samedi, décembre 06, 2014

Dans l'antre en lectrice des vases avant le concert de la nuit

Comme n'avais pas obligation de sortir de l'antre, et ne le voulais pas
comme paresseuse suis, comme l'habitude n'est pas encore morte, comme Angelica Casanova a la gentillesse de m'y encourager, me suis installée, encore une fois, pour lire - demandant à mon crâne d'éviter les dérives dans le flou - ce qui s'était échangé dans ces vases communicants de décembre,
autour du profil du crime
variations sur le profil du crime en 140 signes ou presque
comme une succession de tweets tournant autour du thème du crime, pour le cerner, dresser son profil (et ce dernier mot revient dans tous les tweets, sauf un)
pour s'achever sur cette affirmation
Si tu observes le crime de profil, tu discerneras une ombre qui te dérange, celle de l’humanité, peut-être un petit morceau de toi.
et
dialogue entre L'autre et Lui, pour un Diablogue ou presque, plein de raison ou de raisonnements ce qui n'est peut être pas la même chose
et puis après cette phrase
L’autre : «Vous pouvez faire le malin mais si vous croyez que vous allez vous en sortir comme ça, vous faîtes une grave erreur mon ami.», après un moment de rumination de l'autre, c'est un dialogue entre L'autre et un autre, et cette conclusion
L’autre : «C’est vraiment dommage. Il avait vraiment le profil mais bon, on ne peut pas gagner à tous les coups. Merci. On se retrouve au bureau. Je dois vous laisser on m’appelle sur une ligne que je croyais morte. Ce doit être important.» à vous, ou nous, d'en tirer une morale.
couleurs – pour un bel échange
bleu blanc
le travail vers lequel partir chaque jour depuis si longtemps, pour l'argent, mais pas seulement, travail d'enquêteur, de sondeur, ceux qu'on rencontre, noter, crayon bille bleu sur papier blanc (dérisoire résumé qui dénature et supprime)
Il y a sûrement des clauses au contrat de propriété privée de ces réponses, donc je n’en peux dire rien, je ne fais que noter sans dire qui est ni d’où vient cette personne, rien d’autre, je ne dis même pas ses mots, je ne les emprunte qu’à peine, elle ses cheveux presque blancs et courts, son chandail rouge, je sais ses lunettes, ses soixante trois ans, son métier que je tais comme son lieu d’habitation (j’en ai déjà trop dit), elle debout, là, devant moi penché, mon crayon (c’est un bic bleu, à bille, quelque chose de courant), mon manteau, mes lunettes (j’ai mon âge),
et arrivent dans la réponse les cellules gliales (incompréhension provisoire) et l'histoire..
et
jaune bleu
un beau texte - le souvenir du bourg de son enfance, introduit, caractérisé en une souple phrase, quelques mots – une nuit d'hiver – et les phrases suivent la recherche, la re-création d'un moment, eux quatre, père, mère, enfants, serviettes et linge dans un sac, la nuit, l'usine, les vestiaires aux couleurs des footballeurs de Sochaux-Montbéliard, les douches.. lisez
Odeur familière, familiale, que j’associerai à jamais à la couleur bleue (sans le jaune cette fois), au bleu de travail – le bleu, ce mélange d’huile, de graisses, de métal froid et de rouille ; le bleu : couleur humide et crasse d’où dépassent quelques copeaux (également accrochés dans les cheveux quand ils ne brûlent pas la paupière). Étrangement, de ces soirs-là, la mémoire remontera plutôt une odeur d’eau de Javel puis gardera un temps celle du shampooing avant d’être avalée par les fumées du bourg dans la nuit. Et puis la honte, la fierté et la peur.
à partir de la vidéo d'un spectacle de danse de Pina Bausch remonté par Dimitris Papaioannou
Marianne Desroziers http://alice.scaliger.fr/?p=786
Ici et maintenant
poème pour l'impossibilité de dire, de mettre mots sur cette danse, ce spectacle (si vrai... et si élégante solution) – poème, phrases qui disent si bien
A ceux qui dansent avec tout leur corps, de la racine des cheveux au petit orteil : leur visage, leurs épaules, leurs bras, leurs coudes, leurs mains, leur torse, leur ventre, leurs hanches, leur sexe, leur fesses, leurs jambes, leurs genoux, leurs pieds.
et
nowhere
aller, pour commencer l'année 2000, à Nantes, pour l'ouverture du Lieu Unique, et y voir le spectacle donné pour l'occasion par Pina Bausch, les danseurs sous le ciel – la chance d'une naissance de tous les possibles
Dans ma mémoire, des danseurs entortillés dans de longues écharpes colorées m'offrent parfois l'oubli, petites capsules que je déroule, petits souvenirs sucrés. Dans cet endroit précis, Nowhere.
écriture,
incertitude des mots
court et beau poème (oui c'est ce que je dis pour les deux – mais ils se suffisent à eux-mêmes)
Impératif de dire

C’est toujours

le silence

C’est toujours

le dire
et
écrivant
court et beau poème (oui c'est ce que je dis pour les deux – mais ils se suffisent à eux-mêmes)
Chaque lèvre privée
de baiser frémit
devant la caresse
des mots nus…
haïkus pour la nature
une série de haïkus qui s'enchainent en un poème-promenade hivernale
Je repars avec
Un sourire et son espoir
De voir le printemps
et
entre deux photos de Marie-Christine Grimard, une série de haïkus parfaits, de la vision extérieure au sentiment sous jacent
Devant la colline
Seule plus que solitaire
Un autre jour point
sur une image fournie par le vis à vis
comme une bombe à retardement
sur un tableau de Giovanni Merloni, une ode à une femme (comparée, ça commence bien, à Libération) entre traces d'ironie, ferveur et verve
il suffirait de suivre la flèche
l’architecture se marie avec la peinture
le cubisme est triangulé tel le GPS des beaux-arts
et
liberté chérie
quatre strophes en acrostiche pour Paris
entre découverte, admiration, ironie, critique
Policiers ? ou les pas d’innocents ouvriers ?
Architectes arpentant des chimères ?
Revenants dans un rêve de sons et lumières ?
Images faussées par d’habiles sorcières ?
Sur la grue le démiurge nous étale une promesse
la langue maternelle
Que signifie ce nuage ?
À lire et écouter, son rapport au français et aux autres langues (doucement dit, joliment exprimé)
Très tôt, ainsi, je me suis résolue à classer le non-français au rayon des bruissements du monde. Le russe y côtoyait le frisson des herbes sous la brise, l’anglais était tout proche d’un gloussement de ruisseau, d’autres langues sifflaient, chuintaient, couinaient, chantaient
et puis la découverte, à partir de l'obligation de se frotter à l'anglais, de la richesse qu'apporte la connaissance d'autres langues,
Du français à l’anglais, ma voix change, ma posture subjective aussi, mon rapport à l’action et puis cela : la langue passe en sifflotant à côté des « vérités vraies »
et
en une série de paragraphes comme blocs juxtaposés, une réflexion sur ce qui pourrait être en sortant de la langue ventre, celle où on est né, celle où on demeure après rares incursions en autres comme on demeure dans cette terre, et ne sortir de cette corps-langue qu'en creusant, mais n'avoir d'appui qu'en elle, aiguiser cette langue ventre, en extraire une langue propre, être celui qui écrit et celui qui lit
Deux langues dans la même langue, celle qui vous porte et vous emporte, celle sur laquelle la première se penche. Avant qu’elles n’échangent leur place, sans jamais pourtant savoir sur le dos de laquelle celui qui est voyage ou demeure.
métro
inspire
trois vidéos, quais du RER, et leur animation - presque nostalgie brigetounienne, enfin un petit presque -
pour quatre poèmes – vie, l'ordinaire et son petit goût amer, transfiguration, lyrismes, par l'esprit d'un, par l'esprit des humains qui y baignent
Quand se résorberont vos influx des hauts fonds.
Mornes avantages que le plaisir amer nourri aux feux consumés…
Qu’en biais des saisons et drames et songes, langue sèche déjà acquise,
splendides, les canines splendides, de conteuse de boue, alors…
(pas certaine de moi... ce que j'ai lu, que j'ai senti et aimé)
et
le baiser de la fête (poème de métro inventé)
une vidéo, un montage, bruits de fête foraine et un texte dit - deux parents et leur enfant dans le métro qui les ramène de Disneyland - sur la photo d'un ballon orné d'une texte de Mickey
aimé l'ensemble, l'alliage, mais, pas douée pour les notes à la volée, j'ai écouté et n'ai pêché que ce fragment
L'homme enlève sa main passée dans son casque et caresse de l'envers de ses doigts la joue de l'enfant. C'est comme si l'enfant venait de grandir. Il est plus grand. Ses yeux marrons roulent sur les gens…
la cédille
Rixile à écouter, dit par EricSchulthess, sur https://www.sonsdechaquejour.com à lire sur http://carnetdemarseille.com/les-vasescommuniquants/
en signe de ponctuation
à propos de ce petit truc, la cédille, un très joli texte – la découverte, par la petite fille qu'elle était, de son importance, de l'importance des signes
Je ne savais pas que le clignotant pouvait être déterminant,

que le vent pouvait ébouriffer l’océan,

que la main pouvait guider,

l’oeil cligner,
petite fille qui a grandi, qui a une maison, qui regarde travailler l'homme aux électricités, qui...
et
Sam cédille
Sam prenant l'avion vers un de ces pays du nord, du froid, se souvient de ce professeur de français qui, il y a quelques heures, ce matin n'avait pas su apprécier son devoir, ce texte où il avait semé des cédilles partout
Pour s’amuser. Parce qu’il trouvait que la langue française, on pouvait l’utiliser pour autre chose que pour des trucs sérieux, des histoires sombres, des récits guerriers. Ou à l’eau de rose. Il avait eu envie de la faire sonner différemment cette langue. Pour voir et écouter comment on pourrait à partir d’une petite cédille embarquer vers d’autres horizon
et séduite par l'idée, j'y rêvais en continuant la suite du récit (qui mérite meilleure attention), en découvrant le fameux texte, en savourant, et en apprenant quelque chose à la toute fin.
sur des photos proposées par les deux vases-communicateurs (très laid ce mot inventé Brigetoun)
dans ventre ça a commencé
pour un photo-reportage réussir à tout dire, tout montrer en une prise de vue rapide,
comme avec cinq photos qui pourraient retracer la vie d'un homme (pour l'explication prière de se reporter au billet) et buter sur ces mots dans ventre ça a commencé, de s'interroger
Qu’est-ce qu’être un homme ? Un corps ? Marcher ? Quel est ta voie ? Bien entendu, on pourrait les mettre autrement les images, pour raconter l’histoire de cet homme légendaire. Légendaire : qui a vécu. On pourrait les mettre autrement, ces photographies. Ces répétitions ne conviennent plus. Je vous laisse faire… 
On pourrait les battre comme cartes pour raconter une autre histoire, une des milliers d’autres histoires...
et, repartant de ces cinq mots, en rebondissements, la suite de l'histoire possible de cet homme est belle (qui incorpore des passages de la maison des feuilles de Mark Z. Danielewski)
et
le mur d'eau
sur des photos de Franck Queyraud et d'elle-même
texte en trois parties
1 - imprimer des images en noir et blanc, confronter images, noter mots clefs, chercher lien, rythme... changer de sens, changer d'un paragraphe à l'autre, à douleur exquise
2 – drame en un long poème, de très brefs vers, reprendre la marche
tu marches en marmonnant
tes pieds se cognent
aux angles
tu marches
sans fin
mains en avant
courir vers ce tu, la douleur, déraper, retenir celui qui veut traverser le volet roulant comme un mur d'eau
3 – devant les images, faites de vide, s'interroger... varier son regard..
je renonce, il m'est quasiment impossible de parler de ce billet, sauf à en faire une minable paraphrase (et encore..) 
Il existe un pays où les gens ne parlent presque pas. C'est le pays
de la grande fabrique des mots – phrase d'un livre d'Agnès de Lestrade (texte) et Valéria Docampo (images)
Danièle Masson Danielle Masson http://www.gadinsetboutsdeficelles.net/spip.php?article261 et @PoivertGbf http://jetonslencre.blogspot.fr/2014/12/les-vases-communicants-decembre-2014-38.html
Philéas, Philéas !!!
et Philéas ainsi apostrophé répond à Milan, l'enfant du silence qui ne veut plus des mots qui disent la douleur, qui veut
J’irai au bout du monde pour ne plus entendre le mot douleur. Dis, Philéas, je suis sûr que dans ton pays ce ne sont que les mots doux qui survivent. Philéas, s’il te plaît…
et
commence : Je n'ai pas donné ma langue au chat.
Le chat s'est faché.
Il a décidé de me contrarier et s'est logé au fond de ma gorge... et la description de ce qui en résulte est un bref régal, digne de ce début, et s'achève en je mâche mes mots. Vous laisse découvrir ce qui amène cette conclusion.
dans les conférences
premier mode d'emploi, souriant comme celui de son partenaire, avec un petit parfum maritime et mondain
On est attentif aux bas des conférencières, que les bureaux ne cachent pas. Parfois, on les commente.
On se congratule beaucoup en mangeant des petits gâteaux, on se demande si l’on va pouvoir se soustraire au protocole, si le protocole lui-même ne voudrait pas aller se divertir ailleurs. 
et
mode d'emploi, avec juste un zeste de sourire et une belle saveur (avec mouches)

Alors, dans les conférences, on y module sévère une voix cachemire qui sentirait la Gitane, une voix beaujolais couverte de cerises, sur un ton qui rissole et qui lisse, au mieux, les plis de la nappe. On aimerait que les convives prennent leurs notes à la fourchette.
Ai donc lu, fort mal dans certains cas je pense, ai réagi en premier jet, étais bien trop paresseuse et encore assez brumeuse pour y revenir (mais il y aura le travail soigné, intelligent d'Angèle Casanova – il faudrait d'ailleurs que je cesse ma maniaquerie et que j'évite mon petit doublon) – ai dormi, pris un thé bien fort, regardé le soir descendre, et m'en suis allé vers l'opéra, Berlioz et l'Enfance du Christ
Suis revenue un peu après onze heures dans vent forcissant avec quelques gouttes de pluie, ai regardé, pensais bien que l'échange manquant était sans doute arrivé (un horaire toujours très décalé), l'ai ajouté.

3 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La prochaine fois, faites vous-même un de ces "Vases communicants", vous n'aurez plus la tentation de commenter ceux des autres ! :-))

brigitte celerier a dit…

oui, pour en finir définitivement - pourquoi pas

jeandler a dit…

Le dire et le silence. Respiration, la main en suspens. En attente.