dimanche, septembre 29, 2013

Samedi, recluse ensommeillée et quelques autres choses peut-être pas sans importance


à la seconde tentative d'éveil, yeux encroûtés en sommeil, corps encombré, ai poussé les volets bleus sur une lumière engluée de blancheur morne.

Sourire aux deux derniers boutons de rose qui percent leur étui, au fléchissement des petites branches de l'olivier fou sous le poids de quelques fruits, ajouter à l'encombrement un toast et beaucoup de confiture... me laver les cheveux, croire que j'ai des idées, décider de les exploiter, poursuivre... et puis s'enfoncer en engourdissement.

S'installer dans cette non-vie, comme sous l'abri délicieusement raffiné et neutre d'une voûte plate, passer le jour

Vouloir parler de la centaine de pages dévorées en début de nuit, après le concert, étonnée et ravie de retrouver intact le plaisir de la première lecture, en 2002, de L'intervieweur d'Alain Veinstein auquel la présence, dans ma pile en attente, de ses Cent quarante signes, reprise, amplification, mise en ordre des tweets dont j'ai suivi l'apparition (enfin pour un bon nombre d'entre eux), m'avait fait penser, me donnant envie de le relire alors qu'il fait partie des défunts lors du déménagement, et que, bienheureuse honte, Amazon m'a permis de trouver d'occasion, mais ce sera pour une autre fois, me contente de le recommander, et le met provisoirement de côté, en restant à

Et il me faut de nouveau alimenter une conversation depuis longtemps épuisée avant d'avoir commencé. Le supplice n'est que de courte durée. Le rouge est mis sans crier gare. Tout se fige dans le silence. L'espace d'un instant, je me surprends à espérer qu'à l'ouverture du micro, le studio vole en éclats..


Par contre, en m'installant devant l'écran, j'avais envie de parler de la lecture, perçant la ouate de cette journée, d'un petit livré édité par le Monde diplomatique (éditions Les Liens qui libèrent http://www.editionslesliensquiliberent.fr/f/index.php) avec une préface de Serge Halimi introduisant ces textes qui montrent avec quel cynisme tranquille et quels raisonnements absurdes les propriétaires fonciers irlandais, les économistes de l'école de Chicago ou de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) justifient l'ignorance, ou pire, du sort fait aux pauvres
Riches, instruits, intelligents (le plus souvent...), c'est en effet en connaissance de cause qu'il défendent une philosophie sociale conçue à leur avantage et qui, sans qu'on la caricature trop, se résume presque toujours ainsi : les riches seraient plus entreprenants s'ils payaient moins d'impôts, les pauvres seraient plus travailleurs s'ils recevaient moins de subsides.
Et je me promets, sachant que ce ne sera pas le cas, de brider la logorrhée qu'entraîne la lenteur de mon esprit... bon après cette phrase propitiatoire, je continue en tentant de me freiner.
Livret qui reprend d'abord un article, paru en novembre 1985 dans Harper's Magazine, repris en octobre 2005 dans le Monde diplomatique, de Galbraith L'Art d'ignorer les pauvres (le titre est retenu pour chapeauter l'ensemble) qui fait la généalogie de ceux qui ont installée l'idée qu'il ne fallait pas avoir mauvaise conscience devant la pauvreté... depuis la récompense dans un monde futur promise par la Bible, en passant par l'utilitarisme (si on crée de la richesse, cela justifie le sort de ceux laissés à l'écart), par Ricardo et Malthus (ils sont responsables parce qu'ils font trop d'enfants), le darwinisme social
L'un des plus notables porte-parole américains du darwirnisme social fut John D. Rockefeller, le premier de la dynastie, qui déclara dans un discours célèbre : "La variété de rose "American Beauty" ne peut être produite dans la splendeur et le parfum qui enthousiasment celui qui la contemple qu'en sacrifiant les premiers bourgeons poussant autour d'elle. Il en va de même dans la vie économique. Ce n'est là que l'application d'une loi de la nature et d'une loi de Dieu."
et puis, pour être moins cruel, par Coolidge et Hoover : l'aide publique aux pauvres entrave l'économie...
et qui énumère les quatre façons actuelles de ne pas se sentir concernés.

Suivi par un article de Laurent Cordonnier, rebondissant à la suite de Galbraith, dans le Monde diplomatique de décembre 2006 : Économistes en guerre contre les chômeurs" qui détaille l'application qui est faite de cette justification du mauvais sort fait aux pauvres et plus précisément aux chômeurs, en mettant en avant paresse, risque de plaisir dans l'assistanat (cet horrible mot qui ne s'applique qu'à eux, et aux aides diverses, jamais aux mesures de" "soutien" à l'économie), en reprenant un florilège de citations de l'OCDE et de leurs traductions dans les journaux économiques d'où elles ruissellent dans les médias de grande diffusion, les premières se caractérisant par la franchise qui disparaît ensuite progressivement - une lecture qui devrait faire l'objet d'une plus grande publicité pour que se dissipent les raisonnements qui nous sont doctement assénés pour affaiblir l'école, la protection sociale en général etc... et ne surtout jamais envisager de revenir sur les baisses d'impôt, mais, à la rigueur, de recourir aux taxes... et pour que nous ne perdions pas de temps en luttes sur des détails, en petites victoires qui sont toujours des reculades vers ce qui a été décidé à Lisbonne et dans autres réunions.
J'avais coché bon nombre de citations édifiantes diverses, comme celle du rapport Camdessus commandé par Nicolas Sarkozy en 2004, préconisant que les collectivités locales cessent ou diminuent les aides et gratuités aux chômeurs et Rmistes, ces trappes à inactivité...ce sur quoi insiste, à propos des transports, un article dans les Echos, daté du 17 janvier 2002, de Michel Dollé du Centre d'Etude des revenus et de la cohésion sociale (CERC)... je les saute

je garde, sur la nécessité de réduire la durée des indemnisations et leurs montants, ce passage de la Ligne directrice 19, décision du Conseil (de l'Europe) du 12 juillet 2005 selon le Journal officiel de l'Union Européenne

adapter en permanence les incitations et les effets dissuasifs découlant des systèmes de prélèvements et de prestations, y compris la gestion et la conditionnalité des prestations et la réduction sensible des taux d'imposition marginaux effectifs élevés, notamment pour les personnes à faible revenu, tout en garantissant des niveaux de protection sociale appropriés. (et pense Brigetoun en interdisant formellement par le traité toute harmonisation sociale et fiscale entre les pays pour ne pas gêner la libre concurrence, ce qui aura l'effet souhaitable de réduire ces avantages excessifs)
et surtout ces deux passages des recommandations de l'OCDE (comme le dit Laurent Cordonnier, les travaux de l'OCDE coûtent très chers aux contribuables, mais ils sont francs)
En rendant les chômeurs moins empressés à chercher un emploi et à accepter ce qui se présente, l'indemnisation peut allonger la durée du chômage ou même amener certains allocataires à se retirer purement et simplement de la vie active (le délice de l'oisiveté titre Cordonnier)
et, ce que devraient savoir ceux qui se laissent aller à croire qu'ils sont différents de ces assistés :
Pour éviter les confits avec les principaux groupes d'intérêt, les gouvernements peuvent, dans un premier temps, introduire des réformes à la marge du "noyau dur" du marché du travail, sans véritablement toucher aux structures institutionnelles dont bénéficient les travailleurs en place. Cela tend à renforcer la dualité du marché du travail, ce qui peut ensuite permettre de gagner progressivement le soutien de l'opinion publique à des réformes plus fondamentales des institutions et politiques du marché du travail.
...
Les réformes structurelles, qui commencent par générer des coûts avant de produire des avantages, peuvent se heurter à une opposition politique moindre si le poids du changement politique est supporté dans un premier temps par les chômeurs. En effet, ces derniers sont moins susceptibles que les employeurs ou les salariés en place de constituer une majorité politique capable de bloquer la réforme, dans la mesure où ils sont moins nombreux et souvent moins organisés.
(et l'on pourra ensuite remettre en cause ces pesanteurs que sont les CDI, les retraites, les services publics)
PARDON demandé à ceux qui m'ont suivie...
Je précise qu'il flotte sur ces deux articles une salubre touche d'ironie, dans la lignée du dernier texte repris, célèbre et point si dépassé que cela, Du bon usage du cannibalisme de Jonathan Swift et de son humour coléreux (un passage repris sur http://brigetoun.wordpress.com si le coeur vous en dit)

9 commentaires:

Pierre R Chantelois a dit…

Lectures sérieuses et profondes sur le mal du siècle : la pauvreté. Notamment.

Dominique Hasselmann a dit…

On ignore trop qu'Alain Veinstein écrit depuis longtemps (ce qui lui permet de mieux comprendre ceux ou celles qui écrivent).

J'ai encore sa "Partition" - dédiée à Laure - parue en Folio.

Serge Halimi est un grand donneur de leçons : dommage qu'il ne soit pas entré au gouvernement puisqu'il a trouvé, récemment, toutes les solutions à "la crise".

cjeanney a dit…

bonjour Brigitte, le lien vers Du bon usage du cannibalisme de Jonathan Swift ne marche pas, il manque le e de wordpress je crois (mais je suis quand même allée lire en passant par des chemins détournées :-)) (une idée excellente au fait, et tellement économique :-))

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Y a-t-il des reclus à l'Élysée ?

o_O

brigitte celerier a dit…

Merci Christine j'ai corrigé.
Désolée Dominique, je ne suivrais pas Serge Halimi les yeux fermés (personne d'ailleurs) mais là, sur ce thème, oui... et j'ai tendance à y penser faute de corriger les choses (minable suis)

arlettart a dit…

A,relire ...trop sérieux pour ce matin frivole
Merci , te lis chaque jour sur wordpress

Danielle Carlès a dit…

Grandement d'accord avec vous, Brigitte. Il y a à faire, mais il y a aussi (d'abord ?) une grande et urgente nécessité d'y réfléchir sainement.

gilda a dit…

Si c'est d'occasion et parce qu'introuvable ailleurs, acheter un livre sur Am_zon n'est pas méprisable, je ne crois pas.

Merci pour la découverte de cet essai.

brigitte celerier a dit…

oui Gilda ma honte était très légère (et j'avoue que procède souvent ainsi - des occasions en très bon état)