samedi, août 31, 2013

vendredi - autres R


météo

ciel pur et encore indécis – air immobile qui laisse venir jusqu'à moi un bruit de ressac, la circulation au large.
Humeur rogue que j'ai emmenée dans les rues, qui a cédé devant le ciel, les gens, le plaisir de marcher dans la lumière en sentant ma nuque, mon dos, se dilater de joie sous la chaleur posée sur eux.
Mais si, de nouveau, je n'ai pu tenir longtemps dans la flaque de soleil dardé sur moi à une heure dans la cour, j'ai aussi rencontré, au détour d'une petite rue, un platane qui, un peu en avance sur les autres, commence à roussir.

lecture
fini les belles et étranges nouvelles de Monika Maron, fermé sur les derniers mots de Ada et Ewald (pas ma préférée)
Ewald s'avance vers l'arbre, touche le dos de Clairchen et pose un baiser sur la partie encore visible de ses jambes. Ewald gémit. Les Indiens, les Noirs aux USA, les femmes dans le monde, la douleur des victimes est ma douleur. J'élèverai pour toi un monument en vers, Clara. Ô ma belle douleur.
X. La culpabilité n'existe pas.
Candidat au suicide : Nul autre n'a consenti à exister..... 

alphabet
puisque l'ai commencé, continuer, puisque j'ai noté des mots, les garder, comme peux, résister à mon envie de renoncer, on ne renonce pas à des riens, garder ce mot pour des choses plus essentielles... et donc


réserve ou retenue
qualités nécessaires pour que nos vies soient harmonieuses, sans irruption de nos affects personnels, qualités nécessaires à la dignité, toutes choses dont malgré la bonne éducation que j'ai reçue et ma vénération pour ceux qui en sont pourvus, qui se donnent le mal d'en être pourvus, je suis irrécupérablement démunie
dans mon égotisme je ne connais que :


réservé
comme un endroit à soi, un lieu où faire retraite, où se ressourcer, où se reposer, où se rencogner, et, quel qu'il soit, quelle qu'en soit la qualité, l'ai toujours eu depuis mon adolescence, chanceuse que suis
il y a aussi les réserves idiotes et oubliées instantanément de bouts de ficelles, rubans, petits brimborions, instinctive tare (?) féminine 

restes
la suite du précédent.... savoir s'en débarrasser, ne pas s'encombrer, qu'ils soient objets ou sentiments... sauf si la possibilité de les transformer, de s'en faire miel, s'impose rapidement.
mais tout de même, ceux de l'image, je ne me pense pas capable d'avoir la pulsion de les conserver....

rêve
je n'ai jamais gardé souvenir d'un rêve, est-ce une maladie ?
J'aime entendre, lire, les récits de rêves, et, parfois, mais il faut que cela me semble sérieux sans être rébarbatif, leur interprétation, si elle ne casse pas mais approfondit ce qu'ils ont de poétiques... rester spectateur amateur d'imprécision
Je compense par une grande propension à la rêverie, et j'ai parfois l'illusion de ne pas la gouverner, que les idées, les images, viennent à moi... en refusant de réaliser que c'est faux.

réveil
difficultueuse opération à laquelle je procède par étapes, maintenant qu'il n'y a plus la nécessité, l'obligation absolue, de m'extirper en urgence des douces limbes, de me mettre en marche, fonctionnement, action, avec toute la lucidité que je peux racler, de prendre un pas de charge vers le métro, en récapitulant les points forts de la journée à venir, ceux que les urgences ne devront pas me faire oublier.
Pensées amicales pour ceux qui ne le peuvent pas. 


rires
l'horreur des rires enregistrés, ou déclenchés, sur ordre, ou par réflexe, dans les émissions que j'évite de voir ou entendre
quant au rire de Démocrite, que je viens d'aller retrouver chez le faux Hippocrate, s'il est lucide et sain, souhaitable face aux biens, aux prétentions etc... il a par trop un petit goût vengeur pour ce que je cherchais
la politesse de certains rires qui les rend bienvenus, la splendeur des rires francs et amicaux, le plaisir de le sentir monter en soi
et puis le rire d'un bébé dont on chatouille la plante des pieds.

rochers
leur solidité, la beauté de leurs arêtes sous le soleil...
les stries obliques ou verticales de certaines roches qui nous dominent, nous et notre voiture, montant de la Méditerranée vers la Lozère...
celui qui nous domine et ancre Avignon contre le fleuve, la conque de la carrière de Boulbon
les vieilles roches usées, les pics, leurs teintes infiniment variées et le rose que le soir pose sur leur surface
l'horreur d'un défilé entre des rocs, à la tombée de la nuit, dans le vent glacé d'un roman gothique...
n'importe quoi... je les laisse à eux-mêmes, sûre qu'ils seront éloquents - prononcer le mot, laisser venir ce qui le voudra bien.
Je ne sais plus pourquoi ils sont venus là avec leur massive présence.

rosier
beau, forcément beau (quoique, euh...) - des pages et des pages à lire, des torrents de mots à dire, de longs moments pour regarder et sentir, ou simplement cette photo qui traînait et les trois boutons inespérés que j'ai vu en balayant la cour.
Je ne savais pas que le R appellerait autant de Je....
C'était un jour où je ne savais pas en sortir, malgré le ménage dans lequel me suis lancée, pardon demandé. 

9 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

JouR de minéRalité...

brigitte celerier a dit…

remerciements, remerciements, remerciements Dominique

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Rêves
Révolus ?
Révolution !!!

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS a dit…

Cela me fait du bien de passer par ici et de vous accompagner dans cette tranche de vie qui est la vôtre. Vous écrivez si bien, je le dis sans vous flatter, que je connais ici un bonheur de lecture à chaque fois renouvelé. Pourquoi mon chemin ne me conduit pas plus ici ?
Belle journée, Brigitte.
Amicalement.

Roger

brigitte celerier a dit…

belle chaîne Michel
et un immense merci pour l'encouragement des grands jardins ou de leur chemin

jeandler a dit…

Les restes mis en réserve, sans réserve ni retenue. Serait-ce le rêve des déshérités ?
Toujours étonné des gens racontant leurs rêves. Un rêve difficile après bombance.
Faut-il rire du rosier inerme. Sans épines est-il encore rosier ?
Un roc, un rocher, un promontoire : le nez de Cyrano.

Pierre R Chantelois a dit…

Je me suis arrêté aux rêves sans rires que je retrouve plus fréquemment. Je me suis arrêté aux rêves sans lumière qui me hantent plus souvent. Et je trouve ici les fleurs qu'il faut pour enjoliver les heures.

JEA a dit…

Milosz :
- "Le seul rivage est le réel et son site est la mort et son temps est l'instant..."

arlettart a dit…

Avec ton "r" de rien tu nous fais rêver jusqu'au mont Fuji dirait-on au loin sur ton image- reflet