dimanche, avril 06, 2014

Retrouver une admiration (trop long)


Jour de réveil sursaut, tardif, trop, après second sommeil, qui me laissait vacante et moulue, 
jour où renoncer au programme prévu parce qu'il était trop tard, jour où se borner à lessive torchons, serviettes etc.., et cheveux, jour où étaler cire et donner grands coups de chiffon appuyés.. 
jour où profiter un peu de cette merveille, le soleil qui descend maintenant dans la cour jusqu'à baigner ma tête, en être chassée par le vent un peu trop insistant pour la béatitude.

Claire Portier, Anne Savelli, Joachim Séné, Pierre Ménard sont en charge d'ateliers d'écriture au Louvre... cet endroit qui me fut longtemps familier, dont j'ai suivi la vie, et plusieurs de ses modifications ou métamorphoses, comme amoureuse depuis l'enfance - amour renoué en revenant à Paris pour ma philo - comme membre aussi pendant près de quarante ans des «amis du Louvre», comme lieu de promenade à l'heure du déjeuner, en m'échappant de mon bureau proche...
Je regarde ce qu'ils en disent, j'ai des envies de participer, pour moi, à distance, en adaptant les consignes à cette absence qui est mienne depuis trop longtemps... me sens incapable ou trop sollicitée par autres choses, passe mon chemin, et pourtant aujourd'hui y suis revenue, à la va comme peut.
Pour Pierre Ménard, la première annonce, le programme général, était exposé sur http://liminaire.fr/liminaire/article/a-louvre-ouvert-le-musee-mis-a-nu
J'ai voulu tenter, comme pouvais, de prendre comme cadre, de plus au moins loin, le premier des ateliers qu'il proposait, mais j'ai constaté sur http://www.liminaire.fr/entre-les-lignes/article/temps-d-exposition-en-face-a-face que le tableau auquel je pensais, le vieil homme et l'enfant de Ghirlandaio, un de ceux auquel je rendais presque toujours visite, a été l'objet de plusieurs textes qui m'intimident ou freinent mon petit crâne dans sa tentative...
Bon, j'ai regardé le thème du deuxième atelier de Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/entre-les-lignes/article/un-acte-sensible-de-connaissance, ai rêvé un peu, est venu, parmi les découvertes de l'enfance, «l'homme au gant» du Titien. 

Ai tenté de suivre scrupuleusement les consignes de Pierre Ménard, d'écrire longuement, massivement, et de reprendre le bloc ainsi obtenu pour supprimer ce qui était en trop, aérer.... mais suis élève peu appliquée, et comme l'heure du thé, et de l'arrosoir pour mes plantes survivantes, était arrivée, ai sabré, pas trop relu, en suis resté à ce que je pose ici (et tant pis si l'intérêt n'est pas évident, c'est là et c'était le petit but que m'étais fixé)

Te chercher dans la brume de mes souvenirs d'enfant
te trouver, je crois, là où tu n'es plus
dans ce petit espace de gloire découpé par l'avancée des colonnes, vers le milieu de la grande galerie, près de la porte de la salle où tu es maintenant avec la Joconde, les Noces...
dans mon souvenir tu étais proche du portrait de Castiglione par Raphaël -
et je suis allée d'abord vers lui, attirée par le béret découpé, l'opulence des manches de sombre velours luisant, la barbe, le regard impérieux de la tête qui se tourne vers nous, au dessus du corps presque de profil.

proche de cette arrogance
toi, corps qui se montre jusqu'à la taille, posé bien résolument face à nous,
massivité calme, géométrique

casaque d'un noir mat, simplement éclairée par le triangle de frissonnement blanc de ta chemise,
casque de cheveux noirs, disciplinés, comme un petit cadre carré autour de ton visage
ta jeunesse
ombre légère de ta moustache, nez droit, visage régulier, intact.
Noirs tes yeux qui se détournent, ne nous regardent pas, nous autorisent à te voir, te dévisager.

Fier, sûr de toi, tranquille et attentif, comme dans l'attente d'un acte qui te mérite.
Simplicité opulente de ce vêtement, et de la chaine, du bijou que tu portes au cou, à demi glissée sous ta casaque, de ton anneau d'or.
Et contre ce noir et l'ourlet blanc de la chemise, la délicatesse de cette chair, de ce sang.

Massivité rendue vivante par ce visage qui se tourne légèrement, par cette main au doigt tendu posée contre ta taille
que montres-tu ?
par ce coude appuyé sur un bloc de pierre ou de marbre
les yeux glissent pour un adieu, lisent la signature du peintre, ou devinent, juste, vaguement, la présence d'une inscription

Et puis pendant au bout de ce bras plié, la main au gant, au gant porté, au gant tenu, dont j'imagine qu'ils sont de cuir très fin, se froissant un peu, plissé sur le revers, d'un beige tendant vers l'olive, aussi souple et fin qu'une peau.

mais en suivant un lien j'ai trouvé aussi à partir de ce même livre, «Etranger devant la porte» de Claude Esteban, un atelier antérieur http://www.liminaire.fr/ateliers-d-ecriture-5/article/claude-esteban-etranger-devant-la
et là, je l'avais oublié, en commentaire, il y a un petit texte mien, que tant pis je reprends à la fin de ce billet, sans juger de sa qualité, parce que j'avais aimé l'écrire, inspiré par la «piéta d'Avignon»
Une barrière – barrière de corps sur fond or – était en ce temps là - trop d’années pour qu’on le dise - dans un des petits cabinets au fond après la grande galerie - il y avait un salon très grand une ou deux marches et une grande salle - avec le désordre fabuleux de l’histoire de Marie de Médicis – ça a changé – en ce temps là les petits cabinets avec des flamands - et d’autres et donc ça - cette barrière humaine - plaquée comme un camée gigantesque sur un fond or – un triangle très ouvert très aplati – au sommet un visage presque enfantin – une très jeune femme – tourné un peu comme si guettait notre réaction – du bleu presque noir ce triangle - appuyé sur des silhouettes qui sont taches de couleur - que l’on regarde à peine – deux courbes très tendues penchées vers le centre - vers ce qui tranche là en travers – partant du bas du tableau la longue ligne de ce corps - ocre clair ou blanchâtre – le bras abandonné qui équilibre je crois - il faudrait que le revois ce tableau – mais l’impression reçue enfant - de lui et de l’homme au gant un peu plus tôt - dans la galerie - mais de lui surtout – jamais oubliée – cette géométrie des corps qui sont corps mais pas tout à fait – stylisés – et l’émotion tout de même – grande – m’est toujours restée - et lui rendais des visites régulières – diverses salles – éclairages meilleurs – mais plus droit aux glissades des sandales sur le parquet ciré de la grande galerie – et pas besoin de lui rendre visite chaque fois – seulement étaient là - juste la présence de ces quelques tableaux chers - dans ce qui était devenu un de mes cadres

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

On pourrait trouver une pyramide dans tous ces tableaux...

Julie Kertesz a dit…

Très intéressants ces ateliers a distances dont tu parle et aussi le résultat! Intéressant aussi d'écrire a partir d'une image. Intéressant ces ateliers a distance de plus en plus nombreux.

brigitte celerier a dit…

construction classique en triangle (pas trop le Ghirlandaio)

jeandler a dit…

Une allure un peu janséniste, une vêture de bon goût, qui font présager que la finance n'est pas loin. Un texte dans le même ton, l'auteure un rien amoureuse de son sujet.

arlettart a dit…

Des essais ....transformés bellement Merci Chère Amie , je vais garder

joye a dit…

Non, non, non, brige, tes textes à toi ne sont JAMAIS trop longs !

J'aime beaucoup les conseils du maître, il a raison de tailler nos arbustes verbales pour faire une présentation plus géniale.

Mais pour ton blog, non, ce n'est jamais trop long. Jamais.

brigitte celerier a dit…

merci Joye, mais justement j'ai beaucoup coupé