mercredi, février 12, 2014

douce routine


partir, lasse et légère, en ne portant que deux draps,

dans un petit vent frisquet et sous le ciel bleu... vision floue, yeux pleurant dans ce léger frais,  

et revenir, morigénant le vertige qui tentait de s'installer au plus mauvais moment, pendant que je charriai un sac de provisions d'un joli poids, un film plastique, enveloppant un manteau et deux pantalons, qui glissait sur mon bras, et, tirant rudement l'autre bras, quatre draps et deux housses de couette.
Rencontrer en cette situation une lectrice de Paumée et tenter d'arracher quatre mots sensés et aimables à mon hébétude.

Balade dans de vieux livres sur Gallica, thé trop fort, émerger de la pesanteur d'une sieste, et départ dans la nuit vers la musique que j'attendais depuis le matin.

Boris Berezovsky, veston sombre grand ouvert sur chemise blanche au col boutonné, gigantesqe et massif comme un doux bucheron intellectuel, attentif, penché sur son piano (face à lui je voyais rarement son visage) comme pour entendre la musique se faire, jouant Rachmaninov, Ravel et Debussy
Jouant d'abord Debussy, et, était-ce lui (sans doute pour une très bonne part), étais-je en état de grâce, j'ai l'impression de ne l'avoir jamais entendu ainsi. - sept préludes du premier livre – le balancement et la clarté de la danseuse de Delphes – le frémissement, en risées, pour le vent dans la plaine – les silences et les notes suspendues, mates des pas dans la neige – l'agitation somptueuse, la force de ce qu'a vu le vent d'ouest – la fille aux cheveux de lin dolce – la nervosité, les staccato de la sérénade interrompue et pour finir minstrels.
Applaudissements nourris, un aller et retour très rapide vers la coulisse et le plaisir (je crois que ce n'est que la seconde fois que je l'entends) de Gaspard de la nuit de Ravel – juste dire que c'est ce qui me tentait le plus, un peu par curiosité, que c'était absolument beau, lyrique, riche, varié..
Un entracte – roder dans les couloirs, échanger un peu avec mes voisins (musiciens, calmes dans leur plaisir, agréables)
et Rachmaninov : six préludes de l'opus 32 – les numéros 2 et 3, l'ample, varié, n°4, le lyrisme simple du n°5, le n°9 et la majesté, s'animant lentement, les martellements du n°13
et puis pour finir le romantisme de la sonate n°2. Mais comme carcasse commençait à faire des siennes, j'ai écouté en forçant mon attention – ce qui lui donnait plus d'intensité – et dès les premiers applaudissements je me suis éclipsée lâchement sans attendre les rappels et le ou les bis.

La salle était, ce qui est rarissime ici pour la musique de chambre, presque pleine, sur la force de son nom – et ma foi c'est avec raison.

8 commentaires:

Francis Royo a dit…

J'ai beaucoup d'admiration pour Boris Berezovsky, qui me rappelle un peu György Cziffra par son physique et sa virtuosité. Belle sensibilité en plus.

arlettart a dit…

Et que son nom et son écoute se concrétisent est un double plaisir

Dominique Hasselmann a dit…

Ravel nous ravit.

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Ce beau mot d'intensité, qui convient tant à votre attention au monde.

brigitte celerier a dit…

merci à vous quatre pour votre passage

Anonyme a dit…

Oui, je vous ai accostée quand vous retourniez chez vous , bien chargée .
J'ai regretté de ne pas vous avoir proposé un café . Nous aurions pu parler un peu . Mais je suis contente de vous avoir reconnue . Nous nous croiserons peut-être une autre fois....

Jo d'Avignon .

brigitte celerier a dit…

bonjour Jo et navrée d'avoir été aussi pauvre d'esprit et tendue vers un seul but..

Gérard a dit…

Ravel a donc écrit autre chose que le Boléro ....