lundi, février 23, 2015

Revivre ou plutôt découvrir le passé

À l'heure de la confiture de rhubarbe très légèrement écoeurante, juste comme faut, et beaucoup trop liquide, à l'heure de l'étouffement en avalant trop gros morceaux du toast pour gagner de vitesse ses glissades, à l'heure du nettoyage, se lève, encore timidement, le vent balayeur, en brusques et brèves foucades.
Carcasse un peu nouée ne sortirai pas, et me suis de nouveau plongée dans un essai de dés-emmêlement, mise en ordre précaire, des paquets de lettres confiées, avec des pauses, fatiguée par les émotions chaotiques – puisque ne peux me retenir de lire, un peu (suis parfois obligée pour déterminer l'année.. avec le constat, ou plutôt la confirmation, de mon ignorance un rien ahurissante, même quand, comme souvent, des virages historiques interviennent dans notre petite histoire).
Et j'avais des mots qui venaient pour dire ce que ressentais, mais finalement, paresse un peu, pas seulement, non pas seulement, resteront pour moi.
Me limiter à des sondages dans ce qui me semblait ne pas devoir leur appartenir, suivre les pérégrinations, les secousses, les séparations répétitives, les maladies.. ils ont eu largement leur part.
Constater que, sauf les lettres des fiançailles (j'aurais pu les lire, puisque la censure l'avait fait avant moi), il y en a toujours une seule ou un seul des deux qui gardait les lettres de l'autre, s'adressant ainsi à un muet ou une muette (enfin pas tout à fait puisque se répondent) mais que même ainsi cela fait une belle masse... entre 1941 et 1962 (surtout entre 41 et 59), leurs séparations ont été nombreuses et longues.
Avoir honte de quelques lettres de la Brigetoun de 10-11 ans, voir naître la créature murée dans son ego et la lecture (et être effarée par l'orthographe, le décousu que devais - sans quoi ne comprends pas comment j'ai été aussi facilement admise en sixième - réserver à ces lettres – souvenir de ce qui me semblait des heures passées devant la feuille - ces lettres raturées qui voulaient dire : je n'admets pas que tu sois malade, se plaindre égoïstement, et obéissaient cahin très caha au devoir d'être gaie... à côté de la jolie tendresse de la fille numéro deux, qui était déjà capable de sortir d'elle-même)
Avoir regard de vieille femme sur la jeune femme courageuse et malicieuse qu'était ma mère, la découvrir et l'aimer. (et admirer son écriture, a toujours été épistolière acharnée).
Et constate que j'en ai dit un peu plus que le voulais, du moins sur moi, ce qui n'est pas trop grave.

Pas arrivée au bout, mais c'est très débroussaillé... prendre un petit moment chaque jour (mais me faut acheter des boites).

8 commentaires:

arlettart a dit…

Toujours difficile de lire ou relire les lettres ,se retrouver ou se perdre sans rémission
Souvent je regarde le gros carton en haut de l'armoire mais ne l'ouvre plus c'est peut-être ça "vieillir" ... se protéger

Dominique Hasselmann a dit…

Merci pour ce "flash-back" dans le passé, où les couleurs des photos correspondent peut-être à celles des souvenirs, l'orthographe étant aussi datée...

jeandler a dit…

Épistolière, une condition et un mot presque en désuétude. Communique-t-on mieux aujourd'hui en ce siècle dit de communication?

brigitte celerier a dit…

l'orthographe est du genre cas social mâtiné de cas psychiatrique selon les normes je pense

marcopolette a dit…

Bonjour Brigitte ! Je reconnais votre regard...

brigitte celerier a dit…

sans doute pas, le regard que l'on voit est celui d'une femme remarquable en son enfance, et n'est pas moi, moi c'est le derrière sorti en lisant le journal

Christine Zottele a dit…

merci pour ces précieux souvenirs que tu partages un peu avec nous, garde ce qui t'appartient - injonction idiote comme le reste, voulais juste dire que j'avais apprécié

brigitte celerier a dit…

ce qui leur appartient…
et en outre le roman familial serait vraiment interminable rien que pour les déplacements (je m'y perds un peu d'ailleurs, au début.. et pourtant c'était une époque où on ne se déplaçait pas si aisément)