dimanche, octobre 27, 2013

Jour dans l'antre ou à proximité – Verdi dans la nuit


Migraine toujours rodante, oeil qui bat, mais la douceur retrouvée de notre automne

,
je me suis trouvé quelques petites courses à faire dans mon petit coin d'Avignon, sous la tendresse du ciel.

Essayé de lire, de donner suite à de petits projets, malgré cette sacrée tête...

avant de partir, à l'amorce de la nuit, dans les rues d'Avignon

vers Saint Didier pour un concert donné au profit d'Amnesty International, et pour fêter le bicentenaire de la naissance de Verdi, avec Ludivine Gombert, soprano, une habituée d'Avignon, les choeurs de l'opéra dirigés par Aurore Marchand, Luc Antonini à l'orgue et Fabrice Durand violon alto – longer la file des sans billets

s'installer au deuxième rang, un peu serrée – curieusement l'assistance tournait le dos au choeur et à l'autel, regardait vers un podium momentanément vide, un peu en avant de l'aplomb de la tribune de l'orgue, et les chaises dédiées aux choristes contre le mur du fond.

Attendre, et juste avant que le concert ne commence, quand plus personne n'entrait, m'installer sur une des chaises volantes installées dans la première chapelle, devant le Portement de croix de Francesco Laurana 

Le concert commençait par d'assez longs extraits des versets per il gloria de Petrali, musicien dont j'avoue que j'ignorais l'existence et qui est qualifié de figure centrale de l'orge italien du 19ème siècle (1830-1889) – des mouvements assez variés de tons, de l'orage contenu à la fraîche danse

et puis Verdi, avec
le prélude de la Traviata dans une version pour orgue à quatre mains (dont Luc Antonini s'est fort bien tiré avec ses deux mains, puisque Lucienne Antonini qui était annoncée était souffrante) avec cette façon de brasser toutes les émotions
et l'arrivée, robe à volants de tulle gris et étole en voile de laine noire, de Ludivine Gambert, voix ronde, pleine, presque de mezzo mais capable d'aigus non vrillants pour deux belles exécutions d'Ave Maria
l'assez long, complexe, beau Ave Maria volgarizzato da Dante, composé, sur des vers tirés du Paradis de Dante, à l'origine pour soprano et orchestre à cordes
et le bref, beau, simple dans sa montée, Ave Maria ajouté au quatrième acte d'Otello par Verdi pour se faire pardonner le Credo sacrilège de Iago.

retour à l'orgue seul pour une version de l'intermezzo de Manon Lescaut de Puccini – bonne interprétation, musique certainement pleine de qualités, qui me laisse de marbre et légèrement baillante
Verdi de nouveau, avec les quattro pezzi sacri, de la fin de la vie de Verdi, qu'il préférait dans sa version pour solistes et orgue, chantés ici, comme souvent, semble-t-il, par un choeur.
Et ma fois, à part un petit défaut d'acoustique, qui rendait un peu métallique les forti, la beauté, le travail de cette masse sonore semble donner tort au compositeur.
L'Ave Maria qu'on l'a persuadé d'ajouter à ce qui était tre pezzi... ce qu'il ne voulait pas, le considérant comme un tour de force un peu gratuit, composé pour répondre à un défi : écrire une pièce avec l'échelle de sons do, ré bémol, mi, fa dièse, sol dièse, la dièse, si, do, avec un la naturel dans la gamme descendante. Contrainte dont il a tiré un morceau superbe, avec les gammes énoncées par les différentes voix, enrichies d'un contrepoint, de légères variations...
Le stabat mater, qu'il a voulu chanté, en introduction, par des voix douloureuses, sourdes, ventriloques, exprimant les pleurs – qui reste dans ce registre avec des syncopes, des demi-tons, des silences. Alternance de murmures et de cris. Très beau.
L'harmonie complexe, légère des Laudi alla Virgine Maria empruntées au dernier chant du Paradis
et le Te Deum, superbe, forcément superbe, et qui l'est en effet passablement, torrentiel, varié, recueilli, solennel, avec de vigoureuses invocations...

et pour finir la jolie découverte par moi du très court Requiem à la mémoire de Verdi, de Puccini, si bref que c'est presque comme une pilule condensant des éléments, avec des interventions d'une harmonie douce et soigneusement presque banale du violon alto entre les quelques versets chantés très simplement. Sobriété recueillie.

Saluts

et petit moment de pagaille joyeuse, remerciements, embrassades, puisque, inévitablement, du fait de la disposition des lieux, musiciens et public sortaient ensemble.

Et retour de Brigetoun par petite rue à l'écart de la vie nocturne du samedi soir, dans la douceur qui permettait encore les soupers aux terrasses de la plage de l'Horloge.

8 commentaires:

Francis Royo a dit…

Jolie et talentueuse Ludivine Gombert. Pas encore trente ans je crois et une belle carrière qui se dessine. Merci pour le concert.

arlettart a dit…

Verdi enchante...et le regard balayant les tableaux , un plus que tu nous réserves en privé
Grand Merci

Dominque Hasselmann a dit…

Cent ans après et la musique reverdit (belle santé pour aller à tous ces concerts !).

DUSZKA a dit…

Merveilleuse promenade dans une douceur de l'esprit - quelle belle prestation ! - et la douceur aussi semble-t-il d'un climat à vous miséricordieux, les gens du Sud : ici c'est la tempête y compris dans les esprits.

brigitte celerier a dit…

question tempête dans les esprits nous sommes assez bien servis aussi

joye a dit…

de jolies tofs, brige, merci beaucoup

Gérard Méry a dit…

Une journée sans histoire dans la douceur de l'automne qui verdit.

Pierre R Chantelois a dit…

Lentissimo. Et allegretto. Il me semble que c'est par ces deux mouvements que je qualifierais votre belle chronique d'aujourd'hui.