dimanche, août 25, 2013

N pour samedi


météo
au second réveil, passer le nez hors de l'antre, lever les yeux, voir les petites plantes de la terrasse supérieure se détacher sur un ciel indécis, qui semble ne pas vouloir se décider pour le bleu – une cuillère de yaourt, une cuillère de miel, une plongée en sommeil béat jusqu'à neuf heures
petit assaut furtif de panique, de presse – ciel blanc lumineux avec quelques transparences – lavage de cheveux
visite aux plantes – étonnement de ces petites promesses de fruits qui apparaissent, rondes et minuscules à côté des olives adolescentes, là où il n'y avait même plus souvenir de fleurs... des bleus d'une délicatesse émouvante cernés de nuages, du gris sombre et même de grosses gouttes de pluie, l'automne nous parlait de loin.
Une journée tranquille de lutte avec objets et de langueur de ma machine... la portion de mur que je vois à côté du volet de bois à demi rabattu s'illumine doucement, se meurt dans le morne, retrouve couleur.... et avec la naissance du vent ce fut l'installation, l'agrandissement, de superbes trouées lumineusement bleues.

lecture
avancée dans la nuit, avec un intérêt fluctuant, dans les bribes réunies dans Théâtre 1938-1965 de Pasolini, jusqu'au dernier tableau d'Italie magique créé à Bologne en décembre 1964 avec, notamment, Laura Betti... livre fermé, un peu avant la fin, parce que le sommeil venait, sur
Toi, ma chère, mon irréparable image,
si parfaite, si parfaite, si parfaitement moi,
tu commences déjà à être une autre,
et un monde ignoré t'entraîne au loin.

alphabet
en croquant toast, courte liste - bien entendu les mots les plus évidents ne viendront que demain ou après-demain - deux nouveaux naissent dans le crâne courbé sous le jet d'eau rinçant les cheveux – j'en reste là, je les note, je les laisse et m'en vais vaquant, pour tenter dans l'après-midi de voir ce qui vient les habiller.

nacre
J'aime modérément les grandes coquilles, les grandes nacres, dont certains exposent les valves, longues coupes en triangle aigu, avec leur face bosselée de concrétions qui fanent leurs couleurs avec le temps et la face intérieure sur laquelle glisse la lumière...
J'aime la matière, les petits boutons bien sûr, même s'ils ne sont pas ceux de la robe de Sanguine, les incrustations - si elles ne tombent avec trop d'enthousiasme dans le kitch - mais, quand, en marqueterie, avec des fils de cuivre, des essences de bois précieux, elles ornent les superbes crosses de certaines armes ou les plus beaux des petits meubles du Maghreb – j'aime assez, aussi, la difficulté, devant laquelle je recule, à rendre par des mots ses couleurs.

naître
notre premier, parfois notre seul, moment de gloire... dont nous sommes parfaitement inconscients, trop occupés à respirer, à inventer la vie, et la conscience ou son amorce.
Suivent tant et tant d'années de travail, émerveillements, douleurs, sentiments et apprentissage des mots pour les dire et en prendre connaissance.

naviguer
dire lentement navigation et entrer dans en rêve – clapot doux, brise légère, avancer imperceptiblement dans ce flou
Et si chance nous avons, goûter le réel, savourer l'attente du moment où se larguent les haussières, l'odeur du métal, les bruits, l'instabilité, le vent, la beauté, les beautés changeantes, parfois fort rudes, de la mer et du ciel.
Revenir au rêve, embarquer sur une caraque, une caravelle, un vaisseau et partir vers des mers et terres inconnues... ou lire Cook, Bougainville, Dumont d'Urville, d'autres...

nid
Les hommes ont toujours dû jalouser, plus ou moins, les oiseaux qui savent, d'instinct, les construire (et admirer leurs infinies variétés).... mais y ont pallié, avec sobriété ou magnificence, par l'ingéniosité, la science ou l'argent, quand ils en disposent.
Pour certains ne reste que l'instinct de se dire qu'ils y ont droit et les douleurs qui naissent du manque.

noeud
mon incapacité totale à en faire un élégant, à reproduire celui d'une ceinture telle qu'il était dans la boutique, à obtenir sur un paquet un résultat que je juge satisfaisant -
ma contemplation admirative et perplexe devant les répertoires explicatifs des noeuds marins – le plaisir de leurs noms : de chaise, bien sûr (là ça va, je retrouve si on me montre une fois), d'ajut, de ris, d'agui, ou de Lagui, d'étalingure, en huit, de galère, de vache, de carrick, d'alouette, de jambe de chien ou de plein poing....
Bon, ma foi, de bric ou de broc, suis bien obligée d'en faire (en pensant qu'il faudra les défaire)
Je décide d'oublier tous les méchants noeuds intérieurs....


noir
est-ce une couleur ? Oui, et la préférée des jeunes femmes – ce fut longtemps celle attribuée aux vieilles qui n'ont plus de charmante carnation à mettre en valeur en les y enveloppant.
Couleur de deuil (il fut un temps où c'était le blanc, du moins pour les grandes dames), couleur qui se fatigue et se lustre, couleur que l'on donne aux idées mauvaises... mais la douceur de la nuit, l'éclat discret du jais, les niellures, la saveur des romans ainsi nommés, et la beauté des images en noir et blanc... ne mérite pas sa réputation.

non
Je veux croire que l'instinct m'a fait prononcer quelque chose ressemblant à Maman avant mon éternel, omniprésent, entêté, non.
Il m'a fallu longues, longues années avant que le oui arrive presque à le contrebalancer.

nourriture
Ce privilège que nous avons, pour la plupart, en nos pays, de devoir la rendre attrayante – et d'en faire l'objet de discours, recherches de raffinement ou de nouveauté. Mais, du manque tragique que d'autres peuvent en avoir, du souvenir de temps de moindre abondance, il reste une trace, en nos vieilles bourgeoisies, dans le principe que on ne gâche pas la nourriture et le grand plaisir enfantin que l'on éprouve à l'enfreindre, avant, adultes, de l'oublier tout simplement, sauf en périodes pénibles.
Mon goût, aussi fort que platonique, pour les livres de recettes, et celui qui l'est guère moins, pour les étals de marché.
Le plaisir, noyé de panique chez moi parce que c'est si rare et que je dois re-apprendre chaque fois, de cuisiner pour les autres.

nouveau
l'agacement devant l'injonction d'aimer quelque chose, d'adopter une idée, par-ce-que-c'est-nouveau.
le plaisir de la découverte s'il reste personnel, s'il est dicté avec telle discrétion qu'on n'en est pas conscient
la joie du printemps

nuages
mouvance, insistance
petits et blancs, dorés, roses, effilochés, en nappes grises, montagnes sombres, noires menaces...
tous les mots, toute la littérature que les hommes leur ont dédié, tous les rêves avec eux en allés, toutes les attentes des paysans, toutes les craintes des marins et vacanciers...
leur spectacle perpétuel et leur influence sur mon humeur
Pourquoi diable ai-je choisi ce mot ? et comment dire les nuages en général autrement qu'en exposant leur formation, leurs effets, ou en disant – abusivement, ce devrait être marque déposée – les merveilleux nuages, d'autant qu'ils le sont parfois fort peu ?..
Alors les regarder.

nuit
que j'aime – non pour faire des choses extraordinaires, pour vivre la nuit en fête (quoique.. les spectacles) mais parce que j'y suis bien, que j'aime les pas dans le silence, le calme qui descend sur la ville et en moi, et ces zones de lumière qui rendent précieux ce qu'elles touchent, qui s'effacent lentement, caressent la profondeur inconnue
et puis l'esprit qui se condense sur la lecture
oublier les nuits d'hôpital et le passage de trois heures du matin dans les nuits de travail.

nul
toujours envie de chercher les qualités de ce qui est ainsi désigné
Nulle, moi, ce jour – et ne vous croyez pas obligés d'être courtois, c'est mon opinion qui compte.

8 commentaires:

brigitte celerier a dit…

commentaire effacé à l'aube de dimanche par la stupide Brigitte
de Pierre Chantelois
Je suis au ralenti. Ce qui cause un retard dans mes commentaires. Je reprends la route pour venir lire une autre tranche du grand alphabet. Et je mer suis arrêté au beau mot de naviguer. J'ai rêvé.

Dominique Hasselmann a dit…

des mots qui n'ont comme habits que leur importance chacun.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

J'aurais comme mots-phare : né nu.

:D)

brigitte celerier a dit…

l'essentiel

JEA a dit…

Antonio Tabucchi :
- "La nostalgie : ce vide qu'il nous faut absolument remplir, même avec du négatif..."

brigitte celerier a dit…

merci ô aimables et talentueux contributeurs

Gérard Méry a dit…

"Nul" il faut le mériter, tu es loin de le gagner !

brigitte celerier a dit…

zut alors !