vendredi, décembre 06, 2013

Coupons clair (vases communicants de décembre 2013 avec Anne-Charlotte Chéron)


Coupons clair.
À zéro.
Biffer le quotidien.
Faire place aux éclaircies naissantes. Revoir son système.
Libérer une route nouvelle. Museler les préjugés. S’échapper par la tangente. Simplement. Partir.
Renverser l’existence, environ 360 degrés, nombre qui plaît au changement, tout au moins aux conventions. 

Arranger l’espace et prendre le temps de faire le point.
Tout compte fait, sortir du rang.  

À l’horizon, c’est une clairière ajourée. On y a taillé les plus épaisses difficultés. Couper en long, large et travers routine ou habitudes.
Faute d’assise et de tronc sur lequel s’appuyer, il faut apprendre à tenir debout, seul, dans la clarté du jour nouveau.
Épouvante de la beauté nitescente. Et pourtant c’est paraît-il un miracle d’être vivant, mais que faire et croire de l’existence ? 

Cette année-là, nous avions tout coupé, enfin moi surtout. Classer. Au placard. Le reste pour plus tard, ce qui signifiait alors jamais. Pas de perspective, si ce n’est la montagne et l’observation de ce qui m’était ailleurs et tout m’était ailleurs.

Avant cela, ne rien voir dans le confort des buissons. Avec Belin, encore et encore, pour un oui ou pour un non : À qui les mains - Dans ce buisson d’imbéciles - À qui sont les mains - Dans ce buisson d’imbéciles - Pourquoi se battent-ils - Au bord d'un chemin - Dans le couchant - Dans le couchant - Les ombres s'allongent - Dans le couchant - Dans le couchant - L'ombre de la rixe - Aussi.

Ne se sentir nulle part chez soi. Voyager à nouveau.
Il faut couper des quantités innombrables de bois pour s’estimer enfin à domicile.
Brûler. Scier. Trifouiller l’écorce. Abattre. Éclaircir la surface. Débarder. Faire place neuve. Préparer le terrain.

Couper clair. À blanc. Nettement. Distinguer. Aller à l’essentiel. Ne plus voir des fantômes dans les vêtements suspendus le long du mur.
Faire feu de tout bois. Embraser l’âme. Dessécher la peau. Se révolter parfois. Du changement, bon sang. Coupons clair.

Photo Michael Kenna, Torch Bearer, Prague, Czechoslovakia. Négatif, 1990 / Impression, 1993
Texte : Anne-Charlotte Chéron

qui m'a fait le plaisir de me proposer cet échange, qui a prêté à Paumée la force de ce texte, pendant que chez elle, sur En marge (s) http://accheron-enmarges.blogspot.fr/, je tente de croire en une petite utopie
Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. Beau programme qui a démarré un 3 juillet entre les deux sites, ainsi qu’entre Liminaire de Pierre Ménard et Fenêtres / open space d’Anne Savelli.
Si vous êtes tentés par l’aventure, faites le savoir sur le groupe dédié sur Facebook https://www.facebook.com/groups/104893605886 , sur le blog http://rendezvousdesvases.blogspot.fr, ou sur twitter..
Et les lectures de ce mois sont à poursuivre à partir de http://rendezvousdesvases.blogspot.fr/2013/11/liste-des-vases-communicants-en.html ou de la liste ci-dessous, comme vous en déciderez.

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La coupe est claire ou sombre : la forêt demande parfois.

arlettart a dit…

Chaque mot est un élan vital de survie Bravo

jeandler a dit…

Les lauriers coupés, nous retournerons au bois qui refleurira.

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS a dit…

Toute possession nous alourdit et la sagesse nous demander d'élaguer, de prendre la route, chaque jour. Le prix de la liberté.

Roger

ACC a dit…

Grand merci Brigitte pour ce nouveau souffle au coeur de l'hiver !

Dominique : La coupe totale est souvent jugée à tord "sombre". Quelle soit partielle et sombre ou claire, elle n'en reste pas moins, parfois nécessaire, oui.

Arlettart : Merci pour mot. C'est un élan, tout au moins un sursaut ou une tentative.

Jeandler : Le bois est joliment fleuri par Brigitte à domicile > http://accheron-enmarges.blogspot.fr/2013/12/texte-de-brigitte-celerier-coupes.html

Roger : Je ne saurais qu'approuver !

Merci à tous les quatre pour lecture et mots !