vendredi, décembre 20, 2013

Un presque jour


Réveil - réaliser que le mois de décembre va vers sa fin bousculée en décidant de la date d'un mini-voyage à Toulon – penser vases communicants – penser premières lignes jetées et les mots pour un ciel de pierre bleue – vaquer, dans la difficulté de penser lumière et voir que le ciel est d'un blanc mollement terne au dessus de la cour.
Enfiler parka, empoigner sac de linge et sortir.
L'escalier semblait s'enfoncer plus que jamais et je me suis, comme toujours, arrêtée un instant pour commander fermeté à mes jambes tremblantes dans l'appréhension d'une chute me précipitant en désordre vers la porte.

Et m'en suis allée, sous un ciel absent, dans une douceur molle, dans une quiétude souriante avec absence, un peu sereine, un peu autre part, multipliant les petites étourderies sans conséquence, dans la ville où seules tranchaient les lumières, brouillées par mon avancée, des petits sapins ostensiblement faux, alors que le mat dressé au centre de la place de l'horloge noyait dans l'indécis ses branches de guirlandes en leur version diurne.
Journée floue, digérer, lire avec distance pendant que la nuit nous venait vers midi, que la pluie prenait un air d'éternité, et puis s'asseoir près des poètes dans un panier près du sol, et cueillir quelques pluies, autres, toutes autres que notre humidité calme sur les pierres, les tuiles et les dalles.

quelques plumes éparpillées
au pied d'une barrière de paille

c'est l'eau rendue aux roseaux neufs
par l'entêtement de la pluie (Jaccottet)

Et le nuage, grandissant, descendait
Vers les grèves, si bien qu'un de ses bords
Allait toucher les monts, l'autre la mer.

Toute chose enfin prise dans l'aveugle obscurité,
On entendait déjà frémir la pluie
Et ce bruit augmentait avec l'approche du nuage. (Léopardi – traduction Philippe Jaccottet)

Écoute un peu tomber la pluie. Ces mots gouttent sur la vitre. Ils ne cachent pas, ne montrent pas, ils brouillent un peu le paysage. Ils répètent nos yeux pleins de larmes. La pluie qui nous coule au-dedans. L'averse douce et très intime, par où le regard s'ouvre puis se referme à la lumière. (Jean-Michel Maulpoix)

Tombe,mais douce pluie, sur le visage,
Éteins, mais lentement, le très pauvre chaleil (Yves Bonnefoy)

Il faut aimer l'eau qui s'écroule
et submerge le sol
l'emprisonnant dans une gaine liquide
Les plantes pourrissent lentement dans ce désert de nacre
froides parois qui embrassent leurs rameaux
et ceux-ci se colorent de reflets d'incendies et de sacres corrompus par cette langue très mobile
dont la moiteur augmente le nombre que j'ignore
mesure des avatars des choses et de leurs longues vicissitudes (Michel Leiris)

S'ils ont besoin d'eau, ils ne laissent pas un nuage en l'air sans en tirer de la pluie. Je l'ai vu faire plus d'une fois. N'y aurait-il même aucun nuage en vue, pourvu qu'il existe une suffisante humidité dans l'atmosphère, ils vous font bien vite apparaître un petit nuage, tr!s clair d'abord, presque transparent, qui devient ensuite moins clair, puis moins clair encore, puis blanc, puis d'un blanc lourd et rondelet, enfin gris, et vous le feront alors dégorger son eau sur le pré ou sur le verger qu'ils tenaient à arroser (Henri Michaux)

Quant à ces deux là, qui n'étaient pas, à ma connaissance poètes, mais que j'avais rencontrés avant de redescendre vers l'antre, ils étaient trop discrets, ou j'étais trop occupée par mes projets pour saisir ce qu'ils se disaient peut-être.

12 commentaires:

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Merveille de vous suivre sous cette pluie et d'écouter votre voix se mêler aux leurs, en regardant les pierres luisantes.

louise blau a dit…

très beau, Brigitte (ainsi que vos choix de textes)

arlettart a dit…

Conciliabule entre deux gouttes de pluie...
Bien vu !ainsi que les gâteaux de pierres!! style croquants
Attention tout glisse sur les pavés luisants, même et surtout pour les poètes

Dominique Hasselmann a dit…

Pluie jolie, temps plus flou que les photos, votre promenade est fluide...

cjeanney a dit…

Que c'est beau (et les petites pierres, houla :-))

brigitte celerier a dit…

les sols avignonnais sont très pointus ou trop lisses - la marche est une occupation qui ne se fait pas oublier

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Une rampe ! Il faut absolument faire placer une rampe !

brigitte celerier a dit…

pas assez large - ce qui permet d'ailleurs (et ne m'en prive pas) de s'appuyer aux murs

Pierre R Chantelois a dit…

Il a plu à Avignon. Et les photos me semblent le bien illustrer. Et cette sélection de poèmes variés fait de cette rubrique à nouveau un rendez-vous qui élève l'esprit.

jeandler a dit…

Une corde de rappel : monter descendre à défaut d'une nacelle.
Sol glissant par temps de pluie. Décidemment, la ville n'est pas facile.

brigitte celerier a dit…

pauvres de nous !

enfin il a une qualité cet escalier - il est court

Gérard Méry a dit…

deux vélos en conversation...fier l'un deux s’apprête à faire la roue