mercredi, mars 11, 2015

Un mardi


En allant vers la banque pour écorner un peu plus ce qui doit me permettre de profiter un peu des saveurs de la vie, de mon tout petit et un peu honteux privilège, en marchant dans l'air qui a oublié la grande rigueur, en savourant le plaisir de laisser pendues doudoune, canadienne ou parka et de retrouver une fine redingote, je rêvais du printemps qui s'annonçait dans les sculptures de cartons devant les boutiques.
Et, comme ne rencontre encore qu'ébauches de bourgeons et quelques fleurs transplantées de serres, ai cueilli tous les symboles que j'ai trouvé sur mon chemin.
Mais, comme suis paresseuse, n'ai pas commencé le tri des vêtures, avec la gymnastique qu'il me faut faire pour avoir accès aux étoffes plus légères et mettre en sommeil l'hiver, les repassages etc.., ces moments où j'aimerais tant être magicienne.. Me suis plongée dans le Monde Diplomatique, le journal de Filoche etc...
et pour nourrir Paumée ai repris, après hésitation, parce que c'est son tour, ce qui est sans doute, de toutes mes petites contributions aux cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com, celle dont je suis le plus loin d'être presque satisfaite.

Ce serait – 21 – trente six vues
Ce serait chercher dans le catalogue de l'exposition (que j'avais fort aimée) le japonisme qui s'est tenue en 1988, d'abord au Grand Palais, puis au Musée d'Art occidental de Tokyo, une reproduction de la très belle Sainte Victoire conservée au Japon, et ne pas la trouver puisque les droits de reproduction n'avaient pas dû être obtenus, mais feuilleter, me souvenir, et re-découvrir, l'avais oublié, la série de planches des trente six vues de la Tour Eiffel dessinées entre 1888 et 1902 par Henri Rivière (collection particulière – Meudon)
Ce serait un clin d'oeil, hommage modeste, au moins par le nombre, aux cent vues du mont Fuji, mais sans la souplesse du trait d'Hokusaï.
Ce serait aller au delà des japonaiseries dans lesquelles s'étaient complus quelques créateurs à l'époque - Monet disait japonnerie et en faisait le titre d'un portrait assez charmant, juste assez charmant, qui n'était certes pas la meilleure de ses oeuvres figurant dans ces salles.
Ce serait cette découverte d'une représentation se passant des traditionnelles règles de perspective. Ce serait la même survenue joyeuse d'un nouveau regard, de cadrages apparemment libres, que chez les peintres. Ce serait la même simplicité d'abord, le même raffinement que dans la structure apparente des mobiliers de Serrurier-Bovy, Rennie Makintosh ou Josef Hoffmann.
Ce serait, en contrepoint des oeuvres importantes qui étaient exposées, un élément de la petite musique de fond sur laquelle elles se détachaient.
le rude métal de la tour devenu bijou barbare
la courbe du fleuve se jouant des lignes, l'île se cachant dans un noeud
le ciel jaune dans lequel flottent des nuages en forme de fleuve
le petit bateau qui suit la poutre, nez vers la masse brune
la netteté – endommagée par ma mauvaise photo – de cette grille appliquée sur le paysage fluide, comme le jeu des claustras du Mucem sur le port, la mer, qui fait la joie des photographes.

5 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Ce serait savourer vos rêves colorés de printemps et avoir envie de sortir au soleil , merci !

Dominique Hasselmann a dit…

Savoir mélanger (et disposer) les teintes et terminer par cette vue "japonaise" : la reprise s'imposait !

brigitte celerier a dit…

merci pour ce désaccord (moins nulle que le pensais)

arlettart a dit…

Et Trente six ou cent une façons de regarder la vie
Merci pour cette belle logique

Claudine a dit…

admirable tableau d'Henri Rivière que vous nous faites découvrir !!!
quel régal