lundi, juin 23, 2014

Un jardin extraordinaire


suis donc sortie hier, marchant dans les plages d'ombre, mais j'ai dû quitter mon compagnon parce que voulais exercer mes jambes en de grands pas, et parce qu'ombre y en avait guère en dehors de certains trottoirs et des puits des petites rues bien orientées
ombre y en avait surtout pas sur l'arène du verger d'Urbain V, et encore moins en montant le petit escalier à côté des musiciens, en me faisant ouvrir la grille pour voir «le jardin extraordinaire» des enfants de quelques classes, admirer leur créativité, rêver d'avoir été enfant un peu moins tôt – nous étions laissés à nous mêmes, et nos créations étaient sans doute moins exubérantes, peut-être aussi moins marquées par l'imaginaire des maîtresses, qui donnait là à chaque groupe une certaine unité.
Enfants n'y avait pas non plus (ni guère d'adultes), il y avait trois petites filles plantées devant les musiciens, en bas, graves et attentives... il y avait un petit corps qui jouait avec le chèche de son père sur un banc à l'ombre au fond du verger, en attendant qu'il occupe la scène, il y en aurait un peu partout dans mon trajet, et deux bébés qui insisteront pour rejoindre leur frère ou soeur aîné sur la scène de l'opéra, mais là ils n'étaient plus là, étaient repartis avec leurs parents après l'inauguration jeudi ou vendredi, de l'exposition de leur travail à l'occasion de la re-ouverture du jardin du pape, Benoit, le douzième, celui du palais vieux, de cette ouverture et de la publication du livre Jardins pontificaux du Palais des Papes de Renée Lefranc et Christine Goisbault (le chercher ? quand serai sortie de l'incertitude, puisque, si le festival in est annulé, vais me retrouver, le temps d'un remboursement, avec une bourse ultraplate face au menu pantagruélique du off)

Il y avait de drôles de fleurs, un visage aux grands yeux intimidants, une conversation d'odalisques, et une que n'ai pas prise en image, coupe rose comme des lèvres pâles, ouvertes avec avidité comme d'un visage tourné vers le ciel pour boire une pluie absente, de drôles de fleurs perchées sur des tiges maigres, écartées, petite troupe unie mais égaillée sur le sol cuit de soleil (et j'ai pensé aux maisons de Royaumont, à Claude Ponti et François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique87 )

Il y avait de grands dessins dressés au fond, d'étranges poireaux, des fleurs soleils bien classiquement, des tiges dignes des rinceaux le plus extravagants, posés dans l'ombre du palais, et une frise qui jouait dans le délicieux petit vent. 

Il y avait d'extraordinaires jardins, en mosaïque de carreaux décorés par des classes – réunion d'univers différents

Il y avait de tortueux totems d'oiseaux, et j'y ai retrouvé mon pigeon de compagnie en tenue d'apparat

Il y avait des silhouettes dorées qui doivent faire partie du décor du jardin, tel qu'on le recrée, ce jardin de méditation du pape (qui était semble-t-il cerné de murs) et jardin potager, avec ses carrés d'épinards, de salades, de choux, de légumes, ses plantes médicinales, origan, persil, sauge, fenouil, autres, et les vignes en treillis, et les rosiers, et même (je doute qu'on la rétablisse) la ménagerie ou auraient été retenus des lions (peut être un seul, peut être aucun sauf de légende), biches et cerfs, et les oiseaux, bien entendu, les oiseaux...

6 commentaires:

jeandler a dit…

Un jardin évolutif donc de vie, inventif, récréatif.

brigitte celerier a dit…

grand merci à toi

arlettart a dit…

La création à l'état pure ...
Les enfants ont le sens inné des harmonies que les adultes mettent si longtemps a retrouver
Beau lieu il est vrai
Pensées AA

Dominique Hasselmann a dit…

l'enfance de l'art...

Gérard a dit…

comme dit Pierre inventif, récréatif, j'ajouterais naïf.

Françoise Dumon a dit…

Merci Brigitte pour ce reportage, ai raté ça pour ne pas avoir eu le courage d'affronter la chaleur...