lundi, avril 06, 2015

Pâques carillonnées dans le vent


Pâques, dans mon lit, entendant un mix de claquements sourds accompagnés de grandes respirations, entendant une des petites pauses-informations dans la bande son de grève et le rappel du nouveau massacre de masse, me retournais sans grande envie de décoller mes paupières pour aller affronter l'air, et dans le désespoir de ces fausses religions de guerre qui tordent ce dont les hommes ont eu besoin pour s'élever au dessus de la pesante quotidienneté, marmonnais, tâtonnais idées, formulais à l'intention de ceux devant lesquels je me dissoudrais vraisemblablement, maintenant, en panique assumée : au nom de Dieu qui est le meilleur de l'homme tuer des hommes c'est tuer l'homme en vous donc Dieu - et satisfaite de ce bout de phrase comme si j'avais réglé quoi que ce soit, décidais de penser aux enfants de la famille qui peut-être ce matin, qui dans mon souvenir, soulevaient des feuilles, s'appelaient, chougnaient parce que les grands... remplissaient leurs paniers de ce que leur mères leur interdiraient de manger – tout à l'heure... maintenant on va déjeuner.
Et donc finalement ai émergé, ai pris couffin, m'en suis allée, sous ciel bleu de saphir birman, sur les dalles éblouissantes ou dans les coulées d'ombre des rues,
mais toujours dans un mistral qui se faisait patelin et puis se ruait en telle énergie que j'avançais courbée, en lui présentant mon front comme une proue, et qu'il m'a coupé les jambes, m'a vidée de toute énergie dès la rue Saint Agricol, 
et que, zombie au sourire franc ou égaré, selon les volutes de mon épuisement, ai rempli mon couffin un peu de n'importe quoi (avec tout de même quelques règles ancrées dans ma mémoire) et m'en suis revenue, âme légère dans la lumière, pas chancelants, dans les rues presque vides, et le son des cloches.
Pendant que, plantée devant la porte, recherchais forces, ma voisine du dessus est arrivée, a pris sac, m'a laissé couffin, et nous avons grimpé en renouant le temps d'une volée de marches avec notre dialogue de samedi après-midi,
quand nous faisions le voeu, couteau ou raclette en main pour détacher les petits amas de ciment, que les travaux de la maison voisine soient enfin achevés, avant de tenter de balayer le sable, la poussière de pierre qui recouvraient tout.
Et cet après-midi, en allant relever le laurier qui avait décidé de se vautrer sous le vent, ai repris, sous le claquement du volet qu'un garçon a laissé ouvert en partant en week-end, et les protestations des petits chiens de ma voisine, le débarbouillage de ses feuilles, abandonné la veille pour cause de reins cassés.
Dernières nouvelles de l'antre.. en y ajoutant grande paresse, une cure de vieux westerns, vus et revus, et l'écoute heureuse de Susanna de Haendel sous la direction de William Christie (une découverte via Youtube)

12 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Ici, le prunus commence à rosir et le soleil, depuis hier, est de retour.

Mais il n'a pas une forme d'œuf (peut-être au plat ?).

brigitte celerier a dit…

le micro climat de la cour est de toute façon peu favorable aux fleurs…
votre prunus serait-il aussi cabochard que mes plantes qui tiennent à leur fantaisie ?

pascale a dit…

Ce matin, on vous suit comme un Kašpárek, tout léger, en secouant nos clochettes...merci

jeandler a dit…

Le vent aurait-il ramené les cloches avec lui ? Depuis qu'avec Nietzsche dieu est mort, tous les chemins ne viennent plus de Rome.

brigitte celerier a dit…

je te rappelle qu'il fut un temps où Rome était dans Avignon - pas grand chemin à faire les cloches

arlettart a dit…

Pâques carillonnées ...
c'est une belle phrase d'un autre temps
Pensées

Christine Simon a dit…

Ah, le vent dès cette rue Saint-Agricol

brigitte celerier a dit…

Arlette ça fait partie des associations de mots qui me sont encore réflexes, suis un peu d'antan

chri a dit…

Je me demande si Dieu n'existerais pas juste pour nous disculper du pire: Ce n'est pas nous, c'est Dieu.

brigitte celerier a dit…

alors qu'il est là pour nous tirer hors de notre boue

Gérard a dit…

les protestations des petits chiens de ma voisine....j'ai la même en face chez moi.

Danielle Carlès a dit…

tous nos marmonnements contre la violence et la haine, ça doit faire beaucoup de bruit, beaucoup plus qu'on imagine, face aux hauts-parleurs dont les autres sont armés - car nous sommes nombreux à marmonner