vendredi, novembre 21, 2014

Portefaix et tête de linotte, voyage fictif


ouvrir la porte sur un ciel de gros champignons blancs et gris entre lesquels se risque une lumière gaiment bleue, et s'en aller dans la ville
sortir de chez le teinturier, mule à la charge mal répartie, jambes se prenant dans sac de draps qui se bagarre avec sac-porte-cadeau-à-poster et le manteau et les pantalons glissant dans leur plastique sur mon bras, l'autre sac, le principal, le riche, chutant de mon épaule chaque fois que je tente remise en ordre et chapeau ayant des idées d'indépendance... penser layette, un peu découragée par trajet en ces conditions et trouver sur mon chemin une petite vache dégingandée, absurdement laide et charmante qui servira de premier salut...
passer à la poste – plaisanter et devoir recommencer les paperasses parce que suis en plein numéro petite vieille fofolle 
arriver sur la place, se repaître du feuillage qui mousse roux dans la lumière, penser ocre, penser canadienne, jurer, repartir vers la poste, récupérer l'oubliée ainsi que les pantalons... regagner l'antre 
NE PLUS RIEN FAIRE ou presque ou que du pas utile...
et me borner à reprendre la dernière étape du voyage fictif aux Pays Bas pour les cosaques http://lescosaquesdesfrontieres.com
Ce serait – 10 – couchée au bord de l'eau
Ce serait lassitude.
Ce serait, comme pour tout amoureux des villes, une soudaine envie d'absence, de retraite, un rêve de campagne irréelle, calme et douce.
Ce serait à Amsterdam.
Ce serait, m'asseoir précautionneusement, lissant mon manteau sous moi, jambes allongées rigidement, pieds dressés, sur l'herbe qui m'attirait, là, au bout de ma marche dans la ville, de ma flânerie un peu vide dans les allées du Vondelpark, vers la fin de celle qui borde souplement le petit lac.
Ce serait la douceur du tapis vert, ses reflets jaunes, ce serait tâter la terre dans une de ses brèches, ou usures, à côté de moi, ce serait jouer avec trois minuscules cailloux en regardant l'eau sombre, ce seraient les plantes y trempant leur tronc, leurs branches, en face de moi, ce serait ignorer, de moins en moins crispée, les enfants, les vélos, qui passent dans mon dos.
Ce serait regarder le ciel, son bleu doux, tenter de saisir le mouvement imperceptible des fins nuages.
Ce serait basculer, ce serait, à plat-dos, perdre mes yeux jusqu'à les fermer, dans la lumière fine de l'après-midi qui s'en va finir.
Ce serait un soupir de souvenir qui monte, indistinct, des images passées sans doute.
Ce serait me réveiller et sentir que je pleure, me redresser, voir une petite bouille ronde, deux yeux ronds, une bouche ronde, une peau rose.
Ce serait lui sourire, secouer un peu la tête – ce seraient les sourcils, les joues qui se plissent, hésitant à la peur.
Ce serait faire une grimace, ce serait recevoir un sourire timide.
Ce serait la voix d'une mère, ce serait espérer que les larmes stupides, venues d'un je ne sais où, je ne veux pas le chercher, ne sont pas visibles.
Ce serait dire que mais non, il ne dérange pas la dame (en réponse à une phrase que je croirais deviner, avec l'espoir que le sens de ces mots incompréhensibles passe dans ma voix) ... me lever aussi dignement que le peux, rapprendre aux jambes le mouvement, aussi net et dégagé que le pourrais, souhaiter une bonne fin d'après-midi, ne pas comprendre ce que dit la petite voix, m'éloigner.

6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Les voyages fictifs sont parfois exempts de toute déception...

brigitte celerier a dit…

sauf si on en décide ainsi … ce qui ne compte pas
et ce sont aussi les moins fatigants

arlettart a dit…

De la pure poésie Chère " vieille Dame QUI NE VEUT PLUS RIEN FAIRE"

brigitte celerier a dit…

ouille ! merci

Gérard a dit…

...ce sera voir les rues se faire enguirlander

brigitte celerier a dit…

avec la discrétion de bon ton de mon quartier