lundi, août 04, 2014

du goût


Ai pilé l'autre matin devant une des vitrines d'Hervé Baume, yeux attirés et un rien offensés, puis amusés, par la montagne de barroqueries rouges, d'un rouge profond, glacé, brillant, échafaudée au centre
et puis la collection serrée, pressée sur des étagères de chaque côté, noyés dans le fouillis sciemment ordonné de ces mises en scène..
et sur les deux rangées en dessous l'étalage encore de poissons mus en cornes d'abondance (oh l'oeil bleu à gauche), la présence toujours de coquilles tout autant garnies, mais le papillonnement doux des couleurs, les dissonances, les camaïeux nacrés, le penchant un peu honteux de Brigetoun pour eux, qui ne durerait sans doute qu'une demi-journée.
Bien sûr mes photos, avec le côté à la sauvette, avec les reflets, avec les déformations produites par l'angle de prise de vue, ne donnent qu'une faible idée de ma sidération, fascination devant ce déversement (il est vrai qu'il y a aussi parfois, chez lui, une abondance de coussins au petit point, portraits de chiens, qui se tiennent tout autant à la limite extrême de ce dont ma bourgeoisie lyonnaise, amoureuse du Louis XVI assagi, pas tout à fait giscardien et gris moyen, mais presque, m'a nourrie)
fascination, plaisir, refus des rouges, gourmandise pour ceux du bas, et naissance d'un souvenir d'admirations coupables, bien plus digressives que ces Vallauris...
Une présence derrière mon épaule, je bâcle ma capture, je me justifie..
- j'adore
- vous aimez ?
Je me retourne vers l'homme de la galerie, et d'instinct c'est cette impression qui n'avait pas encore pris forme qui sort
- oui ça me fait penser à mon enfance, à la basse ville de Toulon
une exclamation – j'ai préféré ne pas deviner ce qui entrait dans cette syllabe sans forme – et il est entré dans on magasin.
Bien Monsieur, je n'ai pas été élevée dans la basse ville, mais avec les sandwichs de marin, ces trucs fabuleux, demi-baguettes débordantes de nourriture, qui étaient un des fantasmes de la petite boule adolescente, il y avait ces quelques vitrines qui ont disparu maintenant que le quartier s'est embourgeoisé, sur l'avenue, entre les petites rues se déversant vers le port, et les vitrines d'uniformes améliorés et de petits souvenirs, coquilles saint jacques ou autres montées en plâtre avec des petits sujets sages ou déshabillés et le goût inavoué que j'avais pour eux, sans doute, puisque ne les ai pas oubliés..
Une brève envie de cette outrance déliquescente, qui n'a pas résisté à l'idée de trouver un emplacement, de cohabiter avec cela, à l'idée surtout du prix que leur présence là laissait deviner, légèrement excessif pour un caprice suivi d'ennui.
Malgré mes lubies, fantaisies brusques, écarts jouissifs, plaisirs des décalages, coups de coeur sincères et incompréhensibles, resterai irrémédiablement moyenne bourgeoise.. est ce pour cela que mon salut ironique, chaque fois, à ce clerc de notaire début de l'autre siècle, dénudé pour incarner un saint, avec des manchettes en lustrine et un lorgnon qui rodent, virtuels, autour de lui, est teinté d'amitié ?

7 commentaires:

jeandler a dit…

Du goût et des couleurs on ne discute pas.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Des Vallauris, peut-être, ces fonds marins de céramique ? Qui oublient maintenant le kitsch pour se faire art.

St-Jean clerc de notaire !
Le modèle l'était peut-être...

brigitte celerier a dit…

des Vallauris assurément

quand à Saint Jean je lui vois toujours un lorgnon

brigitte celerier a dit…

quant à pas quand à !

arlettart a dit…

Comme tu as su bien présenter ce déferlement complètement baroque et en faire ...une oeuvre d'Art !!
Un texte qui demande un livre assurément où comment rebondir " Bourgeoisement" sur le mauvais goût
Ah!! ce Vallauris tant décrié que certain collectionne encore

marcopolette a dit…

"Trop cher pour un caprice suivi d'ennui" : c'est la sagesse... hélas!

brigitte celerier a dit…

on s'en remet assez bien !