vendredi, juillet 11, 2014

Avignon jour 6 – prédication et théâtre – Bossuet et Py – et mon besoin de chaleur grande


le petit mistral glacial de la cour d'honneur a déjà perdu de son efficace, et le ciel était gris, les vêtements couvrants, quand suis sortie, après avoir un peu retapé carcasse, entamé et abandonné repassage,
pour aller, tout tout près, pour le plaisir de la langue du dix-septième, pour la fermeté du style et l'éloquence persuasive de la parole, à la chapelle de l'Oratoire, en terrain hautement catholique, écouter Patrick Schmitt proférer le sermon du mauvais riche de Bossuet, éloquent, qui se veut persuasif, qui n'a guère perdu pourtant de son actualité
Il entre sur la musique d'un harmonium, et vient se planter dos à un des autels latéraux, face à nous, installés sur un gradin planté dans l'axe de la chapelle (regret de perdre ma promenade dans la perspective des colonnes)
ses plaisirs et ses affaires partagent ses soins : par l'attache à ses plaisirs, il n'est pas à Dieu ; par l'empressement de ses affaires, il n'est pas à soi ; et ces deux deux choses ensemble le rendent insensible aux malheurs d'autrui...
...
comme il n'a lui−même jamais eu de pitié de personne, aussi tout est sourd à l'entour de lui au jour de son affliction.
..
Certes, c'est une folie de s'imaginer que les richesses guérissent l'avarice, ni que cette eau puisse étancher cette soif.
La balance des phrases pour que la vérité passe en force, la beauté du style et la grâce de la vie pour séduire, et faire comprendre que cela ne concerne pas uniquement le mauvais riche mais celui qui se croit modéré.
Et puis aux affairés (une pensée pour mon cher Marc Aurèle)... et la cruauté de la félicité..
esprit bien nourri suis ressorti dans ma rue, croisant ceux qui comme moi s'en vont concentrés vers leur but, et cet homme qui avait sorti une échelle de chez lui pour détacher les affiches qu'on avait osé poser sur sa demeure (ne pas souiller le lieu qui vit Bonaparte écrire le souper de Beaucaire?)
et j'ai cru voir un peu de bleu, suis rentrée, ai fait cuisine, sombré dans une trop courte sieste, ai revu cette photo, me suis demandé si j'avais rêvé, ai remis ma saharienne et m'en suis allée
le long de Joseph Vernet, toujours en marge de la ville, et sous un ciel redevenu plus morose et chargé jusqu'au car, hors rempart, qui amène à l'hôpital et en passant à la Fabrica, lequel était désespérément en retard
mais nous a amené juste à temps...
J'avais une place dans les hauts, au milieu, où pouvais étendre mes jambes comme je l'aime, mais j'ai failli partir (et je pensais, navrée, faire mon deuil du marathon Henri VI) à cause de la clim terrifiante... ai attendu pendant, qu'en place de l'habituel manifeste des intermittents, nous écoutions face à une rangée d'acteurs et de machinistes, le discours sur le budget des beaux arts prononcé à la chambre par ce cher Victor (Hugo) que j'ai reconnu à la deuxième phrase et qui me faisais patienter..
Carcasse avait commencé à s'habituer, lui ai donné un coup de brumisateur et j'ai commencé à suivre Orlando ou l'impatience d'Olivier Py qui m'avait été vanté dans les files d'attente ces jours ci.
Photos Christophe Raynaud de Lage provenant du site du festival
comme cette présentation
Une comédie pour dire, entre optimisme et pessimisme, entre espoir et inquiétude, le présent du monde et la force insondable du théâtre. Une comédie pour dire aussi qu'à ce monde nouveau et obscur doit correspondre une nouvelle éthique. Le jeune héros d'Olivier Py, l'Orlando impatient, part à la recherche de son père inconnu. Il est conduit par sa mère actrice sur une série de fausses pistes, qui sont autant d'étapes vers une vérité attendue. Orlando ou l'Impatience peut être considérée comme une pièce manifeste qui nous entraîne dans un voyage traversé de questionnements contemporains qui sont ceux, à des degrés divers, de toute l'oeuvre poétique d'Olivier Py : « le » politique, l'Art, le sexe, la foi, la philosophie...... Face à chaque père potentiel, Orlando découvre une forme possible de théâtre. La tragédie politique, la comédie érotique, l'épopée historique, la farce philosophique...
et ma foi je me demande toujours pourquoi on tient Py en si haute estime... C'est un beau et bon spectacle mais dans lequel manquent furieusement des coupes.. de belles idées, un texte qui s'installe... et finit trop souvent, à force de longueur, par tomber dans des banalités vaguement poétiques.. et puis quand l'attention s'en va une phrase, une idée, lumineuses.
De très bons acteurs (ah Jean-Damien Barbin dans un petit rôle, qui est sans doute le seul à jouer farce comme certains passages le demanderaient, qui en sont de la farce, ou devraient l'être, mais s'arrêtent à mi-chemin et en deviennent un peu agaçants), de beaux portraits satiriques mais pas uniquement, totalement, des pères potentiels, le grand vieux poète, le metteur en scène engagé, le chercheur d'idéal, et un portrait de ministre de la Culture, avec une petite charge politique fort banale et une personnalité un rien inutile d'amoureux de la douleur et de l'humiliation que peut lui infliger un beau jeune homme acheté.
Bien aimé le trio amoureux formé par Orlando, la joyeuse Ambre et surtout Gaspard.
Une construction réussie qui veut que chaque rencontre soit introduite par un dialogue, presque, mais pas tout à fait, identique entre la mère et le fils 
Quelques départs
et pendant l'entracte, j'ai rencontré des spectateurs, comme moi, mi chèvre mi chou..
photo du site
Je suis restée, un peu par désir, un peu par curiosité, un peu pour la performance
Et m'en suis félicitée, parce que toute la seconde partie, à partir d'un monologue de la mère, de la rencontre avec un père renonçant, devenu clown pour petits spectacles m'a vraiment plu, qui abandonne la petite veine comique et satirique, qui parle de théâtre, comme depuis le début, mais débarrassé de toutes les dérives, revenu à l'essentiel de l'amour pour lui, qui parle de mort, de renoncement, d'amour et d'apprendre à être sans père
J'oubliais, un décor évolutif très réussi, devant une belle perspective dessinée par des tubes lumineux, qui creuse le fond du plateau.
Vent frisquet mais ciel superbe en sortant
ai décidé de rentrer à pied, tout doux, et d'en rester là.

7 commentaires:

jeandler a dit…

Le Festival est une épreuve. Un parcours initiatique.

Dominique Hasselmann a dit…

Bossuet... c'est drôle, j'ai rêvé de Dominique de Villepin qui m'avait invité à la représentation d'une pièce qu'il venait d'écrire !

Nous manquons d'orateurs politiques.

Quant à Py, il s'est inscrit dans le programme, il a sans doute eu raison car le décor que vous montrez est très beau.

Comme la grande photo de nuit que vous avez prise vers la fin.

brigitte celerier a dit…

il s'est même inscrit trois fois..
et s'en défend en disant en gros pourquoi pas, ce en quoi il a raison, en évoquant aussi Vilar ce qui m'agace un peu (l'évoquer oui, se comparer non, simplement nul ne peut dire de lui même quelle est sa place)

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

N'y a-t-il pas de bus de retour ???

brigitte celerier a dit…

si mais un deux par heure - il fallait attendre un quart d'heure et me sentais en forme physique relativement - alors en profiter, et puis lumière belle - pas très loin et commence à m'habituer à ce foutu froid

arlettart a dit…

Chance , tu as de pouvoir juger par toi même , car lire , entendre !est toujours orienté

Gérard a dit…

épuisant sans doute d'aller de spectacle en spectacle.