vendredi, janvier 30, 2015

Rue Morgue rue Sainte Catherine

Le vent nous a quittés, nous laissant température presque douce, presque, comme une promesse, accompagnée de la grimace grise des nuages

Jour cahin-caha, avant de partir, juste avant que le crépuscule s'enfonce en noir,
vers le théâtre du Chêne noir, pour trembler devant le double assassinat dans la rue Morgue 
un spectacle du collectif 8, créé en novembre au Théâtre National de Nice, programmé ensuite par la Criée expatriée à la Friche de mai,
adaptation théâtrale par Gaële Boghossian de la traduction de Baudelaire, mise en scène par elle et Paulo Correia, dans un décor de Jean-Pierre Laporte (une boite au sol, au plafond, aux trois parois de lattes de bois blanc, dans lesquelles s'ouvrent à volonté des fenêtres, une porte, une trappe pour la machine à écrire..), création vidéo de Paulo Correia, installée par Thomas Cottenet.
jouée par Jonathan Gënsburger (Poe), Alexandre Zambeaux (Dupin) et un figurant pour le marin français, les témoins du meurtre sont filmés, apparaissent dans des vidéos et restent anonymes.
J'avais trouvé, avant de partir, sur le site du théâtre, un lien vers une vidéo-bande-annonce
et ma foi c'est très réussi. 
S'en tiennent au texte, avec quelques passages de dialogue.
L'introduction et le petit épilogue, reprenant des passages de textes de Poe, sont dits dans le noir par Jonathan Gënsburger éclairé par une ampoule pendantau dessus de sa tête, le texte et des images fuyantes, angoissantes, un peu premier degré, mais volontairement, et rythmées comme pour suivre ce que la langue a de poétique peuplant les parois, glissant sur elles.
Les chapitres sont marqués, annoncés, et Poe en dit et tape les premières phrases sur sa machine, texte renvoyé sur les murs.
Au moment de leur installation, Dupin ouvre la porte, et pendant que Poe évoque ses connaissances variées une avalanche de parallélépipèdes évoquant des livres s'engouffre, s'étale – et, même si relaté ainsi cela semble un peu ou très sot, c'est très réussi.
Jeu des comédiens entre l'illustration stricte de l'action décrite, le rapport entre l'auteur et son personnage, une petite chorégraphie pour servir de base au texte, et quelques petites gamineries.
Retour, toute contente, sur des jambes ankylosées, dans une petite pluie qui nous était venue pendant le spectacle, qui a pris force avec le vent de la rue Peyrolerie, cinglant le visage de la Brigetoun tanguante un peu, juste assez pour que charmantes enfants me proposent leur aide que j'ai refusée gracieusement.

6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Poe ne manque pas de ressources... et la nuit les corbeaux le saluent.

brigitte celerier a dit…

c'était vraiment un bon spectacle, moins violent et brouillon que ne le laisse penser la vidéo (Dupin n'était pas joué par même acteur, est ce ce qui rendait le comique plus apparent ?)

jeandler a dit…

Le vent entre douceur et aigreur. Le vent girouette. Le vent pirouette.

arlettart a dit…

Cela me plairait , je note ...
et ton plaisir ragaillardit ce retour en solitaire dans les petites rues inquiétantes de la nuit

brigitte celerier a dit…

oh pas si inquiétantes, et très familières
et oui peut être, sont en tournée et me semble que c'est le genre de spectacle (très court en plus) qui plairait au Théâtre Liberté

Gérard a dit…

le théâtre est aussi dans le ciel gris derrière les arbres