lundi, septembre 01, 2014

Abus de vendange - 2


Donc samedi après-midi, il y avait au jardin des Doms, comme toujours, le plaisir de tourner de vue en vue 
autour du rocher (sauf dans la zone neutralisée pour les camions frigorifiques et autres installations nécessaires à l'association des compagnons des Côtes du Rhône et aux traiteurs et producteurs)
mais il y avait aussi un vannier à l'oeuvre, tranquillement, commentant son travail uniquement si on le voulait, avec alors une retenue aimable, 
il y avait des paniers de toutes sortes, toutes tailles, que certains achetaient en s'adressant à une jeune femme - échange de plaisanteries, renseignements, considérations sur les formes, les matériaux, auxquels participaient les regardeurs, phrases sur tout et rien…
il y avait le calme tranquille, la sérénité humble d'une femme et de son rouet, et le plaisir que j'ai pris à rester un long moment auprès d'elle, en parlant peu, doucement, en revenant un rien aux temps de ma jeunesse (où n'ai jamais touché un rouet, mais eu amies tisserandes et en quête de laines)
il y avait la parole rare et précise d'un très sympathique fabricant de balais (mon envie grande d'en acheter un de bruyère pour la cour, et la vision, qui m'a retenue, d'une sorcière Brigetoun errant pendant des heures dans le jardin avec son grand balai), le choix des matériaux – et la préparation, puisque c'est ce qu'il privilégie, du sorgho qu'il cultive lui-même - et me navrait qu'il soit contraint (ne le disait pas) d'en fabriquer de touts petits, des gadgets 
il y avait le jardin, des tables qui se préparaient pour l'entrée de la nuit, des échoppes qui affichaient ce qui serait proposé, et un bonimenteur un peu bassinant mais avec une sonorisation réglée pour qu'on puisse le comprendre ou l'ignorer
il y avait de forts gars à la pédagogie aimable et attentive, émissaires d'une association promouvant la fabrication de tonneaux... l'amusement de regarder les efforts appliqués des garçonnets, sous le regard sérieux de leurs camarades, 
il y avait les tentatives, pour un tonneau d'une taille plus réaliste, de ceux sur lesquels on peut s'appuyer (ou dans lesquels mettre du vin), d'un garçon désinvolte avec application par crainte de mal faire, aidé par ses belles qui prenaient la pose en lui passant les douelles, et l'angle pris par leur ébauche malgré les remises en place du moniteur, et les petites poussées redresseuses de Brigetoun.. ne suis pas restée pour voir l'effondrement prévisible.
il y avait aussi une vidéo commentée avec un joli lyrisme par le plus bavard, pour dire le choix du bois, le séchage, la fabrication des douelles avec leurs belles formes, etc.. et surtout le réchauffage puis la cuisson (c'est là qu'il devenait lyrique) du tonneau
il y avait la puissance sage de deux chevaux blonds, et le travail, en silence, devant nos yeux admiratifs, du maréchal ferrant, qui est parti le premier, libérant la place pour des tables, 
parce que on ne peut poser un nombre infini de fers, même si le travail est long, fait avec douceur, supporté par le cheval avec un détachement satisfait qui m'a fait penser, au moment où je suis restée en contemplation (malheureusement les places étaient rares devant eux, qui étaient les vedettes, et la courtoisie voulait qu'on ne s'attarde pas), à une femme rêvant ou discutant avec d'autres clientes, en abandonnant sa main à une manucure.
il y a eu, peu à peu, l'apparition de denrées dans les échoppes, des marmites de soupe au pistou, des plaques de cuisson, des bourriches d'huitres, et des gourmands se promenant avec des parts de tarte ou des fougasses, après la barbe à papa et les glaces des débuts de l'après midi, pendant que se préparaient les assiettes de charcuterie et de fromage..
il y a eu les compagnons descendant rejoindre la parade qui devait partir des remparts pour venir ouvrir le ban, il y a eu la lumière se faisant rasante, les enfants partant, des groupes grimpant vers nous pour la soirée à venir, quelques membres de confrérie qui avaient revêtu leur tenue, attendant le regroupement
il y a eu les vendangeurs montant sur la petite estrade du pressoir, me repérant, prenant la pose pour moi seule
il y a... c'est assez, le pressage – ou la préparation du pressoir, à côté des discours interminables de tous les officiels, et leurs commentaires approbatifs, bien sûr approbatifs sur le goût du raisin cueilli dans l'un ou l'autre des domaines pour l'occasion, etc... ce sera pour demain,

11 commentaires:

Chri a dit…

Il y avait aussi une belle lumière qui a bien éclairé toutes vos belles images... Merci.

Dominique Hasselmann a dit…

Le cheval, le maréchal-ferrant et la femme chez manucure : rapprochement osé et bien vu !

Lucien Suel a dit…

Ces photos m'ont remis en mémoire Le Jardin des Doms découvert en 1966, l'année du bac, ma première venue en Avignon ! Bonne journée, Brigitte.

brigitte celerier a dit…

ça m'a semblé frappant, non seulement c'est en fait la même chose mais l'attitude confiante et indifférente un peu du cheval appelait la comparaison

Nana Marton a dit…

Il faut que je vous dise combien je suis heureuse de ne pas m'être laissée détourner par votre annonce d'un trop-plein de photos que j'imaginais de faces rubicondes et réjouies par les agapes.
au lieu de cela, vous nous servez les aimables, attendrissantes vues d'artisans pratiquant des métiers presque disparus... et votre commentaire fait regretter d'avoir manqué le vannier, le fabricant de balais, le maréchal-ferrant (bien que j'aie vu, en plein Paris, ferrer un cheval à l'Ecole militaire).
celles que je préfère néanmoins sont vos photos d'arbres (sans doute parce que j'aime et recherche les arbres) et vos photos... de denrées fraîches, celles de marché à Avignon ou, ici, le splendide motif des tartes aux fruits : je crois que je vais la mettre en fond d'écran.
l'impression qui reste c'est que vos photos et textes sont aussi beaux que le travail de ces artisans et leur manière de le mener.
excusez, s'il vous plaît, "l'avalanche" de compliments et de retours, mais c'est que je ne voudrais pas que disparaisse mon désormais premier plaisir du matin (avant, c'était Métronomiques, mais ayant quitté Paris, je me sens plus proche, en tant qu'ancienne Uzétienne, de Paumée)...

brigitte celerier a dit…

grand merci à vous… quoique voilà qui ne va pas me corriger

jeandler a dit…

Fallait-il encore être bien affamé pour garnir son panier fait sur mesure sans démesure.

arlettart a dit…

Un bienfaisant parcours dans le temps Belle la Belle au rouet et autre petits gestes du savoir faire de la vie
Bravo du partage de ton oeil au billet

Christine Zottele a dit…

regrette que Brigetoun ne se soit pas transformée en sorcière errant pendant des heures avec son grand balai... cela aurait eu du panache!

brigitte celerier a dit…

j'ai été tentée… mais eu la flemme

Gérard a dit…

émue par les deux vendangeurs, la photo hérite d'un léger flou.