samedi, novembre 08, 2014

Pillage des vases, avant le chant du violoncelle et autres

Parce que cela flattait ma dive paresse, ma compagne,
ai décidé de rester en bordure du jour, dans le flou -
Parce qu'il me reste un petit goût pour ce rite (et parce qu'après échange avec Angèle Casanova, il en avait été ainsi décidé)

me suis limitée – ou presque, à part lavage cheveux massage pieds, cirage énergique des bois, et voyages sur google street en écoutant musiques diverses - en attendant la nuit, la musique et la voix d'un violoncelle, à la lecture, comme le puis, des vases qui continuent à communiquer.
pour moi une fois encore, dernière ou non selon ma fantaisie, pour moi comme chaque fois, puisque Angèle doit, en principe, donner sa lecture sa recension - et ce sera certainement moins à la va-comme-peut-ou-peut-pas - sur http://www.gadinsetboutsdeficelles.net/spip.php?rubrique4 ou http://vasescommunicantsliste.wordpress.com
Entre
à partir d'une phrase de Camus : seule la musique est à la hauteur de la mer, et de deux photos de François Bonneau
un poème, poème qui évoque un retiré en son château intérieur, ou plutôt son phare, toutes distances abolies pour ses pensées qui s'élancent sans obstacle – j'arrête cette tentative dérisoire
juste, pour qu'humiez le parfum de ces vers
Ses rames, dans un coin, sont des supports aux trapèzes d’araignées.
Il ne les regarde plus. Son château intérieur s’appelle «Si seulement».
Si seulement il trouvait la porte de son phare.
Si seulement il la franchissait.
et
l'obsession de la boite, et entre deux boites passer, grandi, des pensées sombres aux idées lumineuses.. (résumé indigne, Brigetoun !)
ne pas supporter l'enfermement et s'il se produit vouloir que la fenêtre soit voilée pour y projeter des rêves d'espace, d'une île, ou si la porte est enfin ouverte,
Je n’aurai que mes bras et mes mains, qui m’ont si bien servi dans cet exercice pénible à me hisser au niveau des toiles d’araignée pour voir un peu mieux au milieu de cette opaline aux reflets verts et célestes. Je roulerai mon corps jusqu’à la rive. Je me calerai dans la mer et je m’aventurerai au milieu des petites ondes grisâtres. La musique de la mer s’occupera de moi, bien sûr en orchestrant des courants bénéfiques…. 
Celui qui lit. Celle qui ne veut plus écrire… Celui qui veut écrire.
et à l'aube je me casserai les plumes
parce que je ne dois plus écrire, je le rêvais.. un beau texte comme un poème
que je voulais être seule, que je partais,
je ne ris plus. je ne pleure plus.
je brûle.
j’ai commencé par allumer la cheminée avec mes dictionnaires. j’ai enfourné mes anthologies, mes poésies et mes précis de littératures. j’ai ajouté sans dégoût mes romans posthumes, ceux sous pseudo, les anonymes et mes albums illustrés. je ravivais les flammes à la lueur de mes cahiers.
et
celui qui...
texte haletant, celui qui ne comprends pas tout, lisant, celui qui doit faire attention, et passent la feuillée, une main coupée, un transsibérien, le vent, la boue que l'on façonne..
Celui qui… peut, enfin, se mouvoir seul… Que de temps… il en faut du temps… et la vitesse ne sert à rien… qui ne compresse que de l’air… de la boue, cet être inerte… on écrirait sur ton front… celui qui lit… tu l’effaceras un jour, golem moderne, pour… celui qui écrit…
à partir de «questionnement Hantaï» de William Mathieu
le bruit du glas un texte écrit avec seulement la moitié de l'alphabet, et le tour de force s'oublie – un homme, Gabriel, lit une lettre, lettre d'un légiste à propos d'Isabella, et le texte est goûteux, avec un plaisir des mots, des mots parfois juste un peu trop délaissés, pas rares, juste pas usés, recherchés pour leurs lettres,
Si gît là Isabella, Gabriel l'adulera. Sur l'autel érigé à la déesse des Arts, il idéalisera la beauté altière de sa libellule astrale...
Elle sera sa bergère, et lui sera le bélier, le sigisbée béat de la seule titulaire du sérail.
et
couleurs et matières
un poème, poème adressé à un enfant devenu homme, qui se cherche dans sa peinture, poème attentif, amoureux de cette peinture
Tu tâtonnes, hésites,

Prends appui sur les parois

Ses aspérités te rassurent

La vie naît sur tes murs
à partir d'un grafiti ou d'une fresque éphémère
Mais à Clacton-on-Sea ils ont chassé Banksy
le récit d'une hirondelle qui s'est trouvée face à cinq pigeons anglais (puisque ne pourraient être d'ici) parce qu'une amie l'avait persuadée de cette excursion lointaine depuis l'Afrique, au lieu de s'arrêter à Saint Maximin, récit plein d'ironie.. prolonger excursion jusqu'à l'épuisement total pour trouver anglais aussi rébarbatifs que les pigeons représentés sur le mur (bon c'est plus long, plus goûteux)
L’atmosphère était pesante, les habitants parlaient de roumains, de polonais qui leur mangeaient la laine sur le dos. Tout d’un coup, ces anglais plus que ronchons il les transforma en pigeons levant pancarte et voulant bouter hors de la ville autrefois florissante les étrangers.
Et qui devient l’étranger à chasser, moi, Annabelle, la pauvre hirondelle qui avait volé beaucoup trop loin.
et
une série de grafitis bruxellois beaux et savoureux ou plutôt des oeuvres de rues ou sculptures
A Bruxelles se montre un art vivant
On peut voir dessinés un tas de porcs dormant..
et ce refrain Mais à Clacton-on-Sea ils ont chassé Banksy
six poèmes, tercets, nommés cosmogonies à partir d'une photo d'Eric Schulthess, poèmes simples et délicats, comme ces détails qui contiennent le monde
Chaque étoile de la terre
mirant longuement
le désert des cieux
et
le fils du guerrier
le fils du guerrier avait trouvé la feuille dans la poche de la défunte, premier vers du poème, et belle introduction à la description de cette morte, sur la terre gelée et crissante, une morte de guerre, et aux pensées du fils du guerrier.. de la fin de la guerre aussi, et des morts parmi lesquels il ne fut pas, et de la poésie brusque, parce que
Une poétesse, il s’était dit en dépliant la feuille pleine de ratures.
Émerveillé que des mots simples puissent naître du chaos.

Il n’en avait jamais lu des poèmes de poétesse.

Se souvenait de poètes récités au lycée cette année, mais point de phrases de dames.
jazz
sphère mot qui lance chaque paragraphe de ce texte inspiré par une fresque, un portrait de Monk, fresque où bientôt s'impose seule la sphère jaune où il s'insère - et je découvre que ce mot est son second prénom, ignorante que je suis.. de ce détail, Theolonious retenant mon attention, et sa musique davantage à laquelle est vouée ce beau texte que vous conseille de découvrir
Sphère. C’est bien plus tard que tu l’entends avec John Coltrane au saxo alto, Blue Monk, esquissé en ombre bleue tremblante,  et que tu es sonnée, le choc de deux génies, le grand jeu des solos, qui se cherchent en duel, la partition piano sur laquelle le saxo refuse de s’aligner, Coltrane verse en mode personnel, dans cette précipitation et accumulation de notes qui donnent le vertige, alors le piano enchaîne en ligne d’égo rivale, au jeu du chacun-son-tour, mais à peine un partage, ils cherchent à s’impressionner par leurs glissando, collaboration de cinquante-sept au Carnegie Hall, une proximité au bord de l’abîme,
et
jazz qui souffle
Jazz qui souffle, pousse, prie, crache, éructe ou caresse, embrasse, embrase, s’insinue dans les sinus, étonne les oreilles, vrille ses marteaux ou mailloches dans les encoches de la tête et du corps, martèle les jambes et les pieds, dynamite le cœur et les poumons, fait vaciller les tympans dans son cymbalum aigu, danser les labyrinthes fusionnels, vibrer l’ossature impalpable des gestes immobiles, dériver la barque des sentiments naissants ou éloignés… 
jazz qu'épouse ce court texte qui pulse si bien... (aime)
camping
je campe ma vie
illustrée par Manufrance
succession de cycles, trop présente/absente – parce que la peur (dont elle parle bien) fait disparaître, jusqu'au renouveau – vie campée, vie de quelques uns qui restent en coulisse, vivent lentement, jusqu'à retrouver regard neuf,
Ma queue sanglante, abandonnée là, seul souvenir de mon passage. De mon existence. Sans queue. En larmes. Pleine d’espoir. En l’avenir. Malgré cette boule d’amertume qui me fait dire que non il n’y a pas d’espoir, que je ne suis faite pour rien que pour camper ma vie et courir vite. Alors j’avance. Je participe. En surface. Mais en profondeur, je suis ailleurs. Et j’y reste. Et je campe. Ma vie.
et
lecture au camping
suivre avec lui le maître, un enfant de dix ans qui ne savait pas lire (obstinément, malgré le soin que prenait le maître) mais qui aimait chanter et chantait bien sur le chemin du camping, pour cette presque fête, une sortie scolaire, il y a dix ans...
Nous passions devant, et Guy chantait, je ne sais pas exactement quel refrain il avait entonné, c’était un 5 novembre, tout comme aujourd’hui, il était dix heures et demie, le soleil était à nos dos, et passant devant l’hôtel j’y pris un prospectus. Sans y penser.
lire le texte sensible pour trouver la petite surprise finale que l'on attendait un peu, mais qui fait tant plaisir
combustion
le feu
en partant d'un passage de Bachelard, souvenirs délicatement et attentivement écrits, souvenirs du feu, du père et de son accident du travail, du froid matinal et du chat avant que la chaleur soit créée, du jeu du doigt et de la flamme d'une bougie, d'une bouilloire qui tombe...
La boulangerie brûle au coin de la rue. Les flammes s’élèvent haut dans le ciel. Et rejettent des fumées noires et grasses. Toxiques. Les gendarmes font la circulation, dévient notre chemin vers un parking qui nous permettra de retrouver la rue principale un peu plus loin. Les pains vont griller. C’est sûr. Lorsque nous repassons dans l’autre sens, le soir, la rue est déserte. Le feu est éteint. La maison s’est effondrée sur elle-même. Les murs noircis saillent en pans agressifs. Une vague fumée s’échappe encore des cendres.
et
la première allumette
une série de belles photos, une série de textes ciselés pour dire l'errance, la perte, la difficile avancée
Débiter les immenses hêtres brésiliens à la tronçonneuse, à la hache, à une cadence crescendo, pour obtenir 807 mille cure-dents et des poussières dont les extrémités, quand elles seront souffrées, les métamorphoseront en autant de belles allumettes / cacahuètes / c’est chouette... Et de s’enfoncer dans la nuit en levant haut les jambes à chaque pas pour ne pas être capturée par la boue que l’on ne distingue pas, en reprenant son souffle pour ne pas être repérer par les chouettes, s’engloutir dans la nuit avec, comme cap unique, l’étouffé fracas des lames océanes quand bientôt, bientôt, bientôt et de mollarder dans cette satanée boue…

une sieste tardive parce que me sentais un peu trop fiu ou floue ou prête à sombrer dans sommeil, yeux tombant dans les orbites - endosser robe vert assourdi pour espoir timide 
et départ vers l'opéra, dans la belle et froide nuit, pour un concert symphonique sous la direction de Samuel Jean.
une entrée en musique avec un compositeur que ne connaissais pas, honte ou malchance heureusement corrigée, un bref Hiver (N°2) d'une suite en hommage à Vivaldi, le prêtre roux, de Pierre Thilloy, néo-classique mais de belle qualité et force,
concerto grosso de 13 minutes environ pour ensemble de cordes, deux flûtes traversières, deux hautbois, deux clarinettes, deux cors, deux clarinettes, deux bassons et deux trompettes
avec salut du compositeur
Puis le concerto pour violoncelle et orchestre en fa mineur de Schumann, avec en soliste Gavriel Lipkind. (tunique longue et ample en velours frappé, crinière bouclée s'agitant et belle attention au chef d'orchestre) filant d'une traite, sans marquer de pause entre les trois mouvements, sonate, lyrisme méditatif, rondo énergique, musique d'inquiétude sourde, qu'accompagne, d'où s'élance le chant ample et tendu du violoncelle -
Je n'ai pas trouvé d'enregistrement par Gavriel Lipkind du concerto de Schumann, alors si ne l'avez jamais (comme moi) écouté jouer, un peu de Ligeti
premier bis, le prélude aux suites de Bach, je crois, musique amicale et en second, très beau et non identifié par moi, une musique lente et profonde, plus proche de notre temps, du grave velouté à la clarté.
Entracte trop trop long comme toujours – sortir sur balcon pour imaginer un cigarillo - et pour rester dans le romantisme, et grâce à la chance dans le peu que j'aime de cette musique (finalement je réalise que ce peu ne l'est pas tant que ça) et que j'aime beaucoup, comme une amie que l'on a plaisir à retrouver, la symphonie n°4 italienne de Mendelssohn
allegro vivace envie de danser– andante con moderato – con moto moderato délices – saltarello , presto euphorisant.
De quoi m'en retourner joyeusement sereine vers la bintje écrasée, le cabillaud et le sommeil recroquevillé.

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Alors voilà que vous n'avez toujours pas décroché : qu'il s'agisse des "Vases" ou de la musique.

Mais celle-ci s'évase toujours...

brigitte celerier a dit…

en l'occurrence cette musique là s'évasait largement et énergiquement

arlettart a dit…

Belle diversité en une journée !!! Brume persistante ce matin dans la Drôme et toiles d'araignées perlées en écho" du Phare"de tes vases

jeandler a dit…

J'aime le violoncelle, si proche de la voix humaine.

brigitte celerier a dit…

moi aussi