lundi, août 05, 2013

Nerval dans l'ombre et les italiens dans la nuit des Carmes


Dimanche d'été, faire tour rituel dans la cour, chatouiller fleurs baroques en leur demandant de tenter la normalité, pour changer, comme une expérience curieuse... fermer les volets, vaquer un chouya, me blottir dans l'ombre plus tout à fait fraîche, écouter musique

m'installer, brumisateur proche, devant l'écran, devant http://nerval.fr et partir en quête, en tentant de ne pas trop se laisser influencer par les tweets qu'ai vu passer

aller au bas de la carte ou sommaire, vers ailleurs

lire ce «pitch» Le débarquement d’un masque africain dans un village improbable où ne vivent que des vieux sans âme. Où il est question d’abandon, de renouveau et de rire, de stagnation et de voyage.... me dire, pour moi, continuer et lire Toumbo, le masque de Cécile Benoist http://nerval.fr/spip.php?article67
Une vieille, voûtée, scrute la rue vide. Les alentours étourdissent par leur silence filandreux mais la femme reste impassible, statique, prête à se craqueler..... me masser vigoureusement visage et continuer... prendre instinctivement le parti des vieux, tenter de plaider que non, ont pas perdu leurs âmes, mais comprendre Toumbo (lui dire tout de même, ce serait pire, Toumbo, s'ils se traînaient dans maison de retraite, leurs bulles ne seraient pas contraintes à s'aider...) et puis penser : oublier cela, ce n'est pas l'important - aimer la façon dont cette ambiance d'un monde autre, mort, étrange de vide est créée – ce qui compte c'est l'exil c'est Toumbo, et puis d'ailleurs ça y est le contact est là et

Au bras de Toumbo, Angéline, droite comme un I, vadrouille dans le village. Son hilarité résonne au fil des rues. Revenu de son champ, Xénophane s’esclaffe en les voyant, il manque même de choir mais retrouve son équilibre. Il sent ses poumons s’élargir dans un mouvement qu’ils n’avaient pas effectués depuis une éternité.....

Avoir aimé cette fable express, être en appétit, alors remonter, trouver noms connus, écritures appréciées, saluer achète moi la télé d'Anh Mat http://nerval.fr/spip.php?article69 relire cette tentative d'écrire l'histoire dont était le fantôme l'homme très âgé, ignoré de tous, en retrait de la tombe de madame Ly Khánh, l'avoir déjà écouté dire
Funérailles émouvantes, respectables, pour ne pas dire réussies. Les plus obscènes se permettent même d’éclater en sanglot, à genoux, les poings levés vers le ciel, comme si mourir à quatre-vingt-onze ans était là une surprise, un deuil inattendu. Ceux sont les mêmes qui pendant toutes ces années n’ont pas rendu visite à la défunte, à peine un coup de téléphone pour présenter les vœux du Tết et encore !

Si vous vous abonnez à ce site, ce magazine de fictions, lirez la suite, et tant, tant d'autres textes (61 aux dernières nouvelles, avec le ralentissement estival) et, tiens, mais j'en ai déjà parlé je pense, il y a, goûteux même pour gens aussi étrangers à cela que moi, l'Abécédaire arbitraire du cyclisme de course d'Hervé Jeanney http://nerval.fr/spip.php?article61 – les très beaux (y revenir, ce fut l'un des premiers) 4 X 40 aphorismes d'Abdelmajid Benjelloun http://nerval.fr/spip.php?article33 etc...

mais là, je continue à piocher dans les dernières mises en ligne avec «Ma» de Sabine Huynh http://nerval.fr/spip.php?article68
présentation : «Ma», en japonais, c’est l’espace entre deux objets. «Ma» c’est aussi la mère, l’espace entre la mère et le père, entre une mère et son enfant, le vivant et le mort, entre une mère et une mère.
Lire, suivre cette femme qui doit rendre compte d'un spectacle qu'elle vient de voir,
de l'interview accordée par le chorégraphe,
Des danseurs, habillés de tenues fluides et sombres évoquant des moines Shaolin, se touchaient et se séparaient sur un fond blanc. Le décor sobre consistait en une maison blanche toute simple, comme de celles que dessinent les enfants : cinq traits qui se touchent pour former des murs, un sol et un toit. Une maison qui avançait et reculait, avec une porte qui béait ou se refermait parfois sans bruit sur un monde auquel nul n’avait accès. Ils dansaient la tension du dedans et du dehors, de l’ombre et de la lumière, du rapprochement et de l’éloignement.
Penser une seconde, vaguement, à Claude Régy, mais ce n'est pas cela l'important, revenir à la femme qui marche à ses pensées pendant qu'elle avance dans la rue, à ce que cela a réveillé en elle, à la douleur du souvenir à... lisez donc, c'est beau et émouvant (qualificatif auquel redonner toute sa force)


Pour moi, en suis restée là pour ce jour, avec comme une promesse préservée un temps, le désir de lire les deux premiers textes de l'entrée la place avant
Ai vécu tout doux, dormi, écouté Dimitri El Murr et Raphaël Enthoven parler de

l'impossible amitié et de Socrate (et Platon) sur France Culture, dégusté un peu des Mille et une nuits dans la traduction de J.C. Mardrus, que découvre – il est temps ! - qu'aime bien pour son petit goût de conte oral et le soulèvement des voiles qu'avait posé Galland, ai eu chaud avec la venue du soir et l'idée de sortir de l'antre – douche, une autre robe pour se faire neuve


se mettre en marche, vers le cloître des Carmes, à nouveau, vers un duo parfaitement rodé, vers deux compères italiens, Enrico Rava et Stefano Bollani, après avoir écouté et regardé brièvement, pour me mettre en goût et en marche, leur interprétation d'une superbe rengaine
et lu cette petite présentation du concert)

atmosphère toujours aussi agréable, salut aux bénévoles

et les deux vieux routiers (vieux de leurs quasi 17 ans de compagnonnage) – une petite déception au début (peut-être due à moi), et puis cela a pris

de très beaux moments, une réjouissante complicité, un humour sympathique et de fort bon aloi quand il s'exprime en musique,

et de belles envolées – un peu un retour sur ma jeunesse

Suis rentrée vers l'antre par des rues devenues presque désertes, sauf devant quelques îlots glaciers.

4 commentaires:

Pierre R Chantelois a dit…

Nerval et France Culture, deux beaux lieux pour les rencontres culturelles. Et j'ajouterais à ces deux lieux, Avignon.

JEA a dit…

dernière photo : "choix de parfums illimité..." ???

Gérard Méry a dit…

extra le morceau de Ramuncho revu à la sauce italienne, ainsi que la musique du film "le parrain" etc..humour et musique font bon ménage.

arlettart a dit…

Ah!! la trompette et besame muncho encore des frissons des étés à Bandol et des illusions
Les rengaines duraient plusieurs années alors ...
et le "Ma" cet espace mystérieux qui contredit si fort le"comme les deux doigts de la main "
Merci Brigitte pour ces résonances