samedi, décembre 07, 2013

le vendredi des vases communicants


Se réveiller, entendre vent, s'asseoir devant écran comme devant malle au trésor, écarter avec plus ou moins de regret tout ce qui se situe hors des échanges de «vases» de ce vendredi matin, faire tout de même des exceptions parce qu'amis habituels, parce que titre.. et se sentir en faute, passer en dédaignant et se sentir en faute
entre impatience-peur-de-ne-pas-saisir et gaieté de la découverte -
voir que lumière filtre, se lever, faire café, ouvrir volet, voir la nuit s'ouvrir vers du bleu doux quand je me dégourdis les jambes
continuer journée, à l'écoute plus ou moins attentive des émissions au sujet de Mandela (et arriver à découvrir des époques, facettes), et entre nécessités quotidiennes, petites escapades et vases communicants, avec l'impression souvent d'être dépassée, tenter ce qui suit :

sauvagerie
littérature sauvage ?
Elle fait de la littérature sauvage, une affirmation... et puis les interrogations, qu'est-ce que la littérature sauvage ? Et se suivent les propositions, ironiques, sérieuses, qui avec sourire questionnent vraiment, dessinent comme un programme
La littérature sauvage comme un questionnement du langage, des mots, des textes, comme un jeu fait sérieusement sans se prendre au sérieux ? L’écriture, sans autre prétention que le mot littérature, sans autre intention que l’adjectif sauvage. Une littérature libre.
et
il faut être sauvage
cette injonction, devenue mantra, qu'elle cherche à mettre en pratique, à laquelle elle cherche à se conformer, un texte qui file en courts paragraphes
"Il faut être sauvage".
Cette phrase c’était un signe du destin. Elle allait enfin se réveiller. Cesser de subir une vie qui ne lui convenait plus. Elle cultiverait désormais ses instincts, elle oserait ce qu’elle n’avait jamais osé. Elle se libérait de dizaines d’années d’inhibition.

Échange de photos pour des textes avec le même incipit, provenant d'un texte de Marc Solal

je me souviens encore de ce petit matin
petit matin où moi mouette je me suis fait rappeler à l'ordre par mes congénères – et je croyais que c'était parce que j'oubliais d'aller payer le loyer de notre rocher, mais de notre petit dialogue, sous titré donc par le monologue intérieur caractérisant les oiseaux interlocuteurs, il ressort que
  • Non, tu dois envoyer ton texte
  • Quel texte….
  • Celui du premier vendredi du mois
  • Mais tu me dis que nous sommes jeudi….
  • Il est temps… comme d'habitude tu vas être en retard.
  • Non… je suis à l’heure…
    Trop tard… il est 0.05… du premier vendredi du mois
et
évidemment l'objet est beau
malicieux, primesautier, partir de la barrière, des seaux, en arriver à Trenet
Destin bancal, suivre le fil à cloche-pied, du bois d’ipé au carrelage de l’arrière-cour, il faut franchir le portail peint. Évidemment l’objet est beau mais c’est quand même une barrière...

sans se lasser, de Wonder-woman et de son lasso
reprend inlassablement son personnage fétiche qui cette fois, soucieuse de nuire à ses ennemis, ne veut pas le faire avec une brutalité masculine, et s'ensuit une revue des armes, de leur côté plus ou moins féminin, de leurs inconvénients (de fort jolie façon), jusqu'à tomber sur un lasso – séduite, décrire l'arme-outil, envisager le mode opératoire
Le serpent de corde va filer sur ma paume tendue, il fendra l'air comme un jeune aigle, dans un claquement net il s'étirera de ses quinze mètres pour fondre sur ma proie,l'entourer d'un cercle parfait. Force gravitationnelle de l'encerclement. C'est le moment que je préfère, l'ennemi déjà capturé mais pas encore serré. Coup fort. Je tire
et en prime trois vidéos
et
mon hiver
un texte-poème, je, une femme blanche d'Amérique du nord, prend sa voiture, avec un livre de Zora Neale Hurston à la main …. et les détails sur elle, ce qui l'entoure, l'hiver, les arbres.. arrivent en courtes phrases, groupes de mots, jusqu'à la remise du livre à une jeune bibliothécaire noire – des mots simples qui entraînent nos yeux descendant le long du texte
Je cherche mes clés.
Le chat me regarde de ses yeux bleu bienveillant.
Je cherche.
Le petit coffre de l’entrée, le plan de travail de la cuisine, la boîte à gants de la voiture…
La porte claque. Le vent.
Le fond du zinc me regarde, gris bienveillant.
Les branches des arbres dansent dans l’air humide.

dualité
Hugo a dit
ce qu'a dit Hugo, ce qu'a dit Jean d'Ormesson.. et Moa qui s'en ira certainement un jour, sans l'avoir dit. Moa qui subit pour le moment, pleure, laisse ses larmes sécher, se redresse avec les mots, une «symphonie ambulante», l'«on moyen», Moa qui a pour nous tout de même ceci de particulier qu'elle se meut, pleure etc.. en 2114, ou à peu près, et qui est l'héroïne d'une histoire, dans son monde, techniquement assez différent du nôtre, avec son corps tout de même assez différent des nôtres, et des sentiments, et oeuvre sur des textes, des traductions de langues qui se meurent
Moa, c'est ça. Un On comme un autre, tantôt larme silencieuse, tantôt sourire farfelu, qui se fait tour à tour la pluie ou le soleil.
Un unique aussi, l’On lettré distille inlassablement ses signes, en ondée fine ou tempête de grêle labourant d’une main de fée ou de son soc de fer les sillons trop compactés du On.
Illustré par une technique mixte de Guy Garnier
et
face à face clandestin
la peur de ce regard qui vient le soir dans le miroir, ce regard de l'autre, qui rappelle le père, les coups... de ces mains aussi qui lissent la moustache, passent un peigne, et dont la droite semble souillée d'une tache de sang séché (schéma du texte infiniment plus prenant, inquiétant)
C’était Elodie. Elodie, ma compagne depuis maintenant un an. On s’est un peu engueulés parce qu’elle en avait marre de ne jamais me voir et m’a dit vouloir passer dans la soirée. J’ai essayé de l’en dissuader, et elle a fini par raccrocher. Après, je suis passé dans la salle de bain pour me mouiller le visage et puis… plus rien. Est-elle passée, hier soir ? A-t-elle rencontré, l’autre,...
et cela continue, et puis, à la fin, l'autre voix.

échanger textes sur images de l'autre
à partir d'une photo de François Bonneau, la description qui n'a presque pas besoin de dériver à partir de ce qui est là, car l'image est suffisamment étrange si on la regarde simplement, bien, comme il le fait, avec ces mots
et cela donne une vie entravée,
Un homme est assis sur une rambarde vigile. Gardien par défaut d’un arbre d’un vert adolescent. Il est assis dans l’inconfort de sa posture qui à tout instant pourrait le faire tomber. Mais de cette chute, il se moque certainement. Puisqu’il est engoncé dans plusieurs mètres de feuilles de cellophane.
et
sur trois encres d'Armel Zerli, un très court texte en tension
Cavale sur un fil, avec le cou plié, tendu vers l’intérieur. Aérodynamique, comme un insecte aigu, cavale...

dix heures dix
le soir lire - un long et beau texte, une voix qui dit la fatigue, la vieillesse, et là, à 22 heures 10, dans la nuit, les livres, l'histoire des hobbits, un autre, dans l'ignorance des gens,
.. Les gens sont ceci, les gens sont cela. Parlent ou ne me parlent pas. Je ne connais pas les gens. Je ne connais que des taiseux. Ceux qui écrivent des livres, bavards de buvards ou accrocs de la touche enter. Mais ce n’est pas tout à fait exact… Je connais celle qui fait battre mon cœur, et une amie, et un autre ami, et aussi la serveuse du café...
et la voix qui continue en arrive à parler du café.. écoutez la et si vous êtes comme moi (ce que je n'espère pas) vous n'aurez reconnu que quelques unes des premières phrases qui viennent au fil de sa songerie.
et
Halte dans le mouvement fluide. Une boutonnière cousue au temps. Dix Heures Dix
un dialogue ou plutôt un interrogatoire, savoir pourquoi il (ou elle) protège cette heure, comme celle de son destin – et les réponses : l'importance qu'elle a eue cette heure de dix heures dix dans sa vie – bon je n'essaie pas, chaque mot de ces phrases souples est indispensable.. dit le côté inéluctable de ce qui advient
J’ai changé de pays et de fuseaux horaires, mon heure est présente et locale. Elle scande les tourbillons de la vaste comédie, elle me suit, me précède, me pointe, me borne, vieille compagne de mes instants, se fichant bien des distances, de la longueur d’une nuit, de la langueur du soleil, elle retrouve toujours son méridien.
Et en la suivant savourez, continuez, soyez surpris

escaliers
la fête sombre
sous-titrée «d'après une histoire vraie», une brève nouvelle – ce jour que l'on aurait voulu spécial, petite fête, pour ce beau garçon aux yeux émouvants, souffrant de son regard noir sur la vie, sa maladie,
Il est entré, est monté en se frayant un chemin entre les obstacles installés sur les marches. Et comme il montait, le coeur et l'âme dans les talons, les miens descendaient aussi vite.
et
spirale
courir dans l'escalier, sentir un ennemi derrière soi, dégringoler la spirale, saisir la rampe (suivez chez elle cette chute, à en perdre le souffle) et puis
Au coeur de ce dispositif, j'ai le temps de penser. Je prends du recul. Je plonge. Je reviens au début. Je rembobine. Mon existence. Peut-être qu'en tombant, je rajeunis. Peut-être qu'à la fin je redeviendrai oeuf. Spermatozoïde. Oeuf deviné dans l'oeuf qu'est la mère. Rien peut-être....
ou, oui, disparaître, devenir pure lumière.

un homme, un fleuve, une ville, la langue, un ailleurs
et Monsieur M est parti
un long texte pour dire ce qu'il advint de Monsieur M quand il parti, qu'on l'oublia peu à peu, lui qui se contentait d'une lettre (ni prénom ni pays), quand il est parti sans but, qu'il a trouvé une ville, le bitume, le fleuve... et les mots sont simples nus et puissants qui disent la route de Monsieur M, sa découverte de l'inutilité du départ, du changement de langue, de l'impossibilité d'être vraiment admis, de son étrangeté, qui disent ce constat, l'arrêt
Derrière la porte de sa chambre, chambre en déshérence devenue la sienne, monsieur M. est désormais chez lui. Il a suffi de rester seul de longues heures, de s'enfermer à clefs, d'écouter battre son pouls comme le métronome de sa conscience, seul à s'en rendre fou avec le silence de sa voix, les relents de sa boue... Il a suffi de suer sous ce drap sale où la nuit se cogne à des absents venus hanter la mémoire de son corps somnolant...
et
aval
en six strophes ou paragraphes de longueurs et formes variables, un texte-poème d'un fleuve, d'une ville, de poussières, de langue
Il n'y a qu'à céder, se dessaisir, se taire, il n'y a qu'à construire, jusqu'à être compris, jusqu'à le croire. J'archive les corps, les langues – les plaintes. Je ne leur dois rien, pas même une tombe ou la poussière. Tant que la confusion demeure, la bouillie, tant qu'au-dedans des désordres fermentent.

Bel échange entre
du repliement des morts sur la ville
après une belle introduction et sous une photo d'Arnaud Maïsetti, deux questions qui se posent à lui, un grand bâtiment où venir, se connecter, avec plus ou moins de succès selon l'emplacement qui vous est attribué, et d'autre part les souhaits d'anniversaires adressés sur Facebook à un mort (dont on ne sait qu'il l'est) – deux questions le soir d'un atelier d'écriture, et l'une et l'autre se succèdent, la réflexion se creuse, s'approfondit, et un lien se fait de l'un à l'autre, dans la rareté des paroles, les images de fantômes
peu importait le numéro que l’ordinateur t’attribuait au hasard et tu y étais, dans la petite case des morts, l’idée que oui, oui on pouvait les replier l’un sur l’autre, les deux côtés, et que tout irait mieux et pour la ville et pour tes morts et pour toi, et que peut-être même cette sensation bizarre aujourd’hui, dans ton alvéole d’insomnie, ou dans ces discussions sur les morts, que c’était déjà fait le repli, et juste : juste on ne s’en était pas aperçu.
et
le ciel continue
un texte qui commence magnifiquement C’est tant de ciels ici et de si hauts, comme d’avancer sous quelque chose de profond,et qui maintient la note, dit la fatigue du retour le soir, sous le poids de la fatigue, des mots prononcés pour dire Artaud – et il y a les visages des étudiants qui reçoivent – pour dire Rimbaud, dit, splendidement, ce qu'a été ce trimestre où leur parler du théâtre – et le ciel haut par dessus cette fatigue.. et la ville vue depuis ces mots qui l'occupent... Consciente de la futilité de mon schématisme vous incite à lire, le suivre dans ses jours passés dans cette ville (Aix je crois), cheminements, regards, cours, espace où fut une bibliothèque, couloirs ingrats
L’énigme du théâtre, c’est d’abord que c’est vide. Et qu’on y dépose un corps, deux chaises, une voix qui vient en travers et tout soudain se peuple, et le vide autour fait violence. C’est impossible le théâtre. Ce que je dirai, toutes ces séances, à ces étudiants qui le rêvent : que c’est impossible, et c’est pour cela qu’on y confie une part de sa vie, la plus précieuse peut-être.
C'est long, mais sans «longueurs», riche et beau.
Et avec lui, d'autres aussi, de ces miens cadets tellement plus impliqués, habiles, appliqués, doués que la petite vieille qui a passé tant d'années dans les vide-ordures, loyers, lois et querelles de voisinage me vient le désir que je sais impossible d'être son, leur, élève.

instants infinitésimaux
suivre Solal qui dans une rue à l'air chargé de neige pousse la porte d'un café, et les phrases rendent les sensations, dressent le cadre, porte qui résiste malgré l'écriteau «ouvert», entre enfin, sent – mais pour faire tout cela avec elle il faut lire Louise Imagine – rencontre Marie, garde l'impression d'être étrangère
Alors que Solal s'installait sur un tabouret de bar en face d'elle, Marie n'eut pas un geste de bienvenue fixant avec désapprobation chaque parcelle de son corps découvert. Un pli déformait sa bouche et un étrange soupir s'échappa de ses lèvres pincées. Sans un mot, elle se retourna, allant chercher d'une démarche saccadée un vieux thermos dans l'arrière-boutique. Et verse le café dans La tasse
et
6'39 dans l'espace de travail
des paragraphes commençant par on entre dans l'espace de travail par une porte en verre et qui se poursuivent par ceux qui sont dehors, ceux qui sont dedans, puis par ce qui se passe dehors ou dedans (l'ai lu un peu vite, je suis désolée, n'ai pu faire autrement, j'y reviendrai,) reviennent l'espagnol et des thèmes familiers chez Ana NB, la bande de lumière, les répétitions évolutives, la guerre, le vieil homme.
on entre dans l’espace de travail par une porte de verre -  l’espace est vide – l’espace est nu – douze chaises une table basse  un journal de propagande une plante à la terre desséchée-  le soleil faible se colle aux vitres – je vois la bande de lumière transformer le sol

à partir de trois photos de Philippe Marc
mais des zones d'ombre demeurent
deux paires de jambes rue des Teinturiers, venues voir le festival, le pape et les papesses du théâtre vivant, et les jambes masculines, à l'aise sur la calade mais qui l'étaient tellement plus sur le sable, sont venues pour faire plaisir aux jambes féminines, les jambes féminines, à l'aise dans l'été.. les suivre elles et leurs pensées, et puis le rencontrer
Le photographe mitraille la nuit comme il a mitraillé le jour. Il n’est allé voir aucun spectacle. Celui de la rue lui suffit. C’est la nuit maintenant et il n’est toujours pas fatigué. Il a croisé le regard d’une femme marchant à côté d’un homme mais ce sont ses jambes qu’il a prises. Ou plutôt la lumière sur les pavés. L’éternel jeu de l’ombre et de la lumière, de l’illusion et du réel. Quand il n’y aura plus de mystère, quand il sera blasé de tout ça, il verra… Ou il ne verra plus rien. L’œil de son appareil fait partie de lui comme ses jambes. (et les photos, qui sont de Philippe Marc, sont bien belles)
et
1, 2, 3 soleil
les trois moments, ceux qui sont photographiés, la vitesse entre eux, une histoire
et c'est une réussite
Que s'est-il donc passé entre les photos normales et celles prises un instant plus tard ? Est-ce la soudaine révélation que l'existence des êtres vivants est intermittente, qu'elle bat comme un cœur, et qu'un nouveau modèle d'appareil photo capterait soudain les intervalles de néant entre deux grains temporels de leur existence. Tous les êtres vivants seraient-ils alors synchronisés ? Sommes nous tous régis par une horloge commune ? Ou bien est-ce une gigantesque partie d'1-2-3-soleil, à laquelle tous les êtres vivants joueraient en même temps contre un appareil qui ne capterait que le mouvement ?



à partir d'une photo prise sur le fil twitter d'AbandonedPics
Abandonned
avancer en courts paragraphes, quelques mots, quelques lignes... avancer entre ces arches, tout le jour, entre ces arches qui créent un ring comme un anneau qui enserre le vide, comme une alliance
C’est notre bague, d’un argent de nuit et d’envers. L’alliance, là où on avait mis nos veines, nos nerfs, celle qu’on avait faite pour lutter contre le vide de notre centre. Contre, tout contre. Pour désabandonner nos souffles, nos flux, notre pouls. Nous avions posé ce garrot, sur lequel je tourne maintenant à vide noir.
avancer dans ce vide qui résonne.. et reconstruire, avec nouvelles paroles jetées autour de la solitude.
et
faux air
ce pourrait-être aux Philippines après le cyclone.. et le tableau s'élabore, en versets, tableau de désastres, de survivants
La photo aurait pu être prise par un journaliste, dépêché spécialement pour couvrir le
désastre, par une humanitaire, venue sauver ce qu’il reste à sauver, venue aider ceux
qu’il reste à aider, en se demandant par qui, par où, par quoi commencer. Elle aurait pu…
mais non ce n'est qu'un de ces lieux en ruine comme en connaissons tant (et il en sort une morale)

impressions d'enfance, regards croisés (sur des photos échangées) une réussite
enfance de l'art
sous le père et le fils du «voleur de bicyclette» de De Sica, le désarroi, d'entrée, de Françoise devant les photos reçues, la crainte de ne pas savoir dire, du sourire confiant de l'enfant, et cette crainte de trahir la suit alors que, cependant, elle regarde, elle dit la jeunesse de Giovanni, la famille, le passage du petit garçon au regard levé au garçonnet, dans la chaleur familiale, l'amour de l'art, le besoin de l'art... bon lisez plutôt cette belle introduction à ce que nous donne Giovanni – et comme ces photos de l'enfant et de la famille ont sans doute été prises par le père, ou on le suppose, cela se finit sur des photos de l'enfant devenu père et de ses enfants et quelques mots sur eux
Mais que serait ce billet sans la personne hors champ qui a pris les photos qui lui ont servi de support? Que conclure sinon que l’invisible permet le visible?… Et que, à l’inverse, le geste de l’inscription dans le monde par les chamans-artistes, en ouvrant-ouvrageant des espaces-temps qui, sinon, resteraient hors de portée, permet la révélation de ce que le réel a d’insoupçonné?… Magie de l’écriture et/ou de la peinture… n’est-ce pas, Giovanni?
et
sous une photo d'un père et d'un fils roms, comme incipit
Croisement et point de fuite, rencontre avec une de nos deux enfances
de chacune des sept photos, Giovanni fait une description, presque neutre, puis en tire une philosophie, ou devine l'enfance de Françoise, ou son attitude devant la vie, à partir d'une observation fine, attentive, de ce qui est montré, en s'adressant presque toujours à elle, qu'il croit reconnaître, elle ou ces enfants, et j'ai l'impression qu'il devine assez bien, que ce soit vrai ou non
Moi je me lancerais dans une divagation sur le thème de l’inconscience. Elle était absolument nécessaire si l’on voulait que ton portrait fût sincère et inoubliable. Donc, en raison de la beauté évidente de cette photo je conclurais que tu étais bien consciente du fait que quelqu’un essayait de t’encadrer dans une photo. Pourtant tu n’avais pas résisté dans le rôle du modèle insouciant ou indifférent, car tu étais intéressée à celui ou celle qui te pointait. Il ou elle te parlait, et tu t’oubliais de toi-même…


maux d'esprit (même thème et échange de photos)
maux d'esprit 1/2
un texte bref, dense et spirituel, qui parle d'un esprit l'âme en peine, qui eut tant de vies différentes, sans avoir trouvé dans laquelle être à l'aise, (et la solution vient à la fin)
Quel pouvait être l’endroit, grands dieux, pour être à son aise, heureux ? Philosophe, médecin, poète, femme de ménage, infirmière, actrice, oisif, photographe, grand, gros, gras, petit, longue liane, rousse, blond vénitien, marin, aventurier, coureur cycliste, femme fatale, unijambiste…
et
maux d'esprit 2/2
un ton malicieux pour l'histoire d'une rencontre aux Deux Magots d'une jolie femme énigmatique, peut-être écrivain - mais il n'était pas prudent en ces temps de l'avouer - avec qui parler de tout sauf d'écriture, avec qui voir les dernières expositions, d'une jolie femme qui disparut un jour, ne vint plus au rendez-vous, de son apparition à la télévision, d'une révélation, et d'un coup de sonnette (fable souriante et grave)
Je grimpai à l’échelle et m’enfuis par les toits.
Le panorama de Paris est toujours si beau, vu depuis une perspective plongeante, quand l’aube se lève précautionneusement sur la ville encore endormie.

un très bel échange, entre
c'est bien que tu sois venu
invite celui qui l'emmène partout (nous emmène, Piero Cohen-Hadria?) en voyage, à la suivre dans une promenade - mais ça c'est le squelette sur lequel s'enroule les phrases, la petite philosophie des parenthèses - une promenade où l'on découvre des fêlures, des fleurs - et les mots et les photos vous tiennent sous leur charme, même si c'est un charme de peu de choses, de choses tristes, mais qui effleurent, des riens, des rêves, des gens, ceux qu'on devine dans leurs maisons plus loin, ceux qu'on aime
alors des offrandes de deuil il y en a, mais pas vraiment, aussi des formes de résistance, comme les roses gelées qui se battent à leur façon de roses, les épines ne servaient à rien, alors elles se recroquevillent, figées, mais elles savent rester belles, même sans parfum, et puis on s’en fout du parfum, boum, Maryse rapplique, je ne sais pas si je t’ai dit mais Maryse est toujours dans mon jardin,
et
entre la fin quarante neuf et la fin cinquante
elle avait mis au monde trois enfants, un garçon qui fit d'elle une reine choyée par sa belle-mère et deux filles jumelles qui firent s'éloigner cette belle-mère, et Piero Cohen Hadria, ou le je du texte, continue, s'interroge sur cet accueil par sa grand-mère : filles, jumelles, l'époque.. parle de la soeur, sa tante, raconte et je ne dirai pas – il y a les chansons, la mer, la chaleur, il y a écouter ou lire ces phrases, il y a cette femme, sa mère
Son rire, oui. Ses pas de danse, aussi, oui. Parfois, la colère la prenait. Je me souviens, parfois, oui et je me dis que j’ai bien de la chance d’avoir été enfanté par cette femme qui a eu le front, à tous, de leur dire non.

carnets
à relire mes carnets
ouvrir un tiroir, les voir tous, les survivants (parce que c'est fragile, et parfois fugitif un carnet), et, en phrases simples et harmonieuses, s'interroger sur tout ce qui se trouve enclos là, une vie, des pensées
Détruisant nos carnets, ils nous étreignent, et avec nous toutes nos réminiscences, nos amertumes, nos exaltations, nos arrière-goûts. Dois-je dire « Heureusement, les autres ont résisté » ? J’hésite. La matière pèse son poids de doutes.
et
carnets de l'intime
sous une image montrant une pile, en équilibre presque instable, de cahiers de tailles et couleurs variées, un résumé, des bribes du journal qui s'y est inscrit, la vie, les lectures, les tentatives d'écriture, le passé qui trouve les mots pour se dire
ma mère qui me demande si j’ai vu mon frère et moi qui réponds non. Qui dis : je ne sais pas où il est, je ne l’ai pas vu. Je n’ai rien voulu voir. J’aurais préféré ne rien voir. J’ai tout vu. J’ai onze ans et mon frère dort d’un rêve opiacé sur mon lit. J’ai 44 ans, et je peux enfin l’écrire. Écrire mon frère, mort en 2001.


un échange à écouter
Mathilde Roux
trois notes parlées en vue d'un cri
des images de Julien Boutonnier et l'enregistrement d'un texte, inspiré des notes en vue d'un cri qui constituent son «voyage à Mazamet», rythmé, avançant en petites pousses, détaillé d'une voix tranquille
un - qu'est ce que tu ne cries pas - que tu jettes en pâture, aux fantômes du néant, à ces baudruches, à ces enflures, aux ogres minuscules, minuscules et voraces, qui peuplent ton dedans
et
une demande
écouter son texte, dit par lui et Alice, quête d'un lieu où être, où grandir, se creuser au prix de la cruauté une place... comme une confession, un appel, et la voix de femme qui réagit, relance, souligne,... et cette quête est cri, images, mots qui veulent choquer un peu.. qui aboutissent aux mots entraînant le «bien» de la femme
j'ai rêvé qu'une fois j'avais eu lieu, et avoir lieu c'était une sorte de demande, une demande d'un lieu à moi, venue du fond des tripes

vie nouvelle ou nouvelle vie
dans la nuit heureuse
Simon pense à sa vie avec Lil, qui l'initie au bonheur tranquille d'être présent au monde, de se débarrasser de ce qui l'encombrait, Lil qui dort paisiblement, qui aime ce qu'il fait, lui donne énergie (bon il y a beaucoup plus, un texte qui fait du bien, malgré les ombres)
Sur le rebord de la fenêtre, deux pigeons enfouissent leur tête dans leur plumage. La ville change d’odeurs. Là-bas, vers l’ouest, des nuages s’assemblent et s’obscurcissent. Tu sais bien que tu dois tordre la réalité pour avoir cette vision de bonheur sans ombre avec elle. Les pigeons sentent que l’orage va éclater. Peu à peu tes amis s’éloignent. Mais le bonheur, indécent ?
et
nouvelle vie
un long texte-torrent en protestation contre toutes ces «nouvelles vies» qu'on vous inflige chaque fois que nous sommes contraints à de nouveaux départs, protestation d'un qui a perdu ses illusions, qui refuse de jouer le jeu
Plus trop de place, après, pour votre bondieu de vie nouvelle ! Mais allez-y, vous gênez pas pour moi : gueulez tant que vous voudrez ! Indignez-vous ! De toute façon, je sors si peu : guère de risque qu’on se rencontre. Sur les réseaux sociaux ? J’y vais comme j’allais autrefois au bistrot : je m’installe peinard au comptoir et j’écoute ce qui se dit. J’y respire l’air du temps. Mais je prends bien soin de la boucler.

le dernier échange de ma liste, qui affronte ou amadoue les mots "coupes claires"
Anne-Charlotte Chéron, ci-dessous,
coupons clair
dépasser souffrance et difficultés
Couper clair. À blanc. Nettement. Distinguer. Aller à l’essentiel. Ne plus voir des fantômes dans les vêtements suspendus le long du mur.
Faire feu de tout bois. Embraser l’âme. Dessécher la peau. Se révolter parfois. Du changement, bon sang. Coupons clair.
petitement, se contente d'une utopie
nous coupons, nous attachons les branches, nous frayons passage, comme un tunnel, dans la masse, la forêt touffue et sombre, les asservissements, les soucis, les règles imposées que ne pouvons combattre, les taillis et les noirs conifères, cognent les haches, vibrent les scies, roulent les troncs, brûlent les feuilles, on traîne les souches, le ciel nous vient, l'azur et les nuages, la lumière descend et baigne le sol.

Et puis un échange non annoncé, peut-être volontairement, désigné comme un duo, sur l'aquarium de Saint-Saens, et tant pis si c'était par souci de discrétion, je l'ajoute
en eaux dormantes
dialogue rondement mené, les signes astrologiques, et sous les mots échangés, les pensées de celle qui est interrogée, le souvenir d'une rencontre, d'une cravate très laide, d'un CD,
Ce soir-là, il faisait chaud. Je mis en marche ma chaîne et écoutai le disque inconnu. Dès que cette musique liquide envahit la pièce, je plongeai en eaux froides et reposantes. Dès lors, je sus, signe astrologique, réponses à mes questions usées et aussi à celles que je n’avais jamais formulées. Tout redevenait simple.
la découverte que le monde de la voyance est petit semble-t-il
et
l'aquarium
acheté, installé, regardé comme d'autres regardent une télévison et
Le jour où le poisson multicolore lui fit signe de se joindre à lui, elle n’en crut pas ses yeux. Elle ? Vraiment ? En était-il bien sûr ? Avait-il remarqué sa taille ? Elle l’interrogea plusieurs fois du regard. Mais oui, c’était bien elle qu’il voulait. Il avait fait son choix et elle ne devait pas le décevoir.
En espérant qu'elles ne m'en voudront pas !

9 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La récolte et l'acharnement...

arlettart a dit…

La tête me tourne à chaque fois ...
ces bouts d'histoires que j'aimerais poursuivre
Frustration en admiration

cjeanney a dit…

Quel travail, Brigitte ! et chaque mois c'est un éblouissement, ces échanges qui partent dans toutes les directions et qui essaiment, toute cette richesse en action. Et tu arrives à la prendre en photo ici, polaroïd kaleidoscope, hop. Il n'y plus qu'à suivre les liens, vraiment c'est fort je trouve (Bravo j'ajoute, multiples bravos) (des bravis, donc :-))

jeandler a dit…

Copieux au petit déjeuner. J'en garde pour le dîner.

brigitte celerier a dit…

merci à vous et à tous les passants
en fait, chut ne pas le dire, sus un pou sur le dos des vases communicants (non c'est pas vrai, mais ça y ressemble un peu, non ?)

Marilyn a dit…

Je suis toujours admirative à la lecture de ce compte-rendu. J'en ai déjà lu une partie, mais je constate que le meilleur semble m'attendre. J'y retourne...

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Toujours impressionnée par votre générosité et votre dynamisme. C'est vous qui assurez et construisez l'unité des échanges entre blogs, on passe chez vous vous organiser sa circulation dans ce réseau finement tissé, et vous en dessinez l'indispensable cartographie.

Danielle a dit…

Il sont bien vivants, les vases !

Gérard Méry a dit…

Je me suis vite envasé