vendredi, janvier 16, 2015

en rester au dîneur

Le second platane de la place, mon voisin, mon préféré, le plus beau n'a pas encore subi l'intervention des élagueurs et posait ce matin sa résille sur le gris clair du ciel
journée tiède pour l'hiver, bien assez fraiche pour la Brigetoun.. qui bien trop occupée à apprendre avec application et anarchie, ranger un poco, en reste paresseusement pour nourrir Paumée à ce dîneur, que j'aime modérément, du moins le texte, tant pis, fallait pas si mal faire, paru chez les cosaques des frontières (tant beaux textes et nouveaux talents là que je me sens un tantinet déplacée, devrais me borner à suivre) http://lescosaquesdesfrontieres.com
Ce serait – 16 – le dîneur
Ce serait un homme vieillissant, comme le laisse penser ce crâne qui émerge, en grisaille ombrée, de l’entrelacs des fins traits de crayon qui se resserre, s'intensifie pour que l'on devine les yeux penchés sur la main, la cuillère posée dans la nourriture, stoppée par une rêverie ou la fixité du dessin.
Ce serait l'oreille niée, la bouche noyée, dont on ne devine pas l'expression.
Ce serait hésiter entre la première impression d'une présence imposante, d'une gloutonnerie concentrée, et la sensation d'un flottement, d'une indécision, d'un esprit en allé.
Ce serait cette douceur ronde, ce corps envahissant et imprécis.
Ce serait la courbe noire des épaules, répondant au noir de la bouteille ancrant l'image.
Ce serait ces épaules courbées, le buste massif penché vers la table, l'assiette.
Ce serait la présence de la grande tache blanche de la serviette, s'affirmant sur la dentelle noire du dessin, qui ramènerait aux petits bourgeois installés devant cette tâche importante, ce droit de l'homme installé, se nourrir.
Ce serait une solitude taiseuse, quelles que soient les éventuelles présences autour de la table ou dans la salle.
Ce serait le goût que j'ai pour les dessins de Seurat.
Ce serait, dit la légende du catalogue de l'ancienne, grande, belle exposition Seurat au Grans-Palais, le dîneur, un dessin de 1883 ou 1884, acheté par Signac qui y aurait reconnu le père du peintre, notant dans une lettre le bras artificiel qui se fait oublier, perdu hors cadre sous l'ébauche d'épaule descendant, s'écroulant dans la grisaille, à la droite de l'oeuvre.
Reproduction d'un dessin de Seurat
catalogue de l'exposition au Grand Palais de 1991
Edition des Musées Nationaux

7 commentaires:

annajouy a dit…

chacun son style, sa richesse, son regard. comparaisons inutiles. la pluralité des nuages fait la beauté et le rythme du ciel

Dominique Hasselmann a dit…

Oui, la comparaison empêcherait toute création.

arlettart a dit…

Impression de tristesse massive et dure dans ce geste esquissé d'un homme las

brigitte celerier a dit…

merci de vos passages
je ne comprends pas très bien le lien - suis petit crâne décidément ce matin

brigitte celerier a dit…

impression partagée, Arlette

jeandler a dit…

En espérant que la coupe ne sera pas trop rase. Risque d'enrhumement.

brigitte celerier a dit…

à moins qu'il y échappe cette année (l'élagage n'est fait que tous les deux ou trois ans)