vendredi, octobre 18, 2013

Jeudi ce furent musiques


La petite vieille, avec ses yeux battus, ses rides et tendons, son grand frond étroit, tentant de faire de Paumée un reposoir pour la, les musiques écoutées ce jeudi (avec une réussite toute, toute relative)

déjeuner tôt et partir vers l'opéra, en me frayant un passage à travers le garage de moto,



pour la finale du Concours international de violon Ginette Neveu, avec au programme le concerto pour violon n°2 en sol mineur de Prokofiev


de 1935 (commande de Robert Soentens et de l'orchestre symphonique de Madrid)
allegro moderato (début en pur lyrisme) - andante – allegro ben marcato
mais dans une version réduite pour violon et piano – un jury international, un tout petit public qui se plaçait où il voulait (j'ai déménagé du troisième rang du parterre pour un strapontin haut sur le côté du balcon au dessus du piano), quatre concurrents et trois pianistes.
Le premier, le seul garçon, était un jeune chinois Jian Chen, grand et mince, très jeune visage pointu en v adouci et grandes lunettes, un peu en lutte avec le jeu assez brutal du piano dans le premier mouvement, une belle technique mais pas que.. visage concentré et corps dansant – j'ai aimé ce qui sortait de cette lutte pour le premier mouvement, la façon dont les passages vituoses étaient accomplis en rondeur, sa sensibilité dans les changements de tempo et dans l'adagio cette sensation que la ligne étirée était nourrie comme si un jeu sous-jacent venait l'enrichir (il avait dû très longuement se raccorder auparavant, visage de chat penché sur les miaulements du violon) – et j'ai beaucoup aimé l'allegro ben marcato, son aisance, son brio qui restait musical (sans doute le meilleur dans ce mouvement).
Venait ensuite une grande et fine russe, très jeune, longs et sages cheveux blonds, longue robe imprimée et pailletée mauve, Elizaveta Tyun, accompagnée par la même pianiste, mais en parfait accord dans le premier mouvement qu'elle a attaqué avec fermeté. Un jeu qui avait du charme, une jolie sonorité, mais peu à peu, des insuffisances dans les moments virtuoses et le sentiment que ce charme était d'une superficialité parfaite.
Une française, sans doute un peu plus agée, Sarah Decamps, courte robe à bustier drapé bleu pétrole, visage fin et chignon brun, accompagnée par une jeune pianiste asiatique – une très belle attaque, une jolie façon de lier les phrases et tempi du premier mouvement, une aisance attentive, j'oscillais entre Jian Chen et elle, avec tout de même, surtout dans l'allegro final une préférence pour le premier.
Et puis, accompagnée par un pianiste (le jeu le plus discret), une autre française, Hildegarde Fesneau, grande, épaules rondes dans un débardeur noir sur un pantalon noir, visage un peu lourd, petite bouche, queue de cheval châtain clair – pas une sympathie immédiate et puis, peu à peu, et de plus en plus, l'évidence de son jeu, de sa supériorité.

Nous pouvions voter, sans influence sur le classement, pour le plaisir, et j'ai hésité un moment entre son urne et celle du chinois, ai fini par déposer mon billet dans la sienne, et tant pis, je ne saurai pas le résultat - comme je baillais un tantinet, comme je voulais me changer, mettre ces quelques notes au net (j'ai beaucoup réduit, surtout pour les deux dernières), m'en suis allée sans attendre la fin de la délibération du jury.
Je n'avais jamais assisté à une finale et j'ai beaucoup aimé l'ambiance.

Rentrer dans un joli petit vent anti-cigare et remue papier, boire une grande tasse de thé, petite bagarre machine, et cuisson patate, mettre une robe

et repartir 

pour être à 19 heures au Chêne noir pour voir, écouter Ferré, Ferrat, Farré par Jean-Paul Farré, bien entendu, accompagné de Florence Hennequin (violoncelle), Benoît Urbain (piano) et Clément Lopez (création sonore)

comme toujours avec Farré des petits moments d'agacement léger devant cabotinage - des gags gentiment foireux - sympathie parce que ce n'en est pas, ou conscient et ironique, avec le plaisir de sa voix ferme, qui n'imite pas, mais détaille les mots, le plaisir de retrouver ces chansons, d'en découvrir deux ou trois et les siennes, gentiment loufoques et non dénuées de sens, adhésion fréquente, sourires, admiration, et jeunesse retrouvée.
Au programme
Les comiques se recyclent Farré
L'heure d'été Farré (un fragment – repris en entier, à la fin comme un bis)
On ne voit pas passer le temps * Ferrat
Tu verras tu seras bien Ferrat (tremble la vieille)
Horizontalement Roland Valade/Jean Ferrat
Ça t'va * Léo Ferré
Regarde toi Paname Pierre Frachet/Jean Ferrat
Paris c'est une idée Léo Ferré
Paris et son guide * Farré
Monsieur tout blanc * Léo Ferré
Madame la misère * Léo Ferré
Je ne suis qu'un cri Guy Thomas/Jean Ferrat
Les anarchistes ** Léo Ferré
Le temps du plastique * Léo Ferré
Nuit et brouillard * Ferrat
Si tu t'en vas Léo Ferré
Mon piano * Léo Ferré
Un train pas comme les autres * Farré
Les poètes * Léo Ferré
L'âge d'or ** Léo Ferré
Un beau moment d'entre-nous, un très grand entre-nous.

Retour dans la nuit, tôt tombée, 

avec une petite pause pour entrapercevoir, sans entrer, une partie des oeuvres d'Aurore Pélisson, exposées dans le cadre du Parcours de l'art, au Théâtre Golovine.

Et suis revenue vers l'antre, ces mots, leur mise en place et une petite recherche de chansons de Ferré et Ferrat sur YouTube.

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Quelle journée !
Enfin, voilà des élections musicales...

brigitte celerier a dit…

plus difficiles à trancher - l'illusion de savoir n'existe pas (on est plus sage là)

Danielle Carlès a dit…

Ça fait une belle et bonne journée, tout ça, et ton sourire le dit, je crois.

Françoise Dumon a dit…

Une journée bien remplie en effet. Pas encore vu les œuvres d'Aurore Pelisson à Golovine.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Oubliés Jules Ferry et Louis Féraud.
(Pour les férus.)
:D)

Chri a dit…

Farré et sa folie gentiment furieuse... Je l'ai vu descendre un piano demi queue d'une 2cv commerciale après être arrivé sur scène en roulant... (Mac de Créteil...)

DUSZKA a dit…

Le beau sourire de la petite vieille éclaire tout ce qui suit. MERCI!

Gérard Méry a dit…

Jean Paul Farré, le moins connu des trois et pourtant quel talent depuis fort longtemps.