vendredi, juillet 18, 2014

Avignon – jour 13 – paresseuse absence avant Maghreb (Mons) et Egypte (cour de l'Université)

mettre vieille robe, une-pour-traîner et qui ne se repasse pas (trois francs six sous mais l'aime bien parce que me sens dans un film néo-réaliste, on a les motivations que l'on peut !), prendre sac de linge et partir dans les rues, décidée à tenter de continuer mon programme mais envisageant de laisser Paumée se taire (impression très forte, et, pire, constat, que je lasse - et pas trop le courage de continuer à prolonger ainsi mes journées)
Seulement, comme prévisible, une fois ma petite comédie intérieure derrière moi, je prends prétexte du plaisir de mémoire, pour moi, et continuerai – je décide simplement repos maximum avant fin de l'après midi, impressionnée par ce que disent ma balance et le contact de mes hanches...
déjeuner, petite cuisson de carcasse dans le cagna de la cour, à côté de la rose qui va déjà vers sa fin, sieste, un peu de lecture calme
et départ, presque à côté, vers le jardin de la rue de Mons,
la petite terrasse en marge des sièges
et la lecture de Pronto Gagarine de Nidhal Guiga (Tunisie), dont elle avait écrit un premier jet en 2008 au moment des affrontements à Gafsa, accepté mais non monté alors par le Théâtre National tunisien, qu'elle a repris, modifié lors d'un projet du Centre de dramaturgie arabe, et qui a été mis en scène en février 2013, par l'Irakien Muhaned Alhadi (publié par les éditions Elyzad)
Sur fond de guerre civile, deux candidats à l’immigration clandestine par voie aérienne sont confrontés à des difficultés de toutes sortes. Le passeur tergiverse et multiplie les prétextes pour ne pas honorer ses engagements. Les insurgés barrent les routes et les passages. La sœur du second candidat survient et tente de le faire revenir sur sa décision. Dans ce chaos indescriptible, personne ne voit le bout du tunnel.
résumé trouvé sur
j'ai aimé les différents niveaux, et que d'un dialogue entre passeur (Eddie Chignara qui crée image par sa voix et ses accents) et réfugiés on en arrive à une discussion sur la physique quantique, ou à un monologue poétique de Gaga, celui qui veut cloîtrer les femmes, qui se méfie de tout et rêve de regarder ce monde où il est depuis l'espace..
Aimé les différents caractères, les liens entre eux qui sont plus complexes qu'on le pense d'abord...
et le dénouement en pirouette (presque) 
retour vers l'antre, avec un détour pour acheter du sirop d'orgeat
qui m'a permis de rencontrer, à nouveau, le bon guitariste de l'autre nuit – me suis attardée un moment, et suis repartie d'un bon pas, un carton portant une pièce que j'ignore, dans un bref et fort souffle du vent, tentant de me rentrer dans l'oeil...

arroser, cuisine, préparer ceci, en écoutant le concert-lecture qui a lieu à Calvet, me changer
et m'en aller, loin, si loin -enfin pas tant, mais si, je trouve, si loin (raison pour laquelle je snobe tous les entretiens qui se déroulent, juste un peu plus près au site Pasteur de l'Université) -, jusqu'à la cour minérale de l'Université, près des remparts, de la porte Saint Lazare,
avec un détour parce que, la ministre étant quelque part dans le coin, sans doute à la Faculté des sciences, la rue Pasteur, juste après la place, était barrée.

Quelques bancs (dans l'espace cela semblait peu) de bois dans un coin de la cour, une attente pour nous tasser, et l'arrivée de la troupe El Wharza de Hassan El Geretly, pour un spectacle qui, après plusieurs moutures, s'intitulait normalement Haeeshek mais, en dernier ressort «les oiseaux du Fayoun»
image Christophe Raynaud de Lage
en fait, plutôt qu'un spectacle, un échantillonnage où on passe d'un genre à l'autre, avec comme lien ce que El Geretly nous dit de l'histoire de ce spectacle évolutif.
vaste répertoire de chants et de chansons avec les comédiens, conteurs, chanteurs et musiciens de la troupe El Warsha. Quatrains moraux de La Geste hilalienne multiséculaire, music-hall cairote, chants de résistance de Suez, chansons ouvrières de Nubie, protest songs de Cheikh Imam et Ahmed Fouad Negm, canulars de Mahmoud Choukoukou... Haeeshek... est une manière très égyptienne de balancer la rage par le sarcasme insubmersible face à l'injustice, de panser la douleur et la perte par la célébration du jour qui vient.
Avec l'ajout d'un chant palestinien,
Avec pour commencer une très savoureuse traduction de la fable de La Fontaine dont j'ai oublié le titre, qui parle du loup et du chien gras mais au cou pelé par le collier, conté savoureusement, voix et gestuelle, par un des acteurs.
Avec une belle chanson écrite après le premier incendie d'une église.
Avec dans les quatrains de la geste hilalienne des fulgurances poétiques, avec la saveur des chansons populaires, quelques poètes, et un public vibrant.
Avec aussi quelques bribes, rendues vivantes grâce aux acteurs (qui sont également chanteurs) d'une création récente Zawaya / Témoignages de la révolution,du jeune écrivain Shady Atef qui a recueilli des récits de ces journées charnières et a insufflé cette mémoire à cinq personnages et autant de monologues : un voyou acheté par le pouvoir, un officier de l'armée, la mère d'un jeune homme tué place Tahrir, un supporter de football, une activiste des droits de l'homme. Pour Hassan El Geretly, metteur en scène, il s'agit à la fois de méditer sur les récits : « l'idéalisme des “18 jours” reste une sorte de référence, mais il y a une ambiguïté, ce n'est pas une célébration (...), il y a de multiples points de vue, et ces histoires sont de celles que nous avons tendance à ne pas écouter, à ne pas raconter. »

Applaudissements, saluts, 
et puis une nouvelle chanson, que nous applaudissions en dansant...
Pas un grand spectacle mais un beau moment.
Retour à travers les rues endormies et les points où la fête persiste.

4 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Le sirop d'orgeat exigerait (pour rester dans le début de votre texte) l'accompagnement de quelques gouttes de pastis : une "Mauresque" serait alors la bienvenue !

brigitte celerier a dit…

sourire, mais ne résisterais pas au pastis, alors café pour un café frappé

jeandler a dit…

La rose déjà qui passe et se lasse d'être belle.
Une frêle silhouette amis bien lestée partant en campagne. Plaisir de la surprendre en reflet.

Gérard a dit…

..une robe à trois francs six sous...pour aller voir l'Opéra de quat'sous ?