lundi, août 26, 2013

Dimanche : O


météo

second réveil, ciel bleu, air frais

épaules frissonnantes dans le tournant de l'été, retour pelotonnée entre draps pour écouter, grâce à un lien de François Bon, Dominique A - aveu, c'était pour moi surtout un nom) http://www.youtube.com/watch?v=h_rnfkjklIM et puis tout de même, comme cela dure une heure environ, se lever, café, vaquer.
Pendant que je tourne un tantinet en rond, dans ma nervosité de timide inguérissable à l'idée de prendre un café avec deux brillantes jeunes femmes qui ne me sont connues que par de légères rencontres tweeter, de grandes nappes blanches s'installent, repartent, s'effrangent, mais le vent attendu s'est rendormi.
Place du Palais, devant l'escalier, parce qu'elles vont visiter les Papesses (leur ai dit : penser Lambert, intelligentes l'avaient déjà fait), après leur brunch, avant mon déjeuner, rencontre et, bien sûr, un très agréable moment dans la douceur ensoleillée. Mais la Brigetoun très touchée de la gentillesse de cette attention, a réagi, désespérément, par un petit flot de mots.
Puis jour de soleil et sommeil profonds.


Lecture
eu envie d'une pause dans une lecture intéressante mais que trouvais, dans la nuit descendante, un peu trop austère pour mon humeur et pris le Tollé, un «petit» James que j'aime bien, petit roman tiré d'une tentative théâtrale – les américains amateurs d'art et armés de belles fortunes et les aristocrates anglais à la tête de superbes collections, désargentés, très relativement, l'orgueil et la tentation de céder à une basse rapacité – vue par eux – le besoin personnel et le patriotisme, le romanesque de la résistance d'une belle et noble jeune lady à un mariage-dévouement-à-la-prospérité-familiale, le raffinement des phrases de James poussé parfois jusqu'à une obscurité caricaturale – plaisir d'en sourire comme des défauts d'un proche. Me suis endormie sur la clarté, tout de même, de la réaction de Lord Theign à une lettre qu'il juge offensante de ce terrible Mr. Bender
«Parce que c'était un tissu d'expressions qui peuvent sans doute couramment passer dans son curieux univers et dans son étonnant pays – dans leurs affreux journaux ou par-dessus les comptoirs -, mais que je refuse de prendre le temps de déchiffrer ici.»

alphabet

jour des O que pensais réduit, assorti à l'oisiveté qui sied au dimanche, mais pendant que tournais en rond légère enflure de la liste. Or donc :

O
bouche en rond, lèvres qui avancent, invocation, louange (mais il faut le chapeauter dignement) - ajouter un h comme une reprise de souffle et s'ébaubir.
Et ô indulgents que vous êtes, acceptez que cette boule feuillue prenne place de la lettre.


oasis
auxquels je ne pensais pas, qui est un des deux mots qui se sont imposés à ma volonté défendante en lisant, savourant - entre le plaisir jubilatoire que me donnait le texte et la crispation de mon désir de goûter tous ces mots en o sans leur laisser possibilité de se fixer dans ma conscience - le billet paru aux toutes premières minutes de ce dimanche sur le blog de Giovanni Merloni, dans le cadre de son alphabet renversé, perle de malice, virtuosité, intelligence o ou oloé http://leportraitinconscient.com/2013/08/25/o-ou-oloe-alphabet-renverse-de-lete-2013-n-13/
mais je le boude, ne veux y penser, rêver des palmeraies, de l'irrigation, des notables et artisans, de la fraîcheur des nuits et du ciel immense, ni du sort ces temps ci de cette civilisation – juste, pour ne pas en rester là, pour les sons, un peu pour mon ignorance et mon envie un temps de connaître mieux, chantonner les oasis mozabites Ghardaïa, Bounoura, El Guerrara, Melika, Berriane, El Atteuf, Beni-Isguen.

obscur
le goûter, un peu, quand il est douceur après la trop grande lumière.
Aimer que les mots creusent le sens, le cernent, tâtonnent un peu et frôlent l'obscurité dans leur recherche du réel, mais qu'ils restent sur la crête, et suis fatiguée de ceux qui semblent la rechercher, cette obscurité, pour elle-même et pour tenir lieu de profondeur.
Et puis il y ce risque auquel je succombe parfois, pas trop souvent je voudrais le croire, d'y tomber, quand je me laisse aller à la prétention et que s'y joint ma maladresse.

obstination
un de mes défauts majeurs, que j'habille du nom d'endurance ou loyal entêtement, à moins que ce soit une qualité ? un peu dévoyée

oignon
jouir de leurs couleurs, leurs variétés, les photographier inlassablement, en souvenir de ce temps où les aimais tant, eux qui me sont maintenant interdits, sauf en traces...

oiseux
le risque que court cet alphabet

olive
l'arbre aimé, la civilisation de notre mer, cette satanée mer bordée des terres où il est né, où sont nés la plupart des mythes, des philosophies qu'exploitent nos seigneurs du nord, cette satanée mer bordée de peuples qui ont tant en commun que se sont toujours combattus..
la beauté royale et tourmentée des arbres centenaires, la beauté des vergers.. mon amour des huiles et curieusement mon peu de goût pour les fruits, sauf quand les regarde, avec un espoir incrédule (avec raison), tenter d'arriver à maturité sur mon olivier fou...
Athéna, les oliviers de Jaén, et puis les pages où Giono parle de la cueillette dans le froid glacial et du poids du fruit dans la main.... la force horrible de l'odeur des pressoirs aussi – et la plasticité sombre de la pâte.

oloé
l'autre mot qui m'a sauté aux yeux en lisant Giovanni Merloni, et, lui, l'ai salué humblement, navrée de l'avoir omis dans ma cueillette
le mot, forgé par Anne Savelli, qui s'est imposé – et tous les endroits qui peuvent le porter, coin de jardin, chambre paisible, table de café où le brouhaha aide à s'isoler, rocher au bord de la mer ou près d'un sommet, trottoir où l'on fait une interminable queue pour un spectacle, etc... tous ces endroits où lire ou écrire.

ombre
la lumineuse fraîcheur sous un arbre (ah le gigantesque tilleul de Solliès-Pont!), sous un parasol, dans cet abri où nicher un oloé ou une paresse, un déjeuner, une conversation
le jeu des ombres sculptant les plis du parasol replié
les touches qui font tourner un visage, une épaule... sur un dessin
la tendresse d'une nuque sous un chignon, d'une aisselle
le trottoir bienheureux dans les rues bien orientées (qui est venu dans notre conversation sous un parasol devant le palais)
les doubles, si grands en fin de journée, qui s'attachent à nos pieds – et la navrante histoire de l'homme qui avait vendu la sienne
mon plaisir toujours renouvelé

opération
de rudes instants, le plaisir de se confier, d'être objet irresponsable, avant le travail qui nous incombera ensuite, mon regret de n'avoir pas trouvé, après l'une, sur ma table de nuit, une côte, comme on le fait pour un appendice, pour m'en faire une arme très chic (auto plaisanterie récurante à laquelle n'ai pas résisté, pardon demandé)

optimisme
ce qui m'habitait en pensant à la rareté relative des mots en o


or
le plus commun des luxes, qui a perduré comme réserve de richesse pour les femmes à son détrônement comme monnaie
le dédain où l'ont tient, dans nos discours, les ors.... et leur beauté, leur sensualité, le reste de fascination involontaire.
Or donc, ne le recherchons pas, ne le dédaignons pas.

ordre – organisation

nécessaire sans doute, mais point trop ne faut.

L'horreur de ces gens qui font de son maintien (menacé par les autres) le but suprême au prix de n'importe quel bouleversement brutal

les barrières, files, canalisations des flux humains qui me donnent une irrésistible envie de les enfreindre (mon plaisir en arrivant à faire une visite de salles du Vatican à contre-courant)

l'éternel, impuni, arrogant désordre des inégalités
Mon incapacité totale à le respecter dans l'antre, dans mon bureau, là où je passe, sauf les chambres étrangères (me borne à laisser traîner un livre, un foulard pour l'amadouer)
L'organisation cachée sous une apparente anarchie de mon travail, assez présente pour que le résultat cherché arrive le plus souvent comme un bienheureux miracle.


original
préférable à la copie, Messieurs, tout le monde le dit, et c'est vrai, alors arrêtez vos dérives
les originaux, ces gens délicieux si ne le sont pas trop... rejetés dès qu'ils lassent.

Boudiou que suis longue et verbeuse,
alors juste, très brièvement, deux lettres, un son, deux mots

ou
l'ouverture vers tous les possibles, vers l'impossible parfois, et la nécessité navrante du choix

...es-tu ? disent les téléphones croisés dans les rues,
où faut-il aller ? question qui change de tonalité selon la nature du but
où suis-je ? vertige de réveils
Bon, là où suis arrivée, j'arrête, ne sais que dire, mais tant pis : je l'avais noté, il est là.

10 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

L'opéra aurait-il déserté inconsciemment votre abécédaire ?

Mais tout est chOix...

L'olive y est, par contre, et me rend jaloux !

brigitte celerier a dit…

ah tous les oubliés !

jeandler a dit…

Une belle page d'humour. Ô combien.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

 
Que d'O ! Que d'O ! (À l'eau, quoi.)

Toute une histoire... :D)

Et des ph☺t☺s...

Gérard Méry a dit…

O pressé ce matin ! ! !

JEA a dit…

Amos Oz :
- "Mais que m'a-t-il réellement appris ?
Peut-être ceci : à ne pas projeter qu'une ombre..."

arlettart a dit…

Et tu dis "rareté relative des O "!!!
Ô Ô OH!!

Pierre R Chantelois a dit…

Dominique A : une découverte bouleversante. Une voix, une voix venue d'un univers que je ne connaissais pas.

karl hiver a dit…

Bonjour Brigitte,j'ai copié votre alphabet à la lettre -Vie- sur ma page Facebook UN jour UN tableau : En avais-je le droit? j'adore vos mots "rieurs" qui roulent,s'enroulent et s'envolent...


brigitte celerier a dit…

très flattée