samedi, octobre 19, 2013

Écouter ce que Genet dit de Giacometti


Une journée sur laquelle je porterai un regard assez neutre pour l'effacer... et un départ, dans le début de nuit (en flânant dans la relative douceur de l'air, en cueillant un peu de la grâce, un peu de la décrépitude de la ville)

vers le jardin de Sainte Claire, le théâtre des Halles

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(et les boites de Timàr, fondateur et directeur dudit théâtre) pour la lecture, par Alain Timàr et Jean-Yves Picq de L'Atelier d'Alberto Giacometti.

Photo provenant du site du Théâtre des Halles http://www.theatredeshalles.com
Cette photo en fond de plateau, une assez belle assistance, tant de têtes vivantes, intéressantes, inconnues de moi, d'humeur civile, et, entrant par la droite le crâne et le visage imberbe de Timàr, par la gauche la chevelure et la belle et sage barbe blanche de Jean-Yves Picq. Une courte introduction par une des jeunes femmes du Parcours de l'art auquel est offert cette lecture, et les deux voix, un peu haut perchée de Timàr, baryton grave de Picq alternant.
Une attention heureuse et tendue.
Pour garder une trace, ici, pour moi, de ce texte, puisque je n'ai pas – et là maintenant je le regrette intensément – le livre, suis partie en quête et j'ai prélevé deux citations sur http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/LAtelier-dAlberto-Giacometti/ensavoirplus/ pour leur beauté
C’est l’œuvre de Giacometti qui me rend notre univers encore plus insupportable, tant il semble que cet artiste ait su écarter ce qui gênait son regard pour découvrir ce qui restera de l’homme quand les faux-semblants seront enlevés. Mais à Giacometti aussi peut-être fallait-il cette inhumaine condition qui nous est imposée, pour que sa nostalgie en devienne si grande qu’elle lui donnerait la force de réussir dans sa recherche...... Et quand il a réussi à défaire l’objet ou l’être choisi, de ses faux-semblants utilitaires, l’image qu’il nous en donne est magnifique.
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Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde. Il y a donc loin de cet art à ce qu’on nomme le misérabilisme. L’art de Giacometti me semble vouloir découvrir cette blessure secrète de tout être et même de toute chose, afin qu’elle les illumine.
Et cela continue, Giacometti, les rencontres pour le portrait, la nature de l'oeuvre d'art, le regard sur les oeuvres, le regard du créateur, la beauté de la solitude de l'oeuvre, la beauté de la solitude des objets (une belle image de Giacometti, la serviette posée sur une chaise, si seule, si évidente, qu'il semble qu'elle devrait rester telle, immobile, si la chaise était enlevée).. la laideur et l'amour...les matières, plâtre et bronze (tout ceci incitant à des développements qui me semblaient passionnants).. la main posée sur le plâtre qui en devient vivante..la grâce de la patte courbée du chien en plâtre de Giacometti, son corps de plâtre effiloché et métal, son avancée nez au sol, son évidence solitaire, et ce qu'il est : Giacometti (d'après ce dernier), des anecdotes, des théories légèrement évoquées etc...
brouhaha aimable, séparation lente du public,


Brigetoun sur le chemin du retour, en grande envie d'un cigare

et la tour de l'horloge toute bleue dans la nuit, se cachant derrière un reste de feuillage mais annonçant l'antre, le cigare, la lecture, le dîner, le sommeil.

12 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Comme si la lune bleue s'était posée au sommet de la tour.

Genet, Giacometti... : vous recommencez un alphabet ?

brigitte celerier a dit…

tiens merci - une idée - et puis finalement non je ne pense pas

mémoire du silence a dit…

Grand merci pour cette belle lecture matinale... des mots qui touchent la Vérité...
merci

brigitte celerier a dit…

et de superbes fautes d'orthographe que je viens seulement de traquer (en espérant ne pas en avoir oublié)

Anonyme a dit…


Timar toujours oui...Merci.
Et elle est où, la boutique Lola?

Anne a dit…

Mon livre préféré au monde, figurez-vous :) Merci pour ce compte-rendu, Brigitte

brigitte celerier a dit…

rue Joseph Vernet

jeandler a dit…

Faire abstraction de tout ce qui gêne le regard. Une belle philosophie mais on a du travail sur la planche ! Et que restera-t-il de ce monde à la fin du rouleau ?

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Que je n'aime pas ce goudron noir...

Deux sculptures de façades que j'aime bien : l'aigle à la tête voilée et la vierge qui montre ses cuisses et les fesses de son fils.

Françoise Dumon a dit…

Merci de rendre compte de cette lecture, l'atelier de Giacometti était sans doute l'un des plus marquants, je n'en n'ai vu que les portions de murs exposées il y a déjà longtemps.

brigitte celerier a dit…

Pierre, l'essence - ceci dit prend sacs et l'en vais faire courses pour enrober

Gérard Méry a dit…

Giacometti..l'unique !