jeudi, juillet 17, 2014

Avignon – jour 12 – s'économiser, l'Afrique au jardin de Mons et nuit dans la cour de Saint Joseph avec The Fountainhead

projets dans le demi sommeil entre draps.. se lever, les laisser s'effriter
petit bonheur de l'éclosion de La rose que me donne mon vieux rosier lui que je pensais abstinent cette année, se pencher, la remercier, l'encourager
famille, un tout petit peu de repassage, et puis abandon
mini tour sous belle lumière, pour le pharmacien, le marchand de journaux de la place de l'horloge

deux coups d'oeil en traversant la place non encore en effervescence, et retour à l'antre pour cuisine, tentative de déconnection de tout – vieille me sentais comme le monde et presque aussi lasse
longue sieste, lessive, nada, résolument, avec application nada, et départ presque lucide 
vers la place de l'horloge avec, sur le chemin du jardin de la rue de Mons, un passage par la maison de Vilar, une courte flânerie dans la librairie installée dans la cour, l'achat des Bachantes d'Euripide et d'un numéro de la revue de la Colline centré sur les femmes dans l'écriture théâtrale (à vrai dire pour ce dernier choix c'est le hasard qui a joué... toujours intéressante la revue et de bonne taille pour le panier et les files d'attente)
une longue pause dans la faille de la rue de Mons, en regardant avec désir les traces de végétation qui évoquaient le jardin au dessus de nous
le choix de la meilleure place, sans soleil dardé mais sans éventail déchaîné (horreur de ça, m'a chassé de ma première place) et finalement se tenir sur le côté, près de la petite terrasse, de la fontaine, des marches usées – j'aime ce jardin
avant le plaisir de la lecture par bons acteurs (dont l'auteur) de la véridique histoire du petit chaperon rouge - de Gustave Akakpo (Togo)
Savez-vous qu'il existe des versions plus anciennes de l'histoire du petit chaperon rouge ? Quand le loup philosophe et que l'enfant se fait manger par un autre.
Humour, poésie, fantaisie et sagesse – la vraie histoire du chaperon rouge dit que ce n'est pas des grands-mères, ni des loups, ni même des enfants qu'il faut se méfier..et que ceux qui engloutissent doivent faire attention à ce qu'ils mangent.. mais cela se termine bien, si l'on veut, et les parents reconstituent la fille qui n'a pas eu le temps de devenir petite ogresse, avec l'avantage que c'est une petite fille qui sera toujours sage, tranquille, et qu'ils pourront faire fortune grâce à elle et aux enfants amateurs de conte.
Redescendre vers la place
et l'antre, en évitant autant que se peut le soleil tueur de cette fin d'après-midi..

arroser, faire cuisine, entendre que Filipetti est venue et que cela s'est terminé comme on pouvait le prévoir (même si un rien injuste), mettre ce début de journal sur Paumée, en attente, douche, pantalon, tee-shirt, une vieille saharienne de toile à toutes fins utiles


et repartir, un peu après huit heures, 

vers la cour du Lycée Saint Joseph, pour les quatre heures (qui ont été quatre heures vingt et quelques) de the founainhead adapté par Koen Tachelet d'après un roman de Ayn Rand, mis en scène par Ivo van Hove.

Photo Christophe Raynaud de Lage
Suis crevée là, et il se passe vraiment beaucoup de choses pendant ces quatre heures et plus, alors juste ceci, sur le programme
Adapté de The Fountainhead, roman qui rencontra un grand succès aux États-Unis dès 1943 et en Europe depuis quelques années, le spectacle d'Ivo van Hove questionne le statut de l'artiste dans une société capitaliste. Deux voies semblent s'offrir à lui : être à l'écoute du public pour le satisfaire dans ses goûts les plus immédiats ou n'être qu'à l'écoute de lui-même pour développer sa propre créativité quitte à heurter le public de son temps. Situant son récit dans les milieux de l'architecture, Ayn Rand oppose deux personnalités, dont l'une paraît être largement inspirée par l'architecte « révolutionnaire » Frank Lloyd Wright, manifestant très clairement sa préférence pour l'art en dépit de la commercialisation. Si dans son roman Ayn Rand choisit son camp, oriente la lecture vers l'individualisme forcené de l'artiste en lutte contre le collectivisme d'un État qui soutient les parasites assistés, Ivo van Hove souhaite plutôt questionner que juger. Il permet au public d'entendre d'une façon plus équilibrée les arguments des uns et des autres au moment où la production artistique à l'intérieur d'un système libéral est questionnée, où un nouveau monde se crée sous nos yeux, où de nouveaux rapports de force s'établissent. Une fois encore, Ivo van Hove propose un théâtre fait de questionnements subversifs et des dilemmes perturbants.
Bon, ceci dit, impression générale, après le repos, le café, la bière ou le sirop de l'entracte dans le grand jardin du Lycée
une mise en scène parfaite, des acteurs excellents, un dispositif efficace, une musique en live, les musiciens étant sur scène, incorporés à l'agence d'architecture (enfin à la scène qui était parfois agence d'architecture), une utilisation de la vidéo qui a du sens, donc plaisir grand
mais, au service d'un livre que ne lirai certainement pas, et d'idées d'une fausseté navrante, d'une thèse qui veut que le créateur intègre soit indépendant (oui) individualiste (oui) obligé de se bagarrer (oui, ceci dit il a plus de succès finalement que le tâcheron ambitieux) mais qu'il doive pour cela mépriser le don, qu'il soit en droit de détruire son oeuvre terminée s'il juge que l'utilisation n'est pas celle qu'il voulait (ajout d'une salle de fête ou similaire) une fois qu'il a créé, sans entrave, et surtout s'il s'agit de logements (les habitants étant des parasites) ben franchement cela me semble le fait d'un esprit malade, soucieux moins de ce qu'il crée que de lui-même..
Un beau spectacle pourtant
avec un bémol, les vingt dernières minutes où justement l'action s'arrête, où reste seul en scène l'architecte de génie pour exposer ses théories pendant que Brigetoun avait mal et une furieuse envie que cela s'arrête.
Curieusement, par contre, ai eu un faible pour le patron de presse (jeu de l'acteur ? ou sentimentalisme puisqu'il est amoureux et loyal à sa façon)
et retour de toute la vitesse de mes jambes dans des rues qui se résignaient à penser à dormir.
J'ai faim.

10 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

merci brigitte encore de cette belle journée festivalière !

jeandler a dit…

Une journée où le turbo est mis. Bon repos jour J 13.

brigitte celerier a dit…

pas avant le jour 27 mais MERCI de me tenir compagnie (un peu envie de continuer en silence, je lasse)

Dominique Hasselmann a dit…

"Un Etat qui soutient les parasites assistés"... effectivement on peut se demander ce que signifie cette phrase écrite dans le programme !

Belle journée encore...

brigitte celerier a dit…

l'auteur que j'ignorais et découvre est née en URSS et elle est un chantre du libéralisme dur - grand succès en Amérique mais même là polémique - Van Hove lui ne prend pas partie et dit ne s'intéresser qu'au problème de la création mais mon intuition est qu'ils partent sur une piste fausse
Splendide boulot de théâtre malgré tout

Christine Zottele a dit…

ai vu le spectacle jeudi avec trois amies et sommes à la fois enthousiastes pour la mise en scène, le jeu des acteurs et très partagées pour les thèses en présence: soit créateur individualiste violent (violeur) sans concession, soit parasite social ... un peu trop manichéen, mais en même temps très bon support pour la discussion et le débat...

joye a dit…

Voilà, j'allais le dire, Ayn Rand, chouchoute des capitalistes de droite chez moi, mais qui n'est pas morte sans toucher sa sécu, elle, la grosse hypocrite.

brigitte celerier a dit…

j'attendais votre réaction… en gros sommes d'accord !

Elise a dit…

dire que vers 14 heures j'écrivais des cartes postales dans la cour de la maison de Jean Vilar ! pour un peu, je vous rencontrais donc ?

Gérard a dit…

beau sourire de cette dame en blanc