dimanche, avril 05, 2015

Femmes en lutte – tome 2

Je sais, je dépasse le seuil de tolérance là, mais elles existent, et il y a la joie qui ressort de la dernière série, quand les lutteuses s'appuient sur leur rencontre.
Donc passez votre chemin, ou munissez vous de patience (ou allez directement sur http://www.pierreyvesginet-photos.com/index.php?action=reportages&choix=reportages&lang=fr où trouverez vingt fois plus d'images et les légendes dont je m'inspire, balançant mes gribouillis à la poubelle).
Donc en circulant sous les voutes, dans les chapelles, la nef, en me tordant les pieds sur le sol (qui semble avoir été un peu aplani mais en gardant ce qu'il faut d'irrégularités et de pentes, un peu comme une barbe éternellement mal taillée, pour le charme que cela donne) j'ai vu


les veuves d'Avega, mères adoptives des orphelins du génocide Rwanda 2005
Ageva est le nom de l'association des veuves du génocide – dans les Gacaca (tribunaux de village) lorsque les veuves témoignent, l’audience souvent conséquente les hue, soutient qu’elles mentent et la pression est sur les victimes, numériquement très minoritaires.
mémorial de l'une des pires tueries, dans l'église de Ntarama, sur la commune de Bugesera
Eugénie Nyiraramba (68 ans en 2005), dont le mari et neuf enfants ont été tués, et sa fille aînée Xaverine qu'elle a perdu dans sa fuite et retrouvée (après avoir aidé les enfants à s'enfuir, elle est restée aux mains des interhalwes qui l'ont considérée comme folle, a vu ses compagnons tués sous ses yeux – et l'évêque de Kabayi où elle et d'autres s'étaient réfugiés les a chassé pour ne pas salir l'église qui valait beaucoup plus qu'eux) – elle a recueilli deux de ses petits enfants.
Césarine Mukeshimana et cinq de ses dix enfants (dont cinq adoptés) vit de petits travaux domestiques et du ramassage de café sans pouvoir expliquer comment elle s'en sort

femmes et mines antipersonnel – Cambodge 2006
neuf millions de mines posées pendant la guerre – et ensuite de 1979 à 2004.. plus de 60.000 victimes, dont 30% de morts. Et cela continue malgré les efforts faits pour le déminage. Les hommes travaillant aux champs, ce sont eux qui sont le plus atteints, et les femmes doivent prendre le relai, tout en gardant la charge de la famille, avec de petits boulots.
Khunty membre d'une unité de déminage communautaire dans une zone spécialement difficile proche d'un village dont les terre ne peuvent plus être travaillées car trop minées
Khan Ren 23 ans a sauté sur une mine, il y a deux ans, en cultivant le lopin familial – appareillée grâce à la Croix Rouge, elle a ouvert une petite échoppe de bord de route qui la fait vivre avec son père – son fiancé a rompu.

féministes afghanes – 2006
le sort des femmes est loin de s'être vraiment amélioré malgré les efforts de Negar, fondé et présidé par Shoukria Haidar, s'appuyant sur un réseau d'enseignantes engagées, mouvement créé en 1996, au temps de la domination des talibans et toujours actif (la conférence qu'elles ont organisé en 2006 avant l'élection législative a été faiblement suivie, avec finalement une seule femme subsistant dans le nouveau gouvernement Karzaï)
Amina Mohamad Amin 40 ans, dans sa classe après avoir improvisé une classe clandestine chez elle
le lycée Zarghouna, devenu logement de réfugiés sous le gouvernement taliban, a rouvert avec des élèves d'âges hétérogènes, seules certaines ayant suivi les cours des classes clandestines.
une boutique à Mandaï..  la burqa reste majoritaire dans les quartiers populaires.

Haïti : le corps des femmes comme champ de bataille – 2004
Carline Seïde, 19 ans, et sa mère – elle a été, à 16 ans, violée par un policier et six autres hommes – le policier, jugé et condamné contre toute attente, a été libéré par les Chimères à la chute du gouvernement Aristide – elles sont dans la crainte de la vengeance promise.
Keita Paul, 22 ans, mère de deux enfants, battue et violée en 2004 dans une cellule du commissariat de Saint Marc par cinq policiers-chimères toujours en liberté – aidée pour ses démarches - comme ici pour ce dépistage, qui sera négatif, au Centre Geskio, gratuit - par les femmes de l'association Kay Fanm (la maison des femmes).
Nadège Joseph, mère de deux enfants, 27 ans, brûlée après avoir été aspergée de gazoline par son mari (officiellement introuvable mais qu'elle rencontre toujours dans son quartier), sauvée par ses voisins.

vous ne pouvez rester comme ça, Madame – violences conjugales – Belgique (par exemple, mais...) 2011
toujours même s'il existe des lois, si les policiers, les avocats, la justice sont de plus en plus conscients et efficaces – reportage auprès de «Solidarité femmes et refuge pour femmes battues» à La Louvière, aide pour celles qui sont toujours au domicile conjugal, hébergement, aide psychologique, soutien juridique, activités pour les enfants, aide pour la recherche d'un logement...
C, 21 ans – les femmes hébergées sont de plus en plus jeunes.

ni putes ni soumises – France 2003
en sortant d'une rencontre avec les marcheuses à Asnières, Loubna Meliane face aux membres du collectif «Ni machos, ni proxos» créé en réaction, lesquels avaient quitté la salle – tentative d'établir ou maintenir le dialogue.

les caravanières face à la Moudawana – Maroc 2004
Rôle moteur des militantes de la LDDF Ligue démocratique pour les droits des femmes, dans la réforme de la moudawana (code de la famille) en 2003.
Elle organise depuis 2001, à travers tout le pays, des «caravanes pour les droits des femmes», réunion dans une région, dans les douars, les villes, plusieurs fois par an, de juristes, médecins, avocats, hommes et femmes, et militantes, pour rencontrer, expliquer, discuter avec les femmes, lutter contre la soumission aux traditions patriarcales – travail de longue haleine, sans brusquer.
Arnal Chakour, juriste, s'entretient avec une femme sahraouie de Douar Tighmrte
en 2004 ils ont installé une tente berbère dans la banlieue lyonnaise, à la demande de Femmes contre les intégrismes, pour informer les femmes immigrées ou issues de l'immigration de leurs droits.

marche mondiale des femmes – Congo – 2010
en 2010 la Marche mondiale des femmes a pris le risque d'organiser sa clôture dans la 
région des grands lacs, pour mettre un projecteur sur le lien entre conflit, militarisation et sort des femmes. 
Du 13 au 17 octobre, plus de mille cinq cents femmes, provenant de quarante-trois pays se sont réunies sur les rives du lac Kivu, avec un passage à Mwenga pour rendre hommage à treize femmes et deux hommes torturés et enterrés vivants par des rebelles armés qui n'ont jamais été inquiétés par la justice congolaise.
Il y a eu bien entendu une récupération par le gouvernement, une omniprésence des représentantes gouvernementales, peu de contacts avec les victimes, malgré les efforts des dirigeantes de la MMF, mais la nécessité d'une lutte réelle contre les viols en RDC a été relayée par les associations et médias locaux, et lors de la manifestation finale qui a réuni vingt mille femmes le contact a bien eu lieu, et le message de solidarité est passé.
Pleine d'admiration triste et joyeuse pour le courage de tous les jours des femmes, et pour la volonté, la ténacité, le caractère des dirigeantes (même si je soupçonne que le dit caractère présente parfois des rugosités),  m'en suis revenue vers l'antre, la cuisine et pas grand chose d'autre.

12 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

On retient son souffle devant tant de barbarie. La lâcheté des uns de s'en prendre à "plus faible que soi" n'a d'égal que le courage des autres. Quand notre monde comprendra-t-il que l'alienation de la moitié de la population ne peut conduire qu'à l'anéantissement ? Merci pour ce second partage très émouvant chère Brigitte !

annajouy a dit…

franchement, c'est un grand bonheur d'être femme ( je n'aimerais pas porter le désastre machiste)... un grand honneur d'avoir un cœur en commun avec ces merveilleuses. Même ici privilégiée, je me sens être parmi elles, car c'est bel et bien la Femme qu'on assassine et viole et martyrise

Dominique Hasselmann a dit…

Triste liste photographique des misères du monde et de leurs victimes féminines (merci pour ce regard sur les regards)...

brigitte celerier a dit…

oui Anna leur force
Dominique oui, mais leur force
(ceci dit il y a des femmes que n'aime pas du tout - mais quand elles s'y mettent..)

arlettart a dit…

Merci pour ton regard

jeandler a dit…

L'horreur journalière faite entre autre aux femmes et il faut la dire, la crier. Comment l'effacer ? C'est terrible. Nos yeux de nantis peuvent-ils la supporter.
Merci Brigitte de la montrer.

Laura-Solange a dit…

Merci pour ce partage qui remue beaucoup.

brigitte celerier a dit…

comme étions trois visiteurs (on ne se gênait pas) j'espère susciter le désir des avignonnais

mémoire du silence a dit…

...
encore merci pour ce cri
...

Une Angevine a dit…

ces clichés sont très bien et on ne prend pas conscience de la chance qu'on a parfois,et là je sens tellement la souffrance que j'ai mal pour elles

Anonyme a dit…


Tout simplement MERCI à vous de montrer par le biais de votre blog l'horreur, la barbarie que subissent les femmes sur la planète.

Flore :-)

Gérard a dit…

Aucun pays n'y échappe, la violence faite aux femmes est universelle et c'est souvent ces mêmes femmes qui défendent le mieux leur honneur, les exemples ne manquent pas.