samedi, septembre 06, 2014

Rêves de voyages interrompus par les vases toujours communicants

petite vieille est en mode lasse ces jours
petite vieille est en mode voyage immobile, rêve, hors temps et vraisemblance
mais s'est rencognée, matin, et un peu davantage, pour déguster ce que proposaient les quelques entêtés vases communicants, entêtés, déterminés, que je salue avec gratitude admirative (oubliant une seconde que cette fois j'en fais partie).

Pour ce mois de septembre, de bascule hors farniente, il y avait
le réel n'existe pas
j'aimerais que les gens arrêtent de penser
rendez-vous de deux aides à domicile au jardin du Luxembourg, et à partir d'un journal, d'une photo de Stallone avec, en légende, la phrase dont le début est devenue le titre du billet, réflexion de l'une, Nasia, sur cette fausse idée que les gens se font d'elle... avant de quitter le jardin, rejoindre son fiancé Etienne (tout ceci étant un résumé sans saveur du texte) et s'énerver, un peu
J’aimerai que t’arrêtes de penser que je suis ignorante ou plouc. J’aimerai que les gens arrêtent de penser que je suis arabe ou aide à domicile. J’aimerai aller à Saint Petersbourg voir les tableaux de Stallone.
et
le réel n'existe plus
un nuage qui passe (rose sur la belle photo de Flo H), et penser au passé qui lui aussi est mouvant, changeant, unique – savoir le regarder, le préserver, le conserver
Nous ne savons plus rester inactifs. Je est une partie du nous. L'insupportable efficacité nous détruit. Ordonner les traces, classer les mémoires, les partager pour les conserver est notre angoissante terreur quotidienne. Je n'existerai pas alors, croyons-nous, si nous ne nous dupliquions pas, plus. La bulle de savon est plus rapide que nous, qui reflète un instant la lumière, la transmue puis... pouf.. disparaît.
poule-racines-sauvagerie
poule racines et sauvagerie
sauvagerie ? Chercher – sauvagerie du coq qui a plumé sa poule, l'enfant sauvage raconté par Truffaut, sauvagerie d'images vues ces jours à la télévision
Sot va, je ris… j

J’aimerais tant que cela soit possible
et
les oeufs de terre
une longue et souple phrase pour parler d'un gamin qui croyait que les oeufs de la poule sortirait de terre puisque tout ce qui apparaît, qui est sauvage, en sort pensait-il en bon petit jardinier
ce qui n’est pas sauvage, ça n’a pas de racines alors, s’interrogeait-il, et quand il n’y a pas de racines, on n’est plus accroché à rien, on est aspiré par l’air du ciel, on se noie dans l’eau, on échoue au feu, on est libre parmi le vide,
sur une photo proposée par l'autre
proactif
rythmé par des retours à l'image, cette image d'un échafaudage contre une vieille façade, et d'hommes noirs travaillant, un texte qui pense et dit ce que cela signifie, qui revient sur les promesses non tenues, sur la vie dure
simplement, je me suis dit que la dignité de travailler était, de nos jours, de plus en plus minée, mitée, gâtée, par ceux-là mêmes qui sont censés la protéger. Certes, il fait beau aujourd’hui. C’est à Paris, je crois que c’est au coin de la rue Debelleyme. Le travail ; la dignité ; le ciel bleu et les mots de ceux qui ont la prétention de nous gouverner.
et
une carte postale du Portugal
une image, ses couleurs, comme une carte postale ancienne, où ne manque que les mots (les imaginer)
une image que l'on regarde, détaille, qui évoque, un tableau, et puis surtout un film, Oliveira et... lisez
Il estimait en effet qu’il avait raté ce qu’il voulait montrer, l’élan qui saisit, comme un aigle sa proie, un «conquistador» pour partir de son pays vers l’aventure, abandonner tout derrière lui sans savoir ce qu’il va trouver en échange ou en perte, la propulsion dans l’inconnu, la coupure de toutes attaches, à commencer par les cordes épaisses qui retenaient le navire choisi et ses hauts gréements au port.
Le lion
passe-muraille
le lion qui est là sur la place, souvenir du temps où il y avait la ville, le pays, à défendre, le lion qu'elle n'a pas vu au début et qui pourtant est si grand, prend tant de place, mais le voir le visiter c'est être là, dans ce qui est exil
Je le regarde comme quelque Parisien la Tour Eiffel. Avec respect. Avec agacement. En gardant mes distances. Avec ce lieu. Avec celle que j’y deviens. Malgré moi. Par une contamination insidieuse. Qui ouvre mes o finaux. De plus en plus. Jusqu’au ping pong. Et voit disparaître. Mon accent.
et
ronde de nuit
beau poème dont chaque strophe commence par deux vers initiés par j’ai dans le ventre un Lion qui... fragment revenant à l'intérieur des strophes, devenues prose, relançant chaque fois ce texte de lassitude, refus de la perte d'un amour,
j’ai dans le ventre un Lion qui se noie dans tes bras et jette ses bouteilles dans l’océan de tes yeux qui ne voient pas ; dans le cœur un Lion qui ne sait pas nager alors se laisse porter par le flot de tes larmes qui ne le mènent jamais plus loin que sur cette plage où tu ne vis pas 
suce mes cailloux jusqu’à la lie qu’importe le flacon pourvu que le mirage nous désaltère.  
maison
la maison de l'autre
(avec la reproduction de deux tableaux célèbres de Magritte) un texte poétique,
J’ai sondé les fenêtres. Les lumières. Et puis le ciel, le matin. Et voilà qu’apparaissent à ses pieds, des reflets nocturnes. Chambres intérieures, insensées, impossibles existences.
dont les images emmènent là où ne voulait pas, lieux communs, mots trop habitués, chercher une fenêtre, une issue, des antidotes, pleuvant l'encre des songes... passant par chez l'autre.
et
C'est ma maison
parle d'une maison où n'a jamais dormi, une maison où cela tressaute, une maison qui se trouve parfois dans le noir, une maison qui bouge, quittée bientôt
Dans un an et demi, je quitterai cette maison pour toujours. Expulsé d’office je serai. D’autres s’en occuperont. C’est programmé. Plus besoin de siffler pour prévenir du danger puisqu’il n’y aura plus de danger. Je rêve d’une autre maison bien sûr. Pas trop le temps de la chercher mais elle commence à se dessiner dans mon imagination. Il y aura de grands champs tout autour. Et puis des volets blancs, un portail blanc, du lierre au mur et une cheminée haute. 
une pièce de théâtre – échange de répliques
hier est un autre demain
entre une comédienne et un metteur en scène
(longueur annoncée, longueur réelle, relative, agréable)
elle revient au théâtre après longue éclipse,
elle entend, ou le tente, tout régenter, choisir le rôle masculin...
Pour que tu me parles de ton projet de pièce, j’ai réussi à caser une demi-heure, entre mon rendez-vous avec Fanny et la générale de Trahison au Vieux-Colombier. Réjouis-toi mon chou, une demi-heure en ma compagnie pour redorer le blason de ce vieux théâtre dont tu viens d’hériter ! Elle est morte à point nommé, ta vieille maîtresse richissime !
tient avec abattage son rôle dans leur discussion/dispute surjouée, et s'attendrit avec charme
et
où lui, le propriétaire du théâtre et metteur en scène, se prétend un peu perdu, avoir égaré la pièce, propose de repartir à zéro
et dans leur discussion tout leur passé, depuis le lycée, remonte, amer et doux
vient leur sincérité aussi peut-être
c’était la fontaine de Trevi, et tu me racontais cela comme si tu étais cette femme fatale, blonde, plantureuse, comme si tu incarnais en fait Anita Ekberg qui ne cesse de briser l’écran avec son étrange fierté… Et moi, je « devais » être absolument Marcello Mastroianni. Tu plaisantais, tu étais très bienveillante envers moi mais au fond, comme tu dis, et maintenant je le comprends, tu attendais quelques avances de ma part que je n’osais pas…
vous laisse découvrir, sur l'un ou l'autre des blogs puisqu'ils y sont tous les deux.
Seuil, passage, porte, en partant d'une photo fournie par l'autre
à l'interface
un texte qui avance en rebondissant, au pied de cet immeuble miroir attendre en regardant les passants qui lèvent les yeux vers la façade miroitante, et pour attendre regarder les reflets fragmentés, pensées réfléchies par les reflets fragmentés, attente dans les reflets comme devant images fragmentées vues d'un train, attendre passage, entre deux mondes, …. et de cet entre naît un poème
J’ai perdu, perduré, duré, enduré, jours heureux, heures perdues, dures, si dures...
Doux, l’ici-maintenant, à l’abri, sur le seuil, entre deux, hors du monde, or...
Je m’égare.
à travers les regards qui fuient dans les reflets depuis longtemps..
et j'arrête ma sotte paraphrase, lisez la
Car dans l’oubli d’un trou noir l’instant toujours tombe.
et
torii photographique
vous marchez sur l'avenue, dans une petite foule, c'est ce que vous dit, vous montre, détaille, ce texte, qui rend le mouvement, le franchissement, le torii, les espaces qui se créent entre les groupes, et puis vous, arrêté
et vous dans l’objectif. le sentiment intime du moment. quand vous envahit avant le déclenchement de l’obturateur le son voilé des klaxons le staccato des voix le bruit des talons qui frappent les dalles et cette pointe de yuzu qui chatouille votre nez.
l’ultime instant pour le pull vert dans le cadre. le pas de le saisir.
dans cette seconde où n’est pas encore prise la photo.
après l'exposition
f/64
depuis le musée, regarder vers le fleuve - dans le musée, les photos – une belle, calme, sensible description.
Dehors, soleil tiède, petite rue, une image, de 1936, un équilibre, un corps de femme lové
La perfection de ce corps nu, sa dimension universelle ne sont en rien troublées par quelques détails particuliers qui ne le rendent que plus touchant et qui pour certains, viennent semer des indices sur la mode du corps : le tracé de la raie sur le sommet du crâne et les cheveux noués en torsade sur la nuque, le duvet fin et long qui parsème les jambes, doré par l'éclairage et l'extraordinaire netteté photographique. Ces détails viennent prendre place dans les plis dessinés par la chair et soulignés par la lumière comme celui imprimé sur la cuisse par le repli de la jambe. Et le regard inévitablement s'attarde sur le centre de la composition, sur ce  triangle noir inversé dessiné par les ombres, qui masque et suggère le vertige de l'intime et que le soleil en surimpression voile et dévoile dans le déroulement du jour.
beau
et
l'absente aux neiges
sous un beau poème de Fan Jouei, un récit – sortir de l'exposition de Nicolas de Staël au musée du Havre, comblé, passer à l'hôtel pour déposer catalogue et autres livres, lire un peu, une lettre adressée à Renée Char – être dans le vertige de l'oeuvre, sentir besoin de bouger, se demander où aller... etc... vous laisse suivre cette belle dérive, ponctuée de passages de lettres de Nicolas de Staël
Il faut longer des empilements de containers qui ressemblent, de loin, aux premiers jeux vidéo avec leurs couleurs électriques. D'ailleurs ces couleurs, curieusement, quel que soit leur agencement, vont très bien ensemble, comme si l'œil avait par lui-même procédé à un arrangement chromatique de circonstance. Cet œil, on dirait, sait où il est et de quoi l'on parle. Il faudrait lui faire plus souvent confiance, et ne pas céder au diktat des idées toutes faites. Derrière la centrale, un terrain de stockage à ciel ouvert du charbon qui l'alimente : un hectare bitumeux, et le ciel devient bistre.
et puis, deux pantouns, écrits, venus plus ou moins exactement en réaction à une phrase «le neuf et l'ancien se rencontrent en nous et dans le monde»
par Philippe Aigrain, ci-dessous, http://brigetoun.blogspot.fr/2014/09/le-neuf-et-lancien-se-rencontrent-en.html, en écho philosophique à Jean-Claude Ameisen
nous remplaçons à chaque jour
deux pour cent de notre matière
ce corps que si mal habitons
comment peut-on le dire nôtre ?
et
sur son atelier de bricolage littéraire http://www.atelierdebricolage.net/?p=6732 le bricolage de Brigetoun avec le jour naissant de la nuit face à la recherche d'énergie d'une petite vieille
sur ma cour s'efface la nuit
aube blancheur indécise
yeux fermés, noyés les ennuis
en ma somnolence exquise
et puis, en toute petiote forme ces jours, lasse, un peu, de l'antre, pour en rester à ce jour voué aux vases, ai tout délaissé, et comme dans un échange était venu Cahors, ses beautés que nous ignorions tout en connaissant leur existence, au lieu de courir la ville ou la campagne, ou d'y musarder, lâchement me suis embarquée sur Google street, et en chemin, passé le Lot, avant de tourner vers la ville, ai rencontré cette vache qui se plaignait amèrement d'avoir été floutée alors que le cochon gardait la belle intégrité de son groin – lui ai répondu que c'était d'être trop proche, physiquement, d'un visage humain.. mais je crois (suis certaine) que c'était hypocrisie de ma part.
N'importe quoi.. pardon

8 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Merci de regrouper ainsi tous ces textes chaque mois, pour que l'on puisse y puiser et les retrouver quand on a le temps de lire. Magnifique travail !

Dominique Hasselmann a dit…

Merci, une fois encore, pour cette "anthologie" des participations au rite mensuel...

Oui, Google Street floutant une vache, le système aboutit à des effets comiques (le grain de sable dans les mécanismes aveugles nous sauvera) !

brigitte celerier a dit…

merci à vous
l'impression très forte que ce sont les derniers vases
une indifférence totale

jeandler a dit…

En " mode lasse " ? Qu'en sera-t-il lorsque tu mettras le mode " turbo " ? Merci pour la recension. Le ciel est gris ici, très gris, ce matin.

brigitte celerier a dit…

après hésitation se décide pour le bleu ici
mais j'ai envie d'hibernation/absence

Gérard a dit…

Je ne sais si de l'art ou du cochon mais quel travail !

Luc Comeau-Montasse a dit…

Une carte des menus
goûteuse
merci de l'avoir produite et partagée

Anonyme a dit…

merci de votre attention lecture passage rendez-vous. Bien sûr, tous les mois. Amicalement.
PCH