mardi, septembre 10, 2013

Lundi et trop de V


météo
deux réveils, avant les petites heures, dans un sentiment d'urgence qui s'évanouit devant les étoiles – et une venue à la surface du jour tardive – nez levé, ciel bleu et jolis nuages
J'ai posé cette idée sur petites douleurs, suis partie pour un circuit utilitaire dans la quotidienneté des rues de la ville - la rentrée est là - un vent moyen qui agite cheveux, chemises et jupes, de rares bras nus, une douceur délicieuse et la chute des premières feuilles.
Jour un rien comateux, rester au ras de la conscience nécessaire, des actes indispensables.

Alphabet
face à une longue liste de mots pour V, comme un petit tas de feuilles accumulées, me demander quel était le chemin de mes ruminations lorsque j'ai noté certains, prendre ça pour un petit défi, scinder en deux, garder

vague
était ce l'état de mon esprit auquel je pensais en flottant, était ce la mer et ses mouvements ? J'avais opté pour la mer, et me demandais où la trouver sur mon chemin, puisque c'était mon premier mot et que je voulais une image, elle est venue très discrètement, sommairement, quand désespérais.
Juste ça : ne pas la voir mais l'aimer, avec entêtement, juste parce que c'est évident, qu'elle a été là dans mon enfance et une partie de ma jeunesse, la mer, que le virus est héréditaire.
Lames ou vagues, vaguelettes sur les pieds, jaillissements plus ou moins étincelants et brutaux sur les rochers, longues ondulations, creusements et montagnes, joyeuses ou effrayantes, la façon dont se met en scène la profonde respiration, le lent et vigoureux mouvement de cette masse invisible, la rencontre des forces de l'eau et de l'air.

végétation
J'ai pensé d'abord : je m'en suis longtemps et facilement passée.
mais je réalise que c'est faux, même aux moments les plus clos, je trouvais sur l'inévitable chemin entre bureau et antre parisien quelques arbres, et même dans la nuit percevais leur présence, comme un petit salut.
J'aime l'évidence de la vie en eux, encore plus sensible par l'effet visible des saisons.
Reste cela : mon inaptitude totale à les soigner et mon incapacité grande à les identifier (bon, je reconnais une rose, un olivier, un platane, un coquelicot et un pin, même un dahlia et, c'est vrai, un palmier, mais par exemple dans un jardin que je connais où je vois cinq ou six sortes de conifères, je distingue les différences, j'ignore totalement leurs noms, et quant aux fleurs....)
mais le bruit du vent qui les froisse, mais l'odeur des marronniers, forte et envahissante, qui emplissait une chambre, à Neuilly, mais la variété des haies longées à Bougival sur le chemin de la gare, qui ponctuaient l'ennui du trajet dans les rues désertes, mais l'agacement des épines de pin, mais le tilleul de Solliès immense dans mon souvenir d'enfant, mais les mains de sorcière sur les remblais des immeubles au Mourillon, végétation minimale, mais les bouquets de fleurs des champs que je faisais pour occuper mes jours pendant mon séjour à Pégomas, mais...

veille
ma doué, faut être brève ma fille
alors en rester au plaisir que j'ai à entrer dans la nuit, à être seule au milieu de la ville endormie, à penser distraitement à tous ceux qui veillent en même temps –
au calme de ce silence peuplé –
à cette impression d'être autre et moi en même temps dans un monde nettoyé...
et puis les nuits où je rentrais chez moi, la fraternité des visages fatigués, les voix, et peu importent les rencontres bruyantes, la violence ne m'a qu'effleurée, je glissais.

vélums
pour leur présence qui annonce l'été, le festival, pour la lumière et les ombres sur leur toile et leur tension souple

vélo
pour faire amende honorable – me répéter : je ne déteste pas les vélos, sans grande conviction, et pour la joie rieuse de certains, mais en rester là, d'ailleurs ne saurais pas en faire. 
mais que leurs adeptes restent dans la rue, pour respecter mon pas rêveur, et cessent de se croire si vertueux que tout leur est permis - c'est compris ?
les trouver si sympathiques quand ils sont posés contre une grille, un mur, un poteau, attendant...
en souvenir de la joie de ce matin de Noël, il y a tant et tant d'années, où il était là, beau et rouge... ce vélo dont je ne pouvais me servir que si j'étais vraiment sans reproche, et qui est resté très virtuellement mien. 

vent
les vents, nos amis ou seigneurs, le charme d'une brise, les petits jeux d'un ventelet, les toiles qui claquent joyeusement, les cheveux qui dansent, et la violence du mistral ici et de tous ces grands vents sur la terre, ceux qui courent sur les grandes plaines, descendent des montagnes, balaient les quais, portent le sommeil et le sable...
les vents travailleurs : les moulins, les voiles et ces pauvres éoliennes dont on dit tant de mal (le bruit je ne sais pas, mais la vue... tellement moins gênante que celle d'une série de blanches maisons moyennes coupant une colline ou posées autour de rues dessinées pour faire vraies au centre de rien)
et l'image de la caverne où ils étaient enclos avant d'être lancés contre Ulysse.

vermoulu
prononcer le mot, un peu heurté, mais avec la douceur du ou et cet u mat à la fin – aimer son côté un peu désuet, accordé à ma tendresse pour les bois, les objets qui ont vécu – le désir, partagé je crois, que des soins leur soient apportés, quand c'est possible, pour leur éviter destruction et trop grande déchéance, mais sans leur faire l'injure d'effacer totalement les années - le regret en réalisant que s'ils méritent cet adjectif, il est sans doute trop tard.

vestiges
pour la résistance qu'ils ont opposée, pour les questions qu'ils posent parfois, quand sont tels que l'identification est incertaine, pour la présence de l'histoire parmi nous dans le cas des plus prestigieux, pour la douceur fuyante du mot.

viande
incontournable, tant que l'on ne me demande pas d'y goutter -
la beauté d'un morceau de viande en train de rôtir, mon horreur de cette odeur, comme de celle des pièces de viande pendues en rang dans un camion que déchargent des hommes qui protègent leurs vêtements par des linges blancs ensanglantés -
et la vaisselle après le gigot du dimanche...
en acheter quand par hasard, si rarement, j'ai des convives...

Vie
un mot trop grand
Elle est tout – elle est ce qui palpite en nous – elle est autour de nous – elle crée la mort et s'en nourrit – elle crée la joie, la douleur, le cours indifférent des jours.
Nous voulons parfois lui trouver un sens, elle n'en a pas besoin, elle est le sens.
Il est dérisoire de juger de l'extérieur que, misérable, humiliée, elle n'en vaut pas la peine, elle est plus forte que l'humiliation et même la douleur.
Elle peut être éclosion joyeuse, elle peut être souffrance, diminution, ou simplement ennui – et nous avons le droit, la possibilité d'y mettre fin, si un brin d'herbe dans la lumière, un sourire d'enfant ne viennent pas s'interposer et nous parler d'elle.
La jugeons inutile parfois et voulons en disposer, mais quand la maladie s'en prend à elle, la défendons obstinément.
Elle est tissée de liens, arrimée à d'autres vies,
mais elle est notre bien le plus essentiel, obstinément attaché à nous, qui ne serions, qui ne serons plus sans elle
Elle est : je sais pas
Bla-bla-bla-bla Brigetoun. Fin. 
pour aujourd'hui.

12 commentaires:

roma a dit…

Si Vivants ces Vagabondages dans chaque jour . @allearome

Dominique Hasselmann a dit…

Vie : terminer ou commencer par elle, et tous vos V comme des oiseaux volant avec vaillance.

Francis Royo a dit…

votre promenade parmi les arbres respire la magie des contes d'enfance.
C'est un superbe billet qui ne pouvait ce terminer que par "vie" et qui est une belle "victoire".

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Oh ! ce portrait du vent ! merveilleux …

brigitte celerier a dit…

merci de vos passages ô doués

jeandler a dit…

Le vent en vadrouille
son voile qui volait qui volait
mais le V ne se dédoublera pas en double V.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Après UV bronzé !

o_O

Elise a dit…

végétation, non, pas besoin, croyez-vous puis vous vous ravisez, et pour notre plaisir une jolie cascade de mais et sans avoir l'air d'y toucher, avec une grâce légère, un inventaire délicat et sensible prend forme

arlettart a dit…

Grand mistral encore ce matin sur le port à donner le vertige
pour t'accompagner

Gerard a dit…

Meteo vélo deux mots qui me parlent

brigitte celerier a dit…

Arlette pour une fois ce n'est pas nous qui l'avons envoyé - nous restons modérés ces temps ci
Gérard j'ai pensé à toi je ne suis pas virulente

brigitte celerier a dit…

et Michel j'admire tes trouvailles