lundi, mars 02, 2015

Douceur humide

les carreaux de la cour humides de l'averse nocturne
la petite tristesse morne, remontée de l'adolescente boulimique
le désarroi pour trop d'attention ces temps ci au monde qui continue son chemin, sous les évènements marquants, à l'emprise de ces méprisants apôtres des dites réformes, pansements offerts en excuses pour notre déficit, qui sont retour aux sociétés du pur rapport de forces, aux inégalités, aux lois faites pour les puissants par les vainqueurs de nos belles élections à l'issue de très onéreuses campagnes, aux grandes déclarations et à la quasi impunité de ceux qui considèrent la participation au financement de l'état, de la santé etc..  comme une intrusion négligeable dans leur droit et leurs biens, et à la diffusion de l'idée que les charges, les impôts sont condamnables, à l'égoïsme généralisé, teinté dans le meilleur des cas d'une charité calculée, à ce que devient cet argent qui voyage et détruit, et à notre impuissance (le seul pouvoir que nous ayons, en dehors des petits correctifs individuels, qui est de choisir, de voter, devenu impossible)
frissonner un peu en regardant la lumière qui descend du tendre ciel blanc, malgré la douceur de l'air, poser autour de mon cou la douce caresse du foulard venu des Pays Bas - sourire de la nuque
et, repassage fait avec grimaces, m'offrir le plaisir d'ouvrir le livre reçu samedi, dont m'avait donné grande envie je ne sais plus quel billet, envie renforcée en lisant le blog de Jérémy Liron http://www.lironjeremy.com/lespasperdus/bonnard-observations-sur-la-peinture/, Observations sur la peinture de Pierre Bonnard, prendre en mains le mince carré, ou presque, pas tout à fait, qu'est ce livre de l'Atelier contemporain, lire la préface d'Alain Levêque, l'introduction d'Antoine Terrasse, regarder les croquis de chat, de bateau, de femmes à leur toilette (et un du corps dans la baignoire) avec les annotations de couleurs, et puis entrer dans les petites notations du peintre, comme ceci, juste avant les deux dessins de 1934
/1946/
Delacroix l'a écrit dans son Journal : «on ne peint jamais assez violent». Dans la lumière du Midi, tout s'éclaire et la peinture est en pleine vibration. Portez votre tableau à Paris : les bleus deviennent gris. Vus de loin, ces bleus, aussi, deviennent gris. Il existe donc en peinture une nécessité : hausser le ton. Les primitifs l'avaient bien compris, qui cherchaient les rouges, les azurs, les plus ardents dans les coloris : le lapis-lazuli, l'or et la cochenille. La nature nous tend des pièges avec ses thèmes que l'intelligence, mais surtout le métier, parviennent à déjouer. C'est le seul avantage que nous avons de vieillir : profiter de nos expériences personnelles.
/1946/
J'espère que ma peinture tiendra, sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l'an 2000 avec des ailes de papillon.

9 commentaires:

anna jouy a dit…

hausser le ton...quelle splendide façon de définir la peinture!! tout est concentré dans cette expression

Dominique Hasselmann a dit…

Finalement, Hervé Télémaque est une sorte de "primitif" à sa manière...

brigitte celerier a dit…

avec une touche d'humour qu'ils n'ont pas tous (quoique..)

pascale a dit…

Quel bonheur de vous suivre et de pouvoir s' échapper un moment vers l'art lorsque la colère monte... certains qui n'ont pas cette cour de re- création se sont armés de marteaux et de kalachnikovs... Pouvons-nous simplement juger,comme les gens de "biens", que leur colère n'est pas de "bon ton"?
Demandons au grand mécène Bernard Arnault... dès qu'il aura payé ses impôts.

arlettart a dit…

Entrer dans la peinture de Bonnard avec la simplicité " d'un vol de papillon " c'est le plus difficile

brigitte celerier a dit…

Pascale je ne suis pas certaine que votre jugement sur moi soit très légitime… que faites vous d'utile contre cela ?
et je suis excessivement loin de penser demander quoi que ce soit à Bernard Arnaud et surtout pas son avis

brigitte celerier a dit…

merci Arlette - ce petit livre est un trésor

pascale a dit…

Ce n'est pas un jugement;je fais comme vous,je lis ,je peins un peu, je manifeste, je discute, je cherche avec d'autres des solutions...et il n'y a pas d'ironie de ma part, et certainement pas contre vous. Bien démunie tout simplement...et pas capable de me faire comprendre en plus!

Elise a dit…

"sourire de la nuque" mmh ! on imagine... une bien jolie trouvaille.