samedi, novembre 22, 2014

Puisque je rentrerais, on dirait que

On dirait que je retrouverais, vers 11 heures, ce 22 novembre, ma vieille gare de Lyon pour regagner l'antre.
Avertissement : me suis amusée, un peu, ne suis pas certaine que cela ne me soit pas très personnel, mais ma foi c'était là

Or donc, il y aurait eu vendredi dans la nuit retrouver la Cité de la Musique, être au bout d'un des deux balcons (ne sais où était ma place, mais je dis que) pour voir de profil cette merveille qu'est William Christie dirigeant, faute de pouvoir grimper jusqu'à la galerie qui surplombe la salle pour m'installer, avant son arrivée, et en restant soigneusement aussi immobile qu'une buche, face à lui, puisque ce soir il y aurait aussi des danseurs à regarder, outre le plaisir d'écouter Daphnis et Eglé et la naissance d'Osiris (jamais entendue) de Rameau.
Or donc, il y aurait eu, auparavant, jeudi, le premier matin, me réveiller dans le souvenir, bon ou déçu, des Nègres montés par Wilson à l'Odéon, boire un nescafé parce que j'en ai toujours dans ma valise, regarder le petit jardin, sortir pour le plaisir d'un petit marché, en souvenance de mes premières années autonomes, rue Saint Antoine, même si ce bout de la rue Amelot en est assez éloigné, 

et, pour retrouver le cheminement, il y a tant et tant d'années, entre mon tout petit logement et le pied-à-terre-école-pour-sourd de ma mère et ma petite soeur à Saint Ambroise, descendre la rue jusqu'à l'angle du Chemin-vert (ne reconnais pas le café)
suivre le boulevard Beaumarchais, indifférente aux cycles, saluer le banc de coquillages et tourner dans le pas de la Mule, (là les souvenirs d'une quarantaine d'années se superposent, vision fuyante, boutiques, antiquaires disparus, etc..)
En débouchant sur la place (les échafaudages qui étaient là, mais je l'ignorais, en août, sont ils toujours en place ?) envoyer un salut muet vers, là bas, au coin, au fond, Victor (lequel ? Hugo bien entendu.. j'aimais, avec le dandysme de ma jeunesse, passer le voir, quand pouvais payer le billet, avec mon sac, mes poireaux et salades) et continuer en me sentant absurdement bien, chez moi, malgré toutes les transformations, et l'argent envahissant qui, de mon temps, de celui du début, vers 1970, restait timide, ancien et discret, continuer donc sous les arcades de la place des Vosges
Traverser la terrasse, déserte en ce matin d'hiver, du salon de thé - mon antiquaire préféré, dans la vitrine duquel ai choisi tant de meubles (me souviens brusquement d'une table de jeu, avec ses petites tablettes pour poser des chandelles, dont la grâce des jambes m'était régal) est devenu une galerie, belles choses, et la fripe n'est pas encore là, 
qui apparaît en face de l'immuable «Ma Bourgogne» (je découvre au passage les nouveaux éboueurs, zut, suis étrangère) fripe que je longe avec, comme depuis plus de quarante ans, un refus têtu de cet envahissement, suivant les Francs-bourgeois – même la pharmacie, il était si charmant, est remplacée maintenant par une chaîne de produits de soins - jusqu'à rencontrer la marquise ma voisine en son hôtel Carnavalet, 
Ne plus m'agacer des occupants de ma boulangerie, ils ont été parmi les premiers à investir la rue, et ils ont gardé soigneusement la vitrine – sourire au Monde sauvage qui survit même si, trop souvent, c'est derrière des grilles,
et saluer ma jeunesse, la porte de ma première vraie adresse, de l'escalier à claire voie, du souvenir de ces jours d'hiver où l'eau débordant des toilettes-sur-le-palier (j'avais droit, moi, à un bidule à moteur) transformait les marches en tobogan, et le café qui veillait sur mes retours tardifs.
L'épicerie hongroise, le libraire ont disparu depuis déjà bon nombre d'années, qui avaient résisté plus longtemps que la plupart des autres commerçants, mais la caserne de pompiers, la plus belle de Paris, est là, comme le café, et Saint Paul est toujours notre horizon. (bien entendu à vrai dire je reconnais des boutiques, puisque suis passée et repassée par là depuis ces temps anciens jusqu'à mon exil, il y a neuf ans je crois... mais elles ne comptent pas, les ai jamais regardées)
Saint Paul devant lequel je tourne pour revenir vers la Bastille, marchant sur le trottoir qui était autrefois bordé de petites charrettes - ne sais ce qu'il en est maintenant - et je retrouve le premier marchand de légumes (mais google street m'oblige à faire des efforts d'imagination pour reconstituer l'animation d'un matin d'hiver)
Le poissonnier avec sa belle enseigne semble être remplacé par un Paul-depuis-dix-huit-cent-et-quelques, mais reste le pâtissier que je trouvais d'autant plus excellent que n'en savais rien, ne le fréquentant pas et les vélos sont en batterie depuis que le vélo devient de plus en plus obligatoire pour se déplacer vertueusement (me semblait que nous autres piétons-au-besoin-usagers-du-métro n'étions pas, si on néglige nos cigarettes, terriblement plus gênants), le chinois qui le premier avait rajeuni les vieilles traditions est rejoint par un traiteur japonais, la boucherie chevaline survit, comme les bistrots, et comme j'ai mis un mois pour faire quelques mètres, passant d'août à septembre, une petite animation sympathique fait vivre le trottoir.
Je retrouve, face à l'hôtel de Sully, le Monoprix, la pharmacie qui s'insère entre deux de ses entrées, et le grand marchand de légumes - des fripes qui, pour changer, sont destinées aux petites bourses, le charcutier qui ferme presque la série de boutiques de bouche, avant la rue du Petit Musc, que rituellement je corrige en pute y musse, la coupole de Mansart pour les visitandines, Beaumarchais réfléchissant les bras croisés, le détour par Bollinger, et le tabac qui lui fait face, les derniers mètres, la place de la Bastille..
le Flag Café, un peu mort puisque nous sommes de nouveau en août, et la boutique Dalloyau, qui avait pour moi remplacé les dernières années, celle du boulevard des Capucines, où ne suis plus reconnue (mais en conservateurs qu'ils sont, je reçois toujours leur carte à chaque changement de saison, ce qui suffit à ma délectation), d'où je ressortirais avec quelques arlettes, des gambas à l'aneth, un gratin dauphinois en cocotte, une petite boite de pâtes de fruit et des souvenirs de fêtes familiales
Et, comme deviens paresseuse, et que pitié j'ai de ceux qui m'ont accompagnée, je déciderais, le soir, pour aller à la Colline, de ne pas descendre vers la place de la Bastille pour entonner la rue de la Roquette et mes milliers de pas anciens, me contenterais de la rue du Chemin-vert, m'ennuierais prodigieusement, et, lasse de cette marche sans intérêt, je m'engouffrerais dans le métro au Père Lachaise pour une seule station...
pardon demandé, me suis bien promenée...

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Votre promenade virtuelle montre les pouvoirs d'Internet : vous vous êtes transportée sur place sans effort (mais avec un peu de masochisme ?) et il manque juste une photo de la Cité de la musique et de la salle si belle car à dimension humaine.

Vous n'avez pas montré la photo de votre studio loué en pure perte rue Amelot ?

brigitte celerier a dit…

oui, ne sais pas trop pourquoi… se limiter tout de même un peu, et puis le charme tenait dans le petit jardin qu'on ne voit pas de la rue (plus la propriétaire)

tiens devrais me propulser à la Cité pour voir ce que ça donne avec la Philharmonie (j'aimais bien l'ensemble conservatoire halles cité)

arlettart a dit…

Il y a des lieux qui sont indestructibles que nous revivons sans cesse Et même retrouvais une porte rue de Sèvres et suis restée là figée avec forte envie d'y entrer

brigitte celerier a dit…

aime bien (mais moins tout ce qui est avant, mauvais souvenirs)

jeandler a dit…

Paris comme un village, rien qu'à soi, pour un soir.

Christine Simon a dit…

dans ces quartiers où étais hier, eu une pensée pour vous, d'ailleurs pour moi vous êtes liée à ces lieux désormais.

brigitte celerier a dit…

mon vrai village, le plus longtemps occupé, 40 ans environ, et celui où on m'arrêtait dans la rue les derniers temps pour me parler de ma santé, c"était le haut de la rue de la Roquette

mémoire du silence a dit…

"Je me souviens ... "

Christie, oh ! oui, quelle merveille !!!