dimanche, mars 30, 2014

Reprendre souvenirs vrais ou non, pour un jour ruminant


Ai rencontré sur mon chemin, une vache infiniment lasse, qui avait dépassé le stade ruminant et se laissait aller dans une idée de vie végétative... ma foi j'ai eu trop grande sympathie avec elle (même si, en fait, j'ai eu un semblant d'activité intellectuelle appliquée, sourde, pour mon seul usage)... et me contente de reprendre ces vrais ou faux souvenirs qui ont été accueillis par les Cosaques des Frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com

Une petite famille passée de la lumière de Toulon et Alger à la poésie forte de la terre dans l'océan – et ce qui surgit de la brume du passé :
  • les silhouettes des dernières ruines, au petit matin, en traversant Brest
  • les femmes en noir, leur petite coiffe de fin linge blanc enserrant leurs cheveux, et leur langue incompréhensible
  • la fermière arrivant avec sa motte de beurre salé, et la collection de moules parmi lesquels nous choisissions celui dans lequel serait tassée la portion, grasse et d'un jaune sombre, de la famille
  • le bonheur fier, le jour où ma mère a renoncé à notre différence, et où nous avons étrenné nos galoches, et pu les déchausser, clac-clac, en ligne avec les autres, sous le crochet où nous suspendions nos manteaux de petites citadines, pour rester en chaussons quadrillés,
  • nos sarraux qui étaient un peu trop raffinés, faits dans des pièces de vichy que ma mère avait en réserve, qui me faisait tâche claire dans les griis et noirs de la classe
  • mon amitié indéfectible pour la porteuse de poux
  • le recteur faisant claquer les volets de la classe avec sa gaule en nous parlant des korrigans, et même si on le voyait faire, la peur délicieuse
  • les grands rires de Da Lebi faisant courir des araignées sur le sol de la cuisine, les jours où des amis déjeunaient là, et notre groupe plus ou moins joyeusement effrayé se serrant deux marches au dessus du bas de l'escalier qui menait à la chambre commune sous le toit
  • les pupilles de la marine de Bertheaume saluant la maison, et mon envie de partir avec eux
  • les pierres levées (je crois m'en souvenir, mais n'en suis pas sure) de la presqu'île de Kermorvan et (là, j'en suis sure) les casemates allemandes où nous aimions nous risquer le coeur battant, en faisant attention à ne pas marcher dans les crottes
  • la découverte de la trahison imbécile des adultes, le jour où j'ai eu foi en ma mère qui, exaspérée, me conseillait de boire l'eau de mer si j'avais soif
  • les maillots (j'étais fière de mon une pièce) tricotés, qui grattent, nos petits haveneaux contre le mur de la véranda, les pieds dans le sable humide entre les restes de mer en allée, et les chevrettes cueillies et mangées crues en remontant le filet dégoulinant, quand on ne me regardait pas
  • ma première confession, ma terreur, et ma colère contre le recteur racontant que l'un des enfants avait fait eu si grande peur qu'il ou elle en avait fait pipi (mais sans donner le nom)
  • la petite salle ouverte sur le jardin, le piano droit, Soeur je-ne-sais-plus-quoi, la méthode rose, la certitude que j'aimerai la musique mais n'en ferai pas
  • m'être trouvée si belle en marguerite, alors que les petites n'avaient droit qu'à être des anges, et les grandes coiffes hérissées des religieuses battant dans le vent
  • le garçon qui m'a emmené voir, en cachette, les trois cadavres des noyés du bateau de Molène - sa description des corps trouvés sur la grève, allongés sur le dos, avec un bras levé derrière la tête – image sans doute fausse que j'ai longtemps gardée de la mort – et l'amour vague que j'ai pour Molène.
  • les toilettes dans le jardin, les mouches
  • mes petits trésors de pétales enterrés sous un bout de verre, soigneusement cachés sous terre et feuilles, dans le jardin au dessus du ria... et le goëmon étalé entre les salades
  • jouer à la marchande avec les sous troués et les derniers carnets de rationnement, devenus inutiles
  • et ce manoir, je ne sais plus où exactement, dans une forêt clairsemée, au fond de l'estuaire, après le moulin, qui est entré dans mes rêves et s'est projeté sur les mots d'Alain Fournier et le château de la fête.
Brigetoun avait presque huit ans, l'était grande.
PS vieille Brigetoun qui sera par longues périodes dans la vie d'un bureau de vote remercie tous ceux qui visiteront ses semblables (les fleurs et chocolats ne sont pas indispensables)...

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Les souvenirs ne restent pas en rade...

brigitte celerier a dit…

merci - mais visiblement j'en suis resté à ces temps d'heures immuables, et n'avais pas repéré changement... suis en retard ! vous lirai en revenant je pense

arlettart a dit…

C'est beau toutes ces lignes d'une petite vie

tanette2 a dit…

grand plaisir à lire ce qui surgit de la brume du passé, si bien raconté qu'ai l'impression de l'avoir vécu..
Finie à cette heure ta permanence...espère que te voilà satisfaite.

DUSZKA a dit…

Juste un youpi municipal ! A plus. Bises.