dimanche, septembre 08, 2013

Samedi – en finir avec le T

météo
nuit très hachée, réveils si fréquents que suis restée pleine de restes de sommeil jusqu'au milieu de l'après-midi, j'ai ouvert les volets sur un ciel pur d'un bleu si pâle que presque blanc, jaspé de filets roses presque imperceptibles, douceur sur laquelle me suis rendormie
et puis une journée variable, hautement variable, couverture qui semble implacable, déchirures,
bleu dominant, averses subites, violentes, de quelques minutes... 

et une Brigetoun aussi usée que les montagnes de la Creuse, qui du coup s'est ruée, le matin, vers les petites courses prévues avec une rapidité inhabituelle – pas devenus de plus en plus lents - cheminer en méditant à rien, en persuadant doucement carcasse, en s'arrêtant sous prétexte de photos de rien, de ciel

mais je suis arrivée tout de même, freinant, décomposant mon pas, avec près de vingt minutes d'avance, sur le chemin du retour, devant les portes fermées de l'opéra..
Comme il avait été question de terrasses, hier, et comme je préfère les comptoirs, 

je me suis installée à celle de la Civette, devant un café à siroter lentement, le temps nécessaire... ville qui se souvenait mollement qu'elle était vivante... et j'ai pu, pour marquer ma rentrée (mais hors de question de renoncer à l'été, d'ailleurs nous baignions dans la douceur) acheter une partie des billets de concerts convoités, le reste attendra une semaine et des fonds..

alphabet
déjeuner lentement, tête dodelinante, redressée brusquement, yeux flottant entre pâtes et le Ravi, le regard ironique sur notre beau sud, les personnages, les calculs, la corruption... longue sieste, regarder ce qui reste des T, surtout ne pas en rajouter, s'installer, tenter d'y penser, de mettre quelques mots, comme viennent

travaux
que nous longeons, oreilles en mal, mais sans oser nous les boucher à cause de ces hommes penchés à côté des machines (le conducteur lui a généralement des protège-oreille),
ma fascination pour les entrailles de nos rues, mon envie de m'arrêter, de regarder, refoulée pour la même raison,
la tentation de les photographier, parce que je trouve ça beau, parce que j'imagine leur fatigue, à laquelle je ne cède que si je pense que cela sera toléré ou inaperçu d'eux.

trèfle
depuis combien de temps ai-je renoncé à en chercher un à quatre feuilles, en remâchant avec un petit plaisir un rien pervers la certitude navrée que n'en trouverai pas ?
Combien de temps – je ne veux pas le savoir – depuis les après-midi de léger ennui, dans les prés des vacances en montagne, de la main qui refoule l'herbe sur laquelle suis assise, à la recherche d'un trèfle au nombre de feuilles indifférent, pour en mordre la tige en regardant les pentes, en revenant au livre d'aventures lu et relu. L'idée ne m'en viendrait pas ici, entre route et Rhône, ou serait rapidement repoussée... pourtant, les traces laissées par les vaches, chiens et autres ne me gênaient pas..

trompe
parce que c'est souple et rigoureux, savant et simple, parce que c'est presque aussi beau qu'une voûte plate.
celles des éléphants, un peu répugnantes mais fascinantes quand elles ondulent , cueillent, amènent quelque chose vers la toute petite bouche triangulaire – souvenirs d'après-midi au zoo de Vincennes avec petite soeur et une ou deux de ses amies (et, pensant au zoo, me revient mon constat vexé que j'étais animalement incapable d'approcher des cages dans l'air lourd et épais de la fauverie – mon dos suivant la barre de cuivre centrale, leurs petites mains bien serrées, expliquer en souriant qu'ils sont beaux, qu'il ne faut pas avoir peur, alors que mon corps leur transmet le contraire – heureusement elles étaient moins pleutres)

tronc
l'amour des hommes pour les troncs, leur force
l'admiration - rêver de voir un de ces géants d'Amérique - le souvenir enfantin de la photo du séquoia franchi par une voiture...
mais aimer, réellement, presque comme un humain, les oliviers centenaires, vieillards trapus et tourmentés, feuilletés, creusés... et puis les platanes, notre banal décor, qui disparaît peu à peu - malades sont - le plaisir de les peler machinalement, et l'odeur qu'ils nous envoient alors, qui colle aux doigts, naïve et discrète défense.

Trou
le nom de ce qui n'est pas, qui ne peut être désigné que par ce qui l'entoure, dont il est l'absence.. mais nom de ces creusements où se plantent les arbres et les corps, de ces endroits où je rêve de me pelotonner, me retirer, fermer yeux, me croire en dehors du monde
nom de ce qui disqualifie un vêtement, sauf quand c'est visiblement volontaire, désigné par une griffe. (n'en veux pas, même moins chers que le sont, je n'accepte pas les trous faits par les autres, j'essaie de ne pas être indulgente aux miens)

tuiles
tu te souviens que tu as retenu toit ? Ah oui...
bon tant pis on ne s'en lasse pas, et puis ça peut être utile... tu sais ce que ça coûte de faire refaire un toit en tuiles anciennes ?... oui, de quoi donner un argument contre la pose, un an plus tard, de panneaux solaires, injuriant tout un paysage (souvenir personnel).
occasion aussi de redire que suis de leur civilisation, que j'aime leurs teintes, leur matière, leur forme...


Tudieu ! Trop !

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Le Théatre est donc en creux (dans le trou... du souffleur !).

jeandler a dit…

Sur le toit brûlant
pas l'ombre d'un hussard
le chat se hasarde
le lézard se faufile.

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Oh non, jamais trop … et merci pour la réactivation de ce superbe "Tudieu !" …

brigitte celerier a dit…

merci de vos passages à tous
Tudieu m'est familier, pour changer des Merde ! ou Miel d'abeille ! pour rendre hommage à la gentille hypocrisie maternelle, je pratique la série Tudieu, Morbleu, Corbleu,Cornegibouille ! qui n'a comme désavantage que d'être longuet

Christine Zottele a dit…

tudieu! jamais trop chère Brigitte! admirable la transition du tronc au trou et l'image qui va avec ... la préférence va au trou! du trou sur la langue suis si coutumière...

brigitte celerier a dit…

oh zut ! ai supprimé par mégarde un superbe commentaire de Michel Benoit (saurais pas inventer aussi bien :

Tel titan au toton
Tatouant à tâtons
Tu tutoies ta toux
Et toute ta tête.
Et tu t'es tue.
Tant tentant était T...

o_O

arlettart a dit…

OH!! joli ces T
Prendrez-vous une tasse de thé?

Gérard Méry a dit…

Je me tais, le jour du T en fin d'été.