jeudi, août 01, 2013

quand le retour de Terbolronde prime sur la fin du festival


Matin de belle lumière, quelques pas dans la cour, jubilé d'infliger un démenti, même un peu baroque, aux dignes jardiniers qui se moquaient de moi quand disais que le rhododendron était plein de promesses de fleurs, comme si lui et moi nous suivions les règles...
et puis une journée avec petits parcours et autres choses dans la ville, mais suis lasse, là, et puis j'ai réalisé que demain, vendredi, est le jour des vases communicants en août, que je n'y participerai pas mais les lirai, et que comme, à tort ou à raison, j'aimais bien mon dernier échange (à raison, parce qu'avec Giovanni Merloni, ce fut un vrai plaisir) et que j'ai envie de le voir sur Paumée, il est temps de l'y accueillir, pour éviter les interférences, ma dernière journée de festival sera tue ou attendra... (le billet de Giovanni Merloni est http://brigetoun.blogspot.fr/2013/07/ponthagard.html)
Or donc,

À Giovanni, à propos de villes anciennes terriennes et vivantes

(un montage que j'avais préparé à partir d'une photo proposée par Giovanni et d'une des miennes, ne sachant s'il aurait temps de finir le beau dessin qu'il y a substitué et qui figure ci-dessous, les autres ayant été raptés par moi sur son blog)


à Giovanni, mon cher ami,

Tu m'as envoyé ou je t'ai volé, des images poétiques et construites où passent des arcades en souvenir de Bologne.
Je t'ai proposé des images d'Avignon...
Tu me demandes de te parler de cette ville où me suis posée.
N'y a rien ou beaucoup à en dire.
Il y a cela : Bologne et Avignon sont parentes, et différentes (et l'un des hôtels nobles les plus beaux d'Avignon, l'hôtel Berton des Balbes de Crillon est l'oeuvre d'un bolognais, Domenico Borboni, en collaboration avec sculpteurs et maîtres maçons locaux, ses émules)
Elles sont centres et filles de terres fertiles. Elles sont villes de très ancienne histoire, et de vie robuste (un peu languide pour la mienne, mais elle persiste et se modifie lentement)
Bologne, dans mon imaginaire, est rousse et rouge, Avignon est parfois d'un crème doucement rosé, souvent blanche, centre modéré d'une terre de droite profonde.
Bologne est intellectuelle et brillante, Avignon a été un temps un centre intellectuel et artistique quand abritait les papes, a été le centre d'une petite renaissance occitane, est - il faut bien le reconnaître - une ville de marchands vivifiée par lettrés provinciaux.
J'ai admiré, étudiante, les interventions pour faire revivre Bologne endommagée par siècles et la guerre, j'ai détesté, et continue à le faire, les sottes et brutales interventions sur le tissu d'Avignon
Avignon, je la rêve en grande partie, et mes pieds se tordent sur les cailloux qui restent encore (j'y tiens) au sol des rues de la partie enclose dans le cercle un peu distors de ses remparts, qui n'en est que faible part.. et peu à peu l'aime, m'y coule, la laisse effacer ma longue parenté avec Paris.
Bologne je ne la connais pas, j'en ai rêvé en lisant une amie qui y a vécu longtemps, j'en ai rêvé en rencontrant son nom au détour de livres, j'en ai rêvé et un peu appris grâce à vous. (me pardonnera-tu le traitement que mon rêve a fait subir à ta photo?)
Mais pour aujourd'hui, devant les courbes de tes dessins, c'est une ville fantasmée qui s'est imposée à moi, qui s'appellerait, je crois, Terbolronde

Quand, dans un écrit, ou, mais c'était très rare, dans le flux d'une conversation, passait le nom de Terbolronde, on entrait dans un souvenir vague de légende, on croyait sentir frémir en soi des souvenirs, on cherchait vaguement quels auteurs l'avaient illustrée, y avaient marché, l'avaient fait respirer.
Peut-être confondait-on, finalement, avec une de ces villes aux noms de rêve universel comme Samarcande, Goa, Valparaiso ou Trébizonde.
En réalité Terbolronde n'était pas très grande, pas - ou plus - très puissante, mais belle. Belle de la terre qui la portait, d'où elle était née, terre riche et profonde, source et siège de sa prospérité, terre qui avait financé et produit ses monuments, ses maisons - les plus grandes, édifiées sous la direction de ceux qui la possédaient cette terre, et celles plus modestes de ceux qui la travaillaient cette terre...

Et les poètes de Terbolronde, dans les concours qu'organisait leur Académie, chantaient la beauté de la terre profonde, chantaient l'élan des bâtisses, chantaient la beauté des courbes qui ramenaient cet élan se ressourcer dans la terre d'où il avait tiré sa force.
Car Terbolronde était la ville des courbes, des voûtes, des arcades, brune et rousse comme la terre où elle se lovait, enroulant ses rues autour des places, nichée au creux d'une plaine fertile, sous un ciel dispensateur de soleil et de pluie, vers lequel elle dardait, prenant appui sur ces fortes voûtes, hautes façades et tours, rythmées par les chants et prières de ses anciens clercs et fondateurs.

Dans les rues, sous les arcades de Terbolronde, circulaient, sans cesse, affairés même quand on n'en comprenaient pas la raison, peut-être inexistante, en dehors de l'habitude ou de l'image, les costumes noir et or des marchands, filaient les souquenilles ocres des domestiques et employés, attendaient les chemises écrues, les culottes gris sombre des ouvriers, quand ils ne travaillaient pas hors des regards, avançaient à pas soigneusement mesurés les manteaux bruns des clercs et professeurs - car Terbolronde était vieille ville de jeunesse estudiantine -, traînaient ou couraient, gambadaient brusquement, les vêtements jaunes, verts, roses des jeunes étudiants, quand les jeunes de la ville, ou venus de toute la plaine, ou de plus loin encore, boire la science qui brillait dans les écoles, les universités de Terbolronde
abandonnaient leurs livres et s'élançaient sous les allées voûtées qui rayonnaient depuis son noeud central, se déroulaient en larges courbes divergentes et se déversaient dans la campagne.
Car Terbolronde attirait ces quêteurs de sagesse pleins de sève plus vite qu'elle ne grandissait, et ils trouvaient refuge, lit, cuisine robuste et emploi pour leurs bras, dans les grosses fermes où retrouvaient les gagne-petits de la terre, les fils de propriétaires, les jeunes filles agiles, rieuses et sages, et c'étaient fusées d'énergie, concerti de théories sur le monde, amitiés et petites luttes passagères, musique de vie, d'idées, de colères et de joies, une société parallèle à celle qui primait dans la ville, des parents, des sages, des marchands et des édiles, une société qui fusait, ébranlait la ville, la vivifiait, avant de s'y couler comme notables, une société qui se renouvelait, modifiait lentement la ville, la maintenait vivante.

5 commentaires:

jeandler a dit…

Quand Paumée se surpasse. Et quelle illustration ! Magnifique.

DUSZKA a dit…

Splendide ! Comme une grande bouffée d'air frais dans mon petit pays où
38° nous sidèrent, immobiles, le cerveau vague...

brigitte celerier a dit…

merci, un four, mais je m'en moque un peu, l'ai écrit avec plaisir (suis mauvais juge)

jeandler a dit…

Rien que le plaisir et puis basta. Qui m'aime me suive.

Danielle a dit…

Vraiment très beau !