Ce pays est plein de recoins, d’impasses, de lieux inexplorés, oubliés par l’étrange passementerie des routes, des autoroutes, par l’orientation des vallées et l’imbrication des maisons dans les villes ; des erreurs spatiales : des lieux qui ne mènent nulle part et qui ne sont, eux-mêmes, rien. Il y a en a partout, en ville ou à la campagne, dans l’espace public ou dans l’espace privé, au nord comme au sud. Un grand gaspillage d’espace, précisément parce que, le replat étant rare, on cherche à optimiser le moindre carreau de terrain...
et notre acceptation de ce monde parsemé de nos déchets
et puis entrer lentement dans l'abécédaire en cours de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3621 et cet entame que sens, que dois accepter, qui ne saurais être aussi productif
ABANDON
Je ne sais pas si le plus important de ce qu’on apprend avec l’âge, au rebours du métier ou pour se défendre de lui, ce n’est pas la capacité d’abandon. Les conséquences ne vous intéressent plus, elles ne sauraient que partiellement vous rejoindre. On laisse venir, on lance et c’est tout soi qui tombe – ça hante parfois, dans les rêves. Mais c’est pour cette capacité même qu’on atteint ce qu’on aurait su décider. Souvent, c’est plus étroit, plus limité que ce qu’on aurait espéré. Mais abandon encore en cela, qu’on l’accepte tel, qu’on y campe. C’est de sa curiosité dans l’abandon qu’on s’arrête un instant, qu’on place l’une après l’autre les pièces, que pour les regarder plus à nu on en fait un abécédaire.
En cueillir un peu tous les jours, et ne jamais le rejoindre.. (suis allée plus loin tout de même !)
avoir cela en tête, et dans un autre genre les foisonnants billets de Giovanni Merloni avec son alphabet renversé de l'été 2013 qui en est resté provisoirement à la lettre Q ou quintessence http://leportraitinconscient.com/2013/07/30/q-ou-quintessence-mais-de-quoi-alphabet-renverse-de-lete-2013/
Quand on arrive à la lettre Q, on s’aperçoit tout de suite de son inquiétante présence quantitative et qualitative dans nos querelles et quiproquos quotidiens : «en quête de quoi les gens du quartier ondoient-ils tous les jours entre le quai du canal et le quai de la gare ?»

En Angleterre, en Italie aussi, une question semblable serait considérée comme un véritable quiz, auquel presque personne ne saurait répondre. En France, il y a bien sûr le Quatrain quotidien d’Élisabeth Chamontin — et bien sûr la voix immortelle de Raymond Queneau — pouvant lui donner des réponses quand même adéquates, sinon quasiment parfaites.
Et sentir naître une envie de dresser, dans le vide de ce mois, plus simple, plus primaire, mon petit abécédaire – copieuse suis (non, puisque ça ne saurait être la même chose)


La pluie est venue, un peu après midi, avec grondements dans le lointain, clapotement calme sur les dalles, et les plantes se sont redressées, buvant avec une gratitude bienheureuse. (cela n'a pas duré)
Ai continué un peu ma promenade à grands pas sur internet avec le plus récent billet de Pierre Ménard http://liminaire.fr/derives/article/je-marche-dans-mes-traces sa contribution à la quatrième semaine (sur 10) de l'atelier d'écriture en ligne de François Bon – me perdre dans sa lecture, admirer, espérer être en état, faute de m'être crue capable d'y participer, de lire la semaine prochaine toutes les contributions (nombreux sont) sur http://ouvrez.fr/
et regarder les livres en attente, tous désirés, et penser à nerval http://nerval.fr/ que j'ai trop négligé et....
me faut des forces et heures que je n'ai point, me faut reprendre appétit durable, et cesser de papillonner
attendre la nuit, regarder le DVD du film Claude Régy, la brûlure du monde d'Alexandre Barry joint au très beau livre entamé après le concert, continuer après
Les Chinois disent que ce vide qui est entre les traits, entre les objets représentés, que ce vide est un élément d'une part d'intériorité et d'autre part justement un élément d'échange, un élément de communication. C'est à dire que quand on représente une montagne dans l'eau – sans parler du reflet – on représente que l'eau peut être montagne et que la montagne peut être eau. Et c'est dans le vide entre l'eau et la montagne qu'on sent cette communication., cet échange de substance...
et avoir chargé sur le Kobo, l'emportement d'André Markowicz, qui n'est un si merveilleux passeur et traducteur que parce qu'il est poète http://www.publie.net/fr/ebook/9782814507579/l-emportement
FORAGE
à l’arraché, au jour
le jour, à source en faute, l’air
épars avec la soif,
la sourde soif,
et là tirer mon chapeau absent à celui, celle ou ceux qui se seront donné le mal de lire cela, ou plutôt jouer rêveusement avec une mèche en y pensant, c'est plus féminin, et leur murmurer «c'était bien inutile, c'était comme remonter un moteur, cela ne concernait que le chauffeur»

4 commentaires:

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Cela ne concernait sans doute pas que le chauffeur !

JEA a dit…

Nerval ? Le 26 janvier 1855 au très petit matin, un PV acte du suicide de "Labrunie Gérard" en ces termes :
- "Ce matin à 7 heures et demie, a été retrouvé pendu aux barreaux de la boutique du serrurier de la rue de la Vieille-Lanterne..."
Ainsi avait-il détourné deux symboles : barreaux et serrures, pour retrouver sa liberté !

brigitte celerier a dit…

mais là il s'agissait de http://nerval.fr/ textes contemporains mis en ligne à cette adresse (avec sans doute en tête un hommage rendu à Gérard)

arlettart a dit…

Ce vide si important entre les choses .... ce vide qui crée la forme
Exact je tournais une mèche en lisant (avec attention )