mercredi, août 14, 2013

Mardi en i


météo

Réveil au tout petit matin - je regarde avec méfiance le jour où n'ai pas encore envie d'entrer à travers le bambou et le trou entre murs, pour ne pas distinguer vraiment, avoir l'impression qu'il est blanc, lumineux mais blanc...
À l'heure de la seconde tasse de café et de la confiture de poire désespérément liquide, lever les yeux, s'essuyer le menton, voir des nuages bonhommes en lente promenade sur la lumière bleue, faire vague projet de lecture au bord du Rhône... et puis le blanc est devenu uniforme, des gouttes isolées sont venues s'écraser sur les carreaux de la cour pendant que je me lavais les mains dans une tomate trop mure, me suis trouvée une vocation pour la lecture coite dans l'antre. (et cette couverte s'est crevée, refaite, a joué toute l'après-midi, pour disparaître avec l'approche du soir).

Lecture
Gardé pour l'après-midi, aux premières heures de ce mardi, quelques pages du livre commencé en alternant la bande de carreaux sous soleil et l'ombre apaisante dans la cour, et j'ai refermé «Le coeur des enfants léopards» de Wilfried N'Sondé, (j'avais écouté une lecture par Criss Niangouna de adaptés dans la cour de Calvet http://brigetoun.blogspot.fr/2013/07/festival-jour-18-lecture-calvet.html) un peu avant la fin, et la dernière version des faits réels ou inventés, sur
Je me lave avec encore plus d'entrain, car j'ai reconnu les esprits de grande compassion. Ils viennent du fond des âges, pour m'assister dans mon calvaire. Ils ne m'ont pas abandonné, alors vraiment rien n'est perdu. Soulagé, je continue à me doucher dans l'allégresse. Subitement, tout me revient, le déroulement des événements s'impose à moi avec la plus grande clarté... pour laisser le sommeil venir.

Alphabet
et le i pour initiale de mots à traiter avec une brièveté indolente, sans insistance

ici – mot qui existe pour me donner envie de là-bas, et pour m'inciter à y penser tranquillement ici. Peut éventuellement avoir des sens plus larges, plus profonds, plus ouverts.... c'est aussi, que nous le voulions ou non, un mot dont nous ne pouvons nous débarrasser, qui nous suit avec plus de fidélité que n'en aura jamais aucun chien.

Idéal – un très beau mot dont nous sommes arrivés à nous méfier, avec ou sans majuscule. C'est dommage, je devrai essayer d'y croire, sans imposer ce que je désigne par là ni me laisser imposer celui d'autres, et m'en aller à sa suite... quitte à le modifier pour tenir compte des découvertes ou accidents du chemin.

identité – mot que je crache, on y a mis tout ce qui borne l'individu.

idiotie – je me trouve bien négative avec ces pauvres mots, je décide d'être gentille avec celui-ci... parce que je suis bien obligée d'être indulgente avec la sottise, les imbécillités quand ne font de mal à personne, ce me sont des compagnes trop familières, et l'idiotie est un rempart si commode, quand on l'affiche et cogite pour soi à l'abri.
Et puis il y a ceux qu'on a longtemps appelés les idiots, du village ou non, et là me sens pour eux une réelle, profonde, tendresse fraternelle.


image – zut, j'avais laissé soigneusement de côté idée, que n'ai je fait la même chose pour celui-ci ? Encore si je gardais pour moi ce qui peut me venir en tête, mais pour peu que cela tombe sous des yeux philosophiques....
Je salue Platon dévotieusement. Je passe sur la querelle des images, quoique la société byzantine est passionnante, mais mes notions sont devenues bien trop floues pour permettre de l'aborder en quelques mots, je passe sur l'interdiction de l'image religieuse par l'islam, j'en garde seulement les petites merveilles qui en sont nées. L'image mentale me conduisant vers cette chère imagination je n'en dirai pas qu'elle est la folle du logis, parce que je suis suffisamment disciple de Bouvard et Pécuchet comme cela (quoique.. l'ont-ils noté ce poncif là, il faudrait vérifier) et ne perdrai pas mon temps à parler de notre civilisation des images ou bien faudrait creuser, creuser, creuser pour trouver autre chose que ce qui s'étale partout ou le discuter.
Je me suis contentée d'une image d'image, et d'une gratitude à tous ceux qui arrivent à les rendre efficaces pour nous guider quand n'avons pas les mots et que cherchons à traverser ou faire pipi.

impossible – mot avec lequel sont posées des bornes à nos élans, contre lesquelles nous avons désir de foncer tête baissée, le faisons parfois... avec la force innée des illusions qui nous sont indispensables et rendent inaudibles tous les «ça va pas être possible» - avec l'âge et les bosses le bélier en nous apprend la prudence, sans renoncer tout à fait tant que vivons.

inévitable - un mot qui a toujours un petit goût désagréable, qui donnait remords quand c'était notre propre résignation paresseuse, et qui devient incontournable et détestable en nos jours où il nous est assené pour condiment à tous les reculs, à la diminution des retraites, aux restrictions, délocalisations, restructurations (que ces mots soient barbares et laids n'est pas une consolation, comme ne l'est pas le fait qu'ils ne s'appliquent jamais, ni celui de réforme, aux mouvements de capitaux, aux retraites dorées, à la répartition par l'impôt, aux salaires au dessus d'un certain niveau, etc...)

innocence – un état fragile et instable – je veux me croire innocente, ne peux jamais en être certaine...
tenter de garder un peu d'ingénuité, savoir que celle des enfants n'est pas la tranquille et coite ignorance qu'on leur attribue, être en grande colère contre tout ce qui pervertit leur regard...
et pencher tout de même ce matin vers un chouya de nunucherie en choisissant ce joli petit lapin en herbes et ses papillons.

intelligence – me sens petiote là – salue avec révérence ceux qui ont science et éventuellement un peu de brillant, mais n'oublient pas l'empathie – soupire et me dis qu'il ne faudrait tout de même pas se résigner trop facilement à la croire inaccessible.

ironie – l'aime légère, souriante, comme celui des bustes de Houdon, ne la déteste pas un peu mordante quand c'est salubre (fais une révérence, en dessinant un beau petit demi-cercle avec mon pied, comme on me l'avait appris, devant le sourire de Monsieur de Voltaire), en ai un peu peur, n'étant capable que d'en être l'objet – et pour la désamorcer ai choisi d'en trouver une trace dans le sourire de ce bélier (n'ai pas haute opinion de leur intelligence, cela limite les dégâts, on peut toujours répondre par un haussement d'épaule.... il est vrai que cela semble exclure l'ironie).

irréel – un continent immense où s'envoler - un refuge que l'homme se fabrique en partant du réel, qu'il le veuille ou non, ce qu'il décide sagement d'oublier - ce réel caché qui donne toute sa saveur aux plus folles élucubrations, et ces allusions à notre réel qui font le charme des contes (leur morale aussi malheureusement parfois).
Cela m'amuse et j'adore les contes, mais finalement le réel me paraît suffisamment étrange pour que je me passe assez facilement de le travestir.

ivoire – simplement une matière que j'aime pour son contact lisse et doux, et des objets de peu qui sont chargés de souvenirs (y ajouter un médaille de berceau cerclée de..., un gros bracelet et un rond de serviette pour faire un petit résumé de la vie de Brigetoun).
M'est avis qu'il est temps de m'interrompre d'autant plus facilement qu'est finie la trop grande liste de mots que j'ai gardés (et que j'ai semé des mots en i par ci par là.

10 commentaires:

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Pourvu que les "I" finissent par l'envIe, c'est tout ce que j'attends !
:D)

Dominique Hasselmann a dit…

Trouvé hier soir, dans un grenier de Bailleul (59) un vieux dictionnaire Larousse avec ses merveilleuses pages roses : la couleur n'avait pas passé.

Pierre R Chantelois a dit…

Idéal. Je suis resté bloqué une partie de la nuit sur ce mot. Mais diantre qu'est-ce qui est idéal dans la vie? La santé, le bonheur, la paix, la sérénité, le temps doux, des hivers moins rigoureux... A quoi sert d'être idéaliste si rien de ce que nous tenons pour idéal ne nous est accessible?

brigitte celerier a dit…

je crains que ce soit une des principales caractéristiques d'un idéal, qui doit rester un but

JEA a dit…

Didier Serplet :
- "L'inutile, c'est subversif..."

brigitte celerier a dit…

oh que j'aime ça !

Françoise Dumon a dit…

Oui, cela redonne envie d'ouvrir un dictionnaire et d'y rechercher, nous aussi, les mots à qui faire leur fête. J'aime tes choix.

arlettart a dit…

Remarqué que tes "i" sont plus des idées que des objets

jeandler a dit…

Un billet joliment de I farci. Plutôt par ci que par là. Quel idiome !

Gérard Méry a dit…

Sage comme une I..mage..Itou !